Elections présidentielles en Iran…impasse politique et détresse économique

Victoire de l’ultra-conservateur Ebrahim Raïssi, L'enjeu principal est donc les accords sur le nucléaire

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Les élections présidentielles en Iran ont déroulé le 18 Juin sans véritable compétition. Il s’agit d’un scrutin verrouillé entre des conservateurs et des ultra-conservateurs dont le taux de participation était particulièrement faible. Archifavori, Ebrahim Raïssi a remporté la présidentielle iranienne au premier tour avec 61,95 % des voix. Le taux de participation s’est établi à 48,8 %, le plus bas pour une élection présidentielle depuis 1979. Ebrahim Raïssi est un ultraconservateur de 60 ans, il est le chef de l'autorité judiciaire depuis 2019 et avait déjà concouru lors de précédentes élections. Il est rejeté par une partie de la population pour son rôle dans des purges datant du début de l'installation de la république islamique. 

Amnesty International a appelé à l'ouverture d'une enquête contre le vainqueur de l'élection présidentielle iranienne, pour "crimes contre l'humanité". Raïssi qui était membre de la (Commission de la mort), qui a fait disparaître de force et exécuté secrètement extrajudiciairement des milliers d'opposants politiques dans les prisons d'Evin et de Gohardasht, près de la capitale, Téhéran, en 1988. Selon Amnesty International, Raïssi a mené une répression croissante des droits de l'homme, dont l'arrestation de centaines d'opposants pacifiques, de défenseurs des droits de l'homme et de membres de minorités arbitrairement persécutées, en sa qualité de chef du système judiciaire iranien.

En Iran, la présidence est une autorité sans pouvoir le président peut avoir un rôle de conseil auprès du Guide suprême, mais sa marge d’action est très limitée. Les élections en Iran sont contrôlées par un régime théocratique, le rôle de chef de l'Etat est assumé par le Guide de la révolution, parfois dénommé Guide suprême, et est occupé par l'ayatollah Ali Khamenei depuis 1989. Ce dernier contrôle directement l'armée, la police ainsi que les médias d'Etat. Il contrôle également directement les Gardiens de la révolution, une institution paramilitaire puissante chargée de défendre le régime. C'est également lui qui choisit quels candidats peuvent concourir lors des législatives et de la présidentielle.

Dans un autre registre, l’économie iranienne en pleine crise épuisée par les sanctions américaines et l’impact du Coronavirus, ce qui engendre des records en termes d’inflation, pauvreté et chômage. La devise a été dévaluée quatre fois l'an dernier, l'inflation a dépassé officiellement 46 % en rythme annuel en janvier dernier, les exportations iraniennes principalement basées sur le pétrole représentent seulement 700000 Barils par jour contre 4.2 millions Barils par jour en 2017 quand l’accord nucléaire de Vienne avait permis à l'Iran de sortir de décennies d'isolement et de sanctions.

The Economist affirmait que le pays connaît une baisse de croissance de 12% et cette tendance négative risque de continuer au moins encore pendant trois ans pour atteindre environ 20%. Les contestations de la jeunesse iranienne en 2019 montre clairement la crise de cette nouvelle génération qui aspire liberté et développement et souffre du manque de droits de l’Homme et la corruption économique.

Dans ce sens, les Gardiens de la Révolution est l’institution forte de la république islamique qui accapare le pouvoir politique, militaire et économique. Les revenus du pays sont dirigés essentiellement vers la dépense sécuritaire et la défense à travers le financement des proxys régionaux. Pour contrecarrer la situation économique et sociale très fragile, les Gardiens de la Révolution ont adopté une politique économique de « Résistance » fondée sur la monopolisation des marchés et des grandes entreprises, notamment le fonds souverain d’investissement National Development Fund of Iran et la compagnie pétrolière National Iranian Oil Company. Ils profitent aussi des marchés irakiens, syriens et libanais pour avoir des financements et commercialiser les produits iraniens. Le département du Trésor des États-Unis a publié un rapport sur l’exploitation iranienne de la Banque centrale d’Irak pour financer la Force al-Qods, grand timonier des groupes armés de la république islamique.  

Certes, la récession économique et la crainte de nouvelles manifestations de masse incitent l’Iran à signer un accord avec l'administration Biden et d’avoir une ouverture vers l’occident. Par contre, l’Iran ne cesse pas d’annoncer l’enrichissement de son uranium et l’avancement dans la production de la bombe atomique. Des mesures qui constituent « un terrorisme nucléaire » et une escalade significative dans les violations de l’accord signé en 2015.

Dans la même lignée, l’Iran se dirige vers la Chine en signant un partenariat stratégique qui prévoit des investissements chinois de 400 Milliards de dollars en 25 ans, en contrepartie, la livraison garantie de pétrole et de gaz iraniens : 280 milliards iront au secteur des hydrocarbures et 120 milliards à la construction d’infrastructures comme les ports, les aéroports, les métros et les chemins de fer. Pékin installera des zones de libre-échange à Makou, Abadan, l’île de Qeshm et développera un réseau 5G, le système de navigation et de positionnement Beidou. La Chine va fournir une coopération de défense par le biais des approches de cyber- sécurité, des logiciels d’espionnage et des expertises militaires. Le partenariat stratégique de l’Iran avec la Chine s’ajoutera un autre à vocation militaire signé avec la Russie depuis 2001.

Enfin, les européens doivent prendre en considération ces éléments dans les négociations de l’accord nucléaire à Vienne, sans compter sur un changement de cap dans ces élections présidentielles en Iran. D’autres enjeux sont liés à la succession du guide suprême Ali Khamenei âgé de 82 ans, celui qui a donné de la puissance aux Gardiens de la Révolution et la Force Al-Qods. De plus, les négociations doivent se dérouler sur le comportement expansionniste de l’Iran, ses milices qui créent le chaos, détruisent les intérêts occidentaux et participent fortement à des drames humains comme la crise des réfugiés. 

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