Pourquoi l’Union européenne autorise-t-elle le glyphosate pour 5 ans supplémentaires

Face aux réactions pavloviennes d’une bonne partie de la classe politique et médiatique lors de l’annonce du renouvellement de l’autorisation du glyphosate, il convient de rappeler les raisons sanitaires et économiques qui ont motivé les décideurs européens. Un impératif pour couper court aux discours complotistes et europhobes qui fleurissent depuis plusieurs jours.

Depuis le 27 novembre dernier, l’Union européenne et ses États membres sont accusés d’avoir cédé à la pression du « lobby Monsanto » : des écologistes avec José Bové à l’extrême-droite avec Florian Philippot, toute la classe politique s’égosille et crie au scandale. Une indignation facile, mais qui s’évite de comprendre les véritables motivations d’un tel choix.

 

Pourquoi nos principaux partenaires, comme l’Allemagne, l’Espagne ou la Pologne ont-ils défendu le maintien de l’autorisation du célèbre herbicide ?

 

D’abord, une raison sanitaire : la totalité des études scientifiques produites jusque là, à l’exception des analyses très critiquées du Centre International de Recherche contre le Cancer (CIRC) ont démontré le caractère inoffensif du glyphosate. Quelques jours avant la décision européenne, une vaste étude était publiée dans la revue scientifique « Journal of the National Cancer Institute ». Les chercheurs ont tenté de trouver un lien entre l’apparition de cancer dans des familles d’agriculteurs et l’utilisation de l’herbicide. Après une enquête extrêmement vaste (plus de cinquante mille personnes étudiées depuis 1993) réalisée par une équipe sérieuse et reconnue dans le monde scientifique pour sa neutralité, les analyses ont que le glyphosate n’était nullement cancérigène. Un résultat dont même le CIRC s’est félicité et qui a convaincu les décideurs européens.

 

Conséquences économiques de l’interdiction

 

L’interdiction du glyphosate aurait aussi eu un impact très négatif sur le commerce international. Le débat européen avait une dimension mondiale, car les pays grands exportateurs de matières premières agricoles craignaient qu’un bannissement de l’herbicide le plus utilisé au monde ne signifie, à terme, l’interdiction formelle d’acquérir des produits qui y ont été exposés. Il serait en effet très compliqué d’interdire aux agriculteurs européens d’utiliser le glyphosate, mais d’autoriser l’importation de produits agricoles issus de pays qui y ont recours.

  

Le Brésil, l’Australie ou l’Argentine avaient déjà réagi en prévenant Bruxelles de l’impact que cette mesure pouvait avoir sur leur commerce extérieur. Le ministre argentin de l’Agriculture avait exprimé ses inquiétudes dans une lettre transmise aux Commissaires européens de l’Agriculture et de la Santé. Le dossier du renouvellement de l’autorisation du glyphosate en Europe était donc suivi de près par l’ensemble des puissances agricoles du globe, qui craignaient qu’une interdiction de l’herbicide soit une sorte de protectionnisme déguisé.

 

Cam Dahl, président de Cereal Canada (une fédération de producteurs) a eu des mots très durs dans la presse contre les institutions européennes. Selon lui, la campagne des partisans de la prohibition du glyphosate était devenue « une campagne très active pour dénigrer la qualité et la sécurité du blé dur canadien, et bien sûr, cela ne se base pas sur la science ». Le Canada est le plus grand exportateur de blé dur pour l’Italie, notamment pour la fabrication des pâtes. La perte du marché italien aurait pu être un coup dur pour Ottawa.

 

Conscients que la décision de revenir sur l’autorisation du glyphosate était un choix éminemment plus politique que scientifique, les partenaires commerciaux de l’Union européenne redoutaient une stratégie visant à les évincer sur marché européen, en faveur des puissants industriels de l’agroalimentaire français, allemands ou espagnols.

 

La récente décision est donc une réponse mesurée et rationnelle face aux risques que représentait une possible interdiction de cette molécule pour l’économie mondiale, tout en prenant compte les très faibles risques pour la santé.

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