Espérance de vie : la dangereuse désinformation des médias

Une étude de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sur l’espérance de vie a récemment été publiée dans le journal Le Figaro. Toutefois, certaines imprécisions interrogent sur les conséquences directes de cette étude mais aussi sur l’absence de contrôle des sources par les médias.

« Une petite fille née en 2012 peut s’attendre à vivre en moyenne 72,7 ans et un petit garçon né la même année 68,1 ans ». Cette affirmation est tirée de l’étude de l’OMS « statistiques sanitaires mondiales » et a été publiée dans l’édition du 21 mai 2016 du Figaro. Cette affirmation de la part de l’OMS peut paraître surprenante car inexacte. Seulement dans cette situation, l’institution internationale n’est pas la seule à pouvoir être blâmée. Les journalistes du Figaro le sont aussi.

Une erreur sémantique importante

Certes l’erreur n’est pas absolue mais sémantique. Cependant, il s’agit tout de même d’une erreur. Il est impossible d’affirmer qu’un enfant né en 2012 puisse vivre 72,7 ans si c’est une fille ou 68,1 ans si c’est un garçon. Ces chiffres correspondent à l’espérance de vie en 2012 et donc ne peuvent pas s’appliquer aux enfants nés cette année là. Car justement il s’agit « d’espérance » et il est impossible de prévoir l’avenir.

En effet, affirmer qu’un enfant né en 2012 puisse vivre un nombre X d’années, c’est poser une équation où toute chose égale par ailleurs. C’est à dire qu’il n’y aura aucune évolution, qu’elle soit positive ou négative, sur l’espérance de vie. Plus concrètement, cela revient à expliquer que dans les cent prochaines années, il n’y aura aucune avancée médicale, aucune amélioration de la vie, aucun virus, aucune catastrophe ayant des conséquences sanitaires qui influeront sur l’espérance de vie des habitants de cette planète. Cela est donc impossible à prévoir.

D’autant plus que les précédentes études de l’OMS démontrent que cette espérance de vie est en hausse constante au fil des années. Ainsi, pour obtenir la longévité moyenne d’un enfant né en 2012, il faudrait tout simplement faire un calcul sur la base des taux de mortalités à partir de l’année N+1, donc 2013, et cela tous les ans. Ce travail serait beaucoup plus long mais au moins l’OMS pourrait affirmer ce qu’elle avance dans son étude.

Alors bien sur, cette erreur aurait pu passer inaperçue si elle n’avait pas des conséquences importantes, notamment économiques. En effet, l’espérance de vie sert tout simplement à établir les régimes de retraite dans bon nombre de pays. Les assurances sont également « dépendantes » des taux de mortalités fournis par l’OMS. Si cette dernière présente des chiffres erronés, alors c’est tout notre système de santé et de protection sociale qui court à sa perte.

Des journalistes qui ne vérifient pas leurs sources

Cependant cette étude a révélé un autre problème, de taille lui aussi : celui de l’absence de vérification des sources par les journalistes. En effet, cet exemple, qui n’est pas le seul, démontre que les médias ne s’embarrassent plus de vérifier l’entière véracité des propos et des faits évoqués dans leurs pages ou émissions. L’impérieuse nécessité d’aller toujours plus vite dans le traitement de l’actualité empêche désormais les journalistes de réaliser leur travail correctement.

D’autant plus que cette absence de vérification s’explique en grande partie par la caution scientifique, et donc sérieuse, que représente l’OMS. Alors qu’ils auraient pu facilement recadrer cette étude de l’organisation internationale, les journalistes, par leurs inactions, induisent en erreur le jugement des citoyens. Attention donc à ne pas reproduire cela.

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