Violence Raciste: Et Pourtant Nous Savions

La situation est telle que si j’étais blanc et que je voulais casser du noir, de l’arabe ou du musulman, je n’aurais même pas besoin de rejoindre une milice d’extrême droite. Il me suffirait de rejoindre la police ou la gendarmerie, institutions de la république gangrènées par les idées fascistes et néo-nazies au point de voir ses troupes voter pour l’extrême droite à 52%.





"J'aime beaucoup ce type." Emmanuel Macron à propos de Philippe de Villiers "J'aime beaucoup ce type." Emmanuel Macron à propos de Philippe de Villiers



Des agents de police et de gendarmerie, en service ou retraités, projettent des attentats contre ceux qu’on appelle “les musulmans”, d'assassiner des femmes portant le foulard, des imams et tout ce qu'ils jugent faire partie de “l’islam radical”, terme jamais défini et utilisé aussi bien par la gauche que par la droite ainsi que leurs extrêmes respectifs.



En été, on organise des camps d'entrainement en annonçant la guerre civile avec les musulmans pour ennemi principal; des patrouilles identitaires pourchassent les exilés à la frontière avec l'aval de la police et en haute mer avec l'aval du gouvernement. Interpellé, le Ministre de l'intérieur Gérard Collomb parle de “gesticulations”.



Des jeunes se font tirer dessus à coup de chevrotine aux cris de “sale arabe” et il faut plusieurs semaines à la justice pour se décider à retenir le mobile raciste du crime. Pendant ce temps, les cibles de cette chasse aux arabes devront vivre avec l’idée d’avoir frôlé la mort sans avoir ému grand monde.



Quant au groupe terroriste démantelé, plusieurs membres ont été remis en liberté "surveillée" alors que des centaines d'assignés à résidence de confession musulmane ne sont toujours pas libres de leur mouvements. Mais faute de preuves, lorsqu’il s’agit de ceux qui fréquentent les mosquées, on préfère ici jouer la prudence. Le terrorisme c’est mal sauf si on fréquente les clubs de la suprématie blanche.



En Italie, on balance des bananes à une ministre parce qu'elle est noire. Un autre ministre lui appelle à l’épuration ethnique des rues italiennes en appelant à la chasse aux Roms. Réaction de l’élite européenne bien pensante? “C’est pas bien”.



En Grande Bretagne, on manifeste avec des slogans néo-nazis et des militants sionistes les rejoignent pour chanter avec eux la haine de tout ce qui n'est pas blanc. La police britannique s’inquiète du terrorisme d’extrême droite et Boris Johnson, aspirant président du parti conservateur, compare les femmes portant le voile intégral à des “voleurs de banque”.



Depuis les États-Unis, Steve Banon, fier architecte de la victoire de Trump, est venu en tournée pour réunir les mouvements fascistes d'Europe et partager avec eux ressources financières, savoir faire technologique, manipulation de l'opinion, entrée dans les institutions internationales et professionnalisation de leurs campagnes électorales.



Jamais depuis les années 30 le fascisme ne s'est manifesté avec autant de fierté en Europe. Ses futures victimes espèrent elles que les institutions les protègeront? Le silence des dirigeants européens n'est pas une énigme et ne mérite même plus d'être dénoncé.



Ce qu'on oublie trop souvent, c'est que la victoire contre le fascisme au siècle dernier n'a été qu’une victoire contre le fascisme appliqué aux blancs. L’entendre et le voir aujourd’hui parader dans les rues de Lyon, de Londres, de Paris ou de Charlottesville n’est pas un retour des années 30 mais le réveil de leurs germes et la continuité de l’histoire.



En France, il aura fallu moins de 10 ans à l’extrême droite pour revenir sur le devant de la scène après 1945 et se réorganiser politiquement. Cette extrême droite est certes le mal visible pour beaucoup, le diable qui contredit la République et sa bonne conscience. Mais le diable n’a jamais eu besoin d’être au pouvoir pour que ses idées soient appliquées.



Que la France soit dirigée par des gouvernements de gauche ou de droite ou de “ni de droite, ni de gauche” comme avec Macron, les fondations coloniales de la V° République sont intactes et les crimes racistes, les discriminations et rapports de domination qui régissent nos vies et qui étaient déjà dénoncés hier continueront de se reproduire demain. C’est ce qu’on appelle un problème structurel.



Un ami me parlait d’un fascisme doux et je pense qu’il a raison. Sans utiliser la violence verbale et l’agressivité de l’extrême droite, ce dernier n’en fait pas moins et permet à l’État français de passer des lois racistes et de les vendre à l’opinion comme lois protectrices contre une minorité déjà écrasée par les bottes de la République coloniale mais qui n’en reste pas moins menaçante à son goût parce qu’elle ose dire “J’exige mes droits si nous sommes dans un État de droit”. 

Au lieu de continuer de se mentir en évoquant la République en espérant qu'elle tienne ses promesses, regardons son histoire contemporaine pour mesurer le danger qui guette les minorités non blanches.



La situation est telle que si j’étais blanc et que je voulais casser du noir, de l’arabe ou du musulman, je n’aurais même pas besoin de rejoindre une milice d’extrême droite. Il me suffirait de rejoindre la police ou la gendarmerie, institutions de la république gangrène par les idées fascistes et néo-nazies au point de voir ses troupes voter pour l’extrême droite à 52%.



La République est une promesse non tenue pour les minorités. Ceux qui parlent de leur réussite individuelle pour faire croire que le racisme ne les épargnes je leur rappelle que la réussite de Marcel Dassault ne l'a pas empêché d'être déporté.



Combien de personnes issues de l’immigration post-coloniale se sont crues sorties d'affaire et au dessus du lot jusqu'à ce leur enfant essuie les insultes racistes de ses camarades de classe ou la violence raciste de ses instituteurs sans que la direction de l’école ou le ministère de tutelle ne trouve à y redire? Combien ont vanté leur réussite individuelle puis se sont vus rappeler leur place au commissariat après l’agression de leur femme qui s’est vu arracher son foulard? Combien ont choisi l’entrisme dans les partis politiques et en sont sortis humiliés? Les cas d’école ne manquent pas malheureusement, mais encore plus malheureux que cela, c’est que les erreurs du passé ne servent pas de leçons.



On ne peut pas reprocher aux mouvements fascistes leur mobilisation lorsqu'on fuit le combat et qu'on lui préfère le confort du conformisme, du consumérisme et du suivisme en se rassurant que demain les choses iront mieux, que les institutions sont solides ou que la République et ses présentants sauront faire face. Les mouvements fascistes récoltent les fruits de leur travail et le privilège de ne jamais avoir été combattus au point d’être éradiques pour servir d’exemple à quiconque brise les idéaux républicains.



De notre côté, nous récoltons les fruits pourris de notre lâcheté collective et de notre incapacité à prendre au sérieux la menace qui nous guette.



Un ami me racontait que pendant une discussion tendue avec son père, ce dernier lui reprochait son engagement militant aux dépens de sa jeunesse et des loisirs qu'il n'a pas eu. Mon ami n'a pas attendu pour lui répondre "Si je dois me sacrifier pour que mes enfants ne vivent pas dans la peur, c'est parce que t'as été trop lâche pour prendre ta part de responsabilité quand tu le pouvais”.


 

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