Ce que la fermeture des frontières coûte au Maroc et à l’Algérie

La frontière algéro-marocaine demeure à ce jour fermée. Le conflit entourant l’indépendance du Sahara occidental, divise toujours radicalement ces deux États. La situation est préjudiciable pour les voisins, qui ont le potentiel de devenir de principales économies du Moyen-Orient.

A l’Ouest de l’Algérie, rien de nouveau. La frontière entre le pays et son voisin chérifien, délimitée en 1972 par une convention onusienne ratifiée par l'Algérie en 1973 puis par le Maroc en 1992, demeure fermée jusqu’à nouvel ordre. Dernièrement la presse des deux pays laissait courir des rumeurs sur une réouverture potentielle. En avril 2015, le président algérien Bouteflika déclarait même qu’«il n’y [avait] pas de problème entre le Maroc et l’Algérie », et nombreux sont ceux qui s’imaginaient que les échanges directs entre les deux pays pourraient reprendre. Il n’en est rien.

Non seulement la situation n’a pas avancé d’un iota, mais l’inspecteur général des Forces armées royales et commandant de la Zone sud, le Général Bouchaïb Arroub a ordonné en février 2015 le renforcement de la présence militaire dans les postes frontaliers avec l’Algérie. Le pays s’est aussi engagé à un renforcement du dispositif de radars de détection électronique. Une prise de position en contradiction totale avec l’ouverture économique mise en œuvre pas Mohammed VI.

Au cœur des tensions on trouve le dossier du Sahara occidental. Cette ex-colonie espagnole a été annexée par le Maroc, puis revendiquée par des indépendantistes (Polisario) avec le soutien d’Alger. Après des années de quasi guerre froide, il est désormais tacitement convenu entre les deux pays qu’il ne fallait pas faire de son règlement un préalable à leur réconciliation, et pourtant rien ne bouge. Pire encore, ce conflit a provoqué le gel du projet d’Union du Maghreb arabe, malgré un accord signé en 1989 entre les cinq pays d’Afrique du nord – l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie.

Blocage de principe

L’Algérie dit encore attendre des « excuses » et des divergences sensibles subsistent sur des dossiers sensibles comme le trafic de drogue, la lutte contre l’immigration clandestine et la contrebande. De fait, le tracé difficile à identifier sur le terrain a provoqué l’apparition d’un véritable no man’s land entre les deux pays, zone de non droit ou foisonnent les trafics de carburant, de cigarettes et d’êtres humains, exploitant les flux de réfugiés venus tenter la traversée vers l’Europe. Une situation absurde dénoncée par l’hebdomadaire d’analyse britannique The Economist dans une récente publication.

« Si le Maroc et l’Algérie avaient honoré leur engagement de 1989 pour former une union économique avec la Tunisie, la Libye et la Mauritanie, ils seraient parmi les économies les plus importantes du monde arabe et du Moyen-Orient », note The Economist. De fait, durant plus de la moitié de la durée de leur indépendance, Rabat et Alger n’ont eu aucun échange. Un statu quo qui coûte près de 2% de croissance par an à l’ensemble des pays de la sous-région d’après un rapport d'information de la Commission des Affaires européennes du Sénat.

Principale perdante de ce blocage : l’Algérie. L’exportation des marchandises en sa provenance prend aujourd’hui six fois plus longtemps que du Maroc, et coûte près de quatre fois plus.  Pourtant, les voies de chemin de fer transfrontalières existent déjà, les autoroutes des deux pays se rejoignent presque – elle s’arrêtent sans raison, juste avant la frontière. A ce jour, le commerce entre les pays du Maghreb ne représente que 4,8% de leur volume commercial. Un retard injustifiable quand on connait le potentiel de développement de la région.

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