Philippines : La guerre sanglante contre la drogