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Billet de blog 3 juil. 2022

Pragmatisme et relations humaines, un paradoxe ?

Les voyages, les expériences sont des terres fertiles, des berceaux de la réflexion. Vous rencontrez des centaines de gens, vous vous mettez à observer des évènements, des comportements sociaux et de votre esprit émergent alors des réflexions.

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Les voyages, les expériences sont des terres fertiles, des berceaux de la réflexion. Vous rencontrez des centaines de gens, vous vous mettez à observer des évènements, des comportements sociaux et de votre esprit émergent alors des réflexions. 

Il y a de cela un an, je me pensais déjà prêt et suffisamment pragmatique dans ma perception des relations humaines. Dans une relation fusionnelle où tout semblait nous destiner au long terme, tout s’est écroulé mais je ne me pencherais pas sur les raisons que je connais déjà et qui ne seraient pas pertinentes au traitement du sujet que je souhaite traiter. Une fois cette relation terminée, se crée un énorme vide que l’esprit candide associe à l’amour perdu, à l’affection perdue. Il s’agit en réalité des retrouvailles avec vous-même et vos idéaux. Vous pouvez avoir rompu avec la personne, vous penser pragmatique, vous érigerez l’amour en tant qu’idéal absolu et possiblement l’amitié en tant qu’idéal absolu, si un fidèle et précieux ami vous accompagne dans ce choc – le choc d’être livré à soi et à ses idéaux - face auquel vous vous retrouvez. 

Dans mon cas, la littérature m’a poussé à ériger davantage l’amour comme idéal, ou peut-être est-ce l’interprétation qu’en a fait le moi d’il y a 8 mois - il y avait pourtant bien des avertissements dans mes lectures. Voir le fortuit et le primesautier comme destiné, à la manière d’un Breton ou de n’importe quel surréaliste avec comme point d’acmé l’écriture de la nouvelle parue en Décembre – que je vous invite à lire si vous souhaitez lire une nouvelle d’amour candide et idéalement belle (beauté traduite par des images et un style hautement esthétique et poétique) – dans laquelle j’élève une rencontre avec une belle fille qui cependant n’avait eu aucun effet du côté de la fille, écrivant mon fantasme, mon mythe.

J’ai également érigé l’amitié comme idéal, aidé d’un meilleur ami dévoué à ma cause avec qui nous communiquions tous les jours. L’esprit en vient alors à considérer de la sorte l’amitié tel un contrat d’engagement indéfectible sans nulle maladresse. A rebours, quand bien même la dévotion de votre meilleur ami est sincère et ô combien louable, elle n’est que temporaire mais vous devenez incapable de voir cela. Vous en souffrirez alors, car inconscients du caractère temporel et idéal de l’amitié. Si la culpabilité de vos amis est réelle, vous en êtes tout autant coupable car avez attendu de cette amitié ce que votre idéal vous dictait.

Toutefois, comme toujours et heureusement, vous finissez par atteindre un équilibre où vous n’accordez plus d’importance aux promesses, ce qui rend peu à peu les fausses promesses, les manques d’engagement, qu’il s’agisse d’amour ou d’amitié, complètement insignifiants. Vous en venez à prendre les choses comme elles sont au lieu d’en attendre quoi que ce soit. En ce sens, et bien que ces comportements ne soient pas louables, je remercie sincèrement toutes les personnes avec qui j’ai été ou suis encore lié et qui m’ont amené à écrire et penser ce que j’écris.
Ne lisez pas dans cet écrit un abandon de ma part car non, je pense que l’amour et l’amitié sur le long terme demeurent possibles à condition d’adopter une position pragmatique. 

Pour en revenir à mon parcours, j’ai considéré et posé l’amour comme une condition sine qua non à mon bonheur et je pensais avoir trouvé quelqu’un à aimer et quelqu’un qui m’aimerait, en me basant sur des paramètres, tel l’idéaliste ingénu que j’étais devenu. Elle aimait la littérature, la musique, MA musique et nous étions attirés l’un comme l’autre par nos physiques respectifs. Seulement, entretenir une relation ce n’est pas accumuler les points communs, les paramètres adéquats et complémentaires aux nôtres, une relation c’est bien plus que tout cela.

Quand je n’ai eu ni l’amour ni l’amitié que je pensais indispensables à mon existence, mon esprit s’est adapté et a pensé les choses pragmatiquement. Mon meilleur ami a fauté et a été maladroit à plusieurs reprises ? Bien, il est très maladroit et ne sera jamais le meilleur ami idéal que je rêvais. Entretenir de telles relations nécessite des investissements conséquents en temps et en énergie, investissements non soutenables sur le long terme et ce y compris pour la personne à la valeur morale la plus haute du monde.

