Vous m'avez sauvé

Retour sur mon parcours de victime de violences sexuelles et physiques, des difficultés vécues, des clés utiles pour m'en sortir... Une bouteille à la mer pour qui veut s'en saisir.

Je continue mon aventure dans la reconstruction psychique et sociale de ma santé, brique après brique, afin que la structure tiennent bien solidement. Cette aventure a semée d'embuches, j'ai traversé les contrées embrasées, senti la présence de créatures tentaculaires, perdu mon chemin dans des forêts décharnées (Non, je ne vis pas en Australie mais dans les Deux-Sèvres)... Mais j'ai aussi trouvé des ressources en moi et dans mon environnement familial, amical et professionnel pour finalement m'extraire de cette condition peu enviable. 

 

Les chocs et la chute 

 

D'où je pars pour rappel : je souffre de stress post-traumatique chronique, lequel a participé au développement de ma dépression et de mon alcoolisme. J'ai subi une agression sexuelle dans ma jeunesse, je devais avoir 11-12 ans, j'étais à une période où l'individu s'apprête à découvrir les transformation de son corps, à explorer le désir sexuel... Dans mon cas, cela a eu comme conséquences d'accentuer ma timidité (on dira plus tard que j'ai une timidité "maladive"... Un véritable plaisir ce stage en chirurgie orthopédique, ne changez pas Mme.Simoneau...), de me faire associer la sexualité à la violence, à l'absence de consentement... Pendant longtemps j'ai donc eu peur de mes désirs, peur d'un regard Autre sur mon corps, j'ai réfréné mes désirs pour des personnes pour qui j'avais des sentiments amoureux... A ces personnes qui mettais un peu de joie dans mon quotidien sans le savoir j'aimerai ire : Je vous voyais, je vous aimais, mais on m'a forcé à avoir honte de moi, on m'a forcé à me sentir indigne de vous... et aujourd'hui encore je ne vous ai pas oublié...

Voilà pour le round 1, parce que non content de m'avoir mis un uppercut d'entrée de jeu, j'ai pu expérimenter la violence physique d'une tout autre nature dans ma pratique professionnelle. J'ai vécu la terreur face à un patient qui se jetais sur moi parce que je représentais une menace dans son esprit, j'ai été écrasé de trop nombreuses fois sous des mêlées de patients et soignants... mon corps en garde aujourd'hui toujours les cicatrices, mais sans le savoir, c'est mon psychisme qui a morflé le plus...

J'ai développé un stress post-traumatique à force d'angoisses, de menaces de mort, de coups reçus dans mon visage, mon sternum, mon abdomen, mon dos, mon poignet gauche, mon majeur droit, mon avant-bras droit... Je souffre encore parfois physiquement, j'ai vécu certaines agressions à nouveau dans des cauchemars, j'en revois des images régulièrement tels des fantômes qui me hantent, je suis devenu hyper-vigilant en toutes circonstances, mon cerveau me mettais en situation d'urgence permanente... J'ai été obligé de me mettre en retrait socialement pour me préserver du stress, des regards à croiser devenus insupportables comme si je n'avais plus d'enveloppe protectrice... Je devais me calfeutrer chez moi la nuit tombée l'obscurité pouvait abriter nombre de menaces pour ma vie... J'ai pensé à me suicider pour échapper à la souffrance perpétuelle...

 

Des dizaines de mains tendues 

 

Je suis vivant aujourd'hui, parce que j'ai rencontré une psychologue qui a écouté ma souffrance, qui m'a vu pleurer, qui m'a orienté, qui m'a conseillé des techniques de soins...

Je suis vivant aujourd'hui, parce que j'ai une famille qui m'a soutenu, qui n'a pas cherché à minimiser mon vécu, qui a proposé son aide...

Je suis vivant aujourd'hui parce que j'ai des ami.e.s et des collègues bienveillant.e.s qui étaient inquiet.e.s pour moi, qui m'ont encouragé, qui ont accepté mes difficultés...

Je suis vivant aujourd'hui parce que j'ai une médecin traitant qui m'a reconnu comme victime, qui m'a protégé du travail quand il le fallait, qui m'a introduit un traitement antidépresseur qui me fait beaucoup de bien.

Pour tout ça merci à toutes et à tous.

Pour identifier des signes inquiétant, vous pouvez faire attention aux personnes qui s'isolent, à celles qui détournent le regard, à celles qui arrivent en retard, à celles qui ont l'air perdues dans leurs pensées, à celles qui sursautent...

Pour continuer à prendre soin des victimes de violences vous pouvez ne pas minimiser le ressenti des personnes, vous pouvez éviter de dire qu'elles exagère, vous pouvez éviter de les forcer à en parler si elles ne le souhaitent pas, vous pouvez demander en tête-à-tête à quelqu'un si il ou elle est victime de violences, vous pouvez conseiller d'aller en parler à son médecin traitant, vous pouvez proposer de l'accompagner si il ou elle le demande.

Merci pour elles et eux.

 

Pour continuer après ce billet :

https://www.memoiretraumatique.org/

Le PsyLab : https://www.youtube.com/watch?v=yAWbzUeoykw

PsykoCouac : https://www.youtube.com/watch?v=RAaUlcKWJec&t=617s

 

Yohann Routurier

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