La veille du 24 novembre : #giletsjaunes

Curieux moments. Je reprends l'écriture la veille d'un moment très symbolique que rencontre la France, celle d'un mouvement spontané et profondément humain. Une éruption de la réalité d'une France qu'on cache. Demain il faudra en etre #giletsjaunes

Loin des clichés des médias, en quelques jours, une marée humaine a conscientisé son destin pour le transcender en un moment historique. C'est si rare et si beau de voir cette foule joyeuse fermer des ronds points, des péages, des rues, des boulevards pour user d'une symbolique du Non. Celle qui dérange la société des happy few, ceux qu'on croyait bannis du haut d'un passé révolutionnaire mais qui peu à peu à recréer un terreau d'inégalité. Pendant trop d'années on a piedestalisé des profils de grandes écoles qui auront ruiné une France humaniste ouverte et brisé des acquis sociaux ou politiques. Ce monde qu'on nous a vendu avec la fin des trente glorieuse est venu s'échoué en ce mois de Novembre 2018, mettant en lumière le cynisme d'une caste au pouvoir. Des hommes parvenus ou vendus, maniant la démagogie et l'obscénité des abus de pouvoir, déviant les proces en corruption pour se maintenir dans une forme d'attitude fermée et rigide pour laisser crever un monde qui veut simplement vivre, avoir un peu d'espoir pour les gosses. Même pendant la guerre il y a eu toujours un espoir dans notre peuple, on offrait une orange aux gamins pour la fin de l'année, on avait un peu de soupe pour celui qui avait froid et du pain. On embauchait souvent l'ouvrier sur des taches pas vraiment nécessaire parce que lui aussi devait "vivre".

Un partage du peu jusqu'au don simple et naturel... voilà ce qu'on a perdu et qu'on doit regagner. Une frugalité égalitaire plutôt que gabegies exponentielles d'un coté et mort programmée de l'autre. Une éthique du partage plutôt que ruissèlement en goute à goute mortifère. Une chaine d’union main à main plutot qu’une cordée réduite au fil de l’escalade…

Les #giletsjaunes sont ainsi, bigarrés et nombreux, déchus, désespérés mais croyant en un monde qui peut changer... que ce soit la femme célibataire avec des gamins, le chômeur, l'ouvrier, le cadre déclassé, le prof dénigré, le jeune désorienté... tous sont là, oui, ils sont... pour eux "être" est l'ultime élément qui les porte... car ils n'ont plus grand chose. L'avoir c'est une voiture qu'il veulent garder car dans la vie moderne ils savent que les agios, les crédits sont devenus la contingence du quotidien... ils bossent plus que tous mais on les a figé dans un monde qui les broient, monde injuste et cynique qui ne leur laissera aucune chance, ni pour eux, ni pour leur enfant.

Dans les années 50, ils auraient pu espérer du mieux pour l'avenir de leur prochain mais aujourd'hui, ils savent que le monde selon Macron va les détruire, les massacrer avec une violence des mots, des images et des idées. Ils sont déclarés bof, incultes, niais et coupables de leur destin. Pourtant, ailleurs ce sont des gens qui se sont juste donné la peine de naitre qui créent le monde hideux qu'on leur impose... aussi oui, les #giletsjaunes sont là, incontournable, avec probablement des casseurs poussés par le gouvernement pour un peu plus les discrédités... mais ils ont déjà marqué le destin d'un monde, car aujourd'hui on sait qu'en quelques heures ils peuvent rejaillir partout et bloquer le pays. Que ce soit hier, aujourd'hui ou demain, ils savent leur force et comprennent qu'ils peuvent faire bouger l'état quite à le dissoudre pour recréer un monde plus juste 

Les #giletsjaunes qu'on a tant décrié sont en train de dessiner les contours d'un peuple qui s'éveille dans : la démocratie.

 

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