J’ai arrêté de chasser l’amour et commencer à nouer autant d’interactions sociales qu’il m’était possible de nouer, chaque interaction était et est un jeu où il s’agit d’identifier des comportements, des mots pour poursuivre l’interaction. En somme, il s’agit de s’efforcer de maîtriser l’environnement dans lequel vous êtes en vous concentrant - non pas sur vos ambitions avec la personne puisque vous n’en avez pas ou du moins ne devriez pas en avoir – mais sur ce que dit, fait la personne.

J’ai rencontré des centaines de gens de la sorte et j’ai eu non seulement l’amitié d’étrangers mais aussi parfois leur amour sans qu’aucun de ces idéaux ne soit une fin en soi. Je reste persuadé que la bonne ou le bon s’agissant d’amitié ou d’amour n’existent pas, ce sont les bonnes et les bons qui existent et pas selon l’idéal forgé par notre esprit. N’avoir ni l’amitié ni l’amour comme fins en soi sont à mon sens des conditions pour rencontrer ces bonnes personnes mais aussi des conditions au bonheur. 

Quelles conséquences directes à ces conseils et je sais l’arrogance ou la présomption que vous pouvez trouver à ce mot « conseil » ? Vous souhaitez être ami avec une personne en qui vous voyez beaucoup de potentiel mais qui témoigne peu d’intérêt à votre égard, quittez votre ambition et laissez tomber cette personne. Peut-être reviendra-t-elle avec plus d’intérêt à votre égard, peut-être que vous ne la reverrez jamais. Vous trouvez une fille très jolie mais elle ne témoigne à nouveau peu d’intérêt à votre égard lorsque vous discutez, partez. Celle-ci peut être la plus jolie du monde mais cela ne 
doit pas vous émoustiller et vous laisser déjà la fantasmer et ce quels que soient vos fantasmes qu’ils soient purement sexuels ou amoureux.

J’émets des réserves en ce qui concerne les applications de la pensée que je développe. Il faut savoir lire les situations et bien les lire, ce qui évidemment n’est ni toujours évident ni bon. Je laisse paradoxalement peu de place pour la spontanéité en érigeant l’analyse des situations alors que celle-ci est indispensable dans n’importe quelle discussion. Il s’agit dès lors de penser une pensée rationnelle mais spontanée, les deux étant complémentaires. C’est parce que vous ne voyez pas de fin à une interaction ou à une danse que vous serez spontanés et que vous pourrez créer du sens à cette rencontre. Etre spontané, c’est aussi savoir aller vers l’autre tout comme quitter l’interaction quand il le faut.
Si je parle beaucoup de relations hommes femmes en insistant sur le rôle de l’Homme pragmatique spontané qui demeure malgré tout un idéal, j’en suis tout-à-fait conscient. Je pense que les femmes sont davantage conscientes et pragmatiques que les Hommes car en général plus sollicitées. De fait, leur cheminement dans l’amour est plus riche en expérience que ne l’est le cheminement masculin et ce d’autant que les femmes partagent beaucoup plus entre elles leurs expériences amoureuses que les hommes.

D’ailleurs, une fois en relation amicale ou amoureuse avec une personne, il ne s’agit pas de ne plus avoir cette fin-là en tête mais de penser que toute relation s’entretient, que le lien amical comme le désir amoureux doivent être entretenus et se maintenir auquel cas vous perdez cette personne. Cela nécessite bien du recul et peut-être qu’en me lisant vous aurez une mauvaise opinion de la personne pragmatique que je suis devenu. Le pragmatisme que j’ai développé dans ces paragraphes ne laisse pas beaucoup de place à l’humain mais l’humain est indispensable. Il faudrait alors le voir, non comme un être sensible, mais aussi comme un être rationnel car c’est ce qu’est l’Homme. Il ne faut pas y lire une antithèse mais une complémentarité réciproque à nouveau entre rationalité et sensibilité.

Enfin, je ne pense pas qu’il y ait de méthode en ce qui concerne la réussite des relations humaines et ces quelques 1500 mots ne veulent pas ériger de méthode mais un état d’esprit qui m’a permis d’accéder à l’épanouissement. Paradoxalement et bien qu’épanoui, je sais que seule une relation amoureuse associée à d’autres éléments peut me permettre d’être pleinement épanoui mais peut-être est-ce des résidus de cet idéalisme littéraire et philosophique que je tenais pour réalité ? De même, vous me connaissez assez, pour certains, pour savoir que je m’efforcerai de garder mes relations du mieux que je peux à condition que vous y teniez aussi car je ne serai pas qui je suis sans vous et ce de tout point de vue. Peut-être aussi que dans un an je me relirai et penserai que je n’étais pas du out pragmatique ou que j’avais totalement tort ? 

Ps : vous pouvez rencontrer n'importe qui, n'importe quand, n'importe où. Je pense que souvent, les gens n'attendent que cela, d'être cueillis, alors allez-y et cueillez-les, et partez si vous jugez qu'ils ne veulent pas être cueillis ou cueillis par vous

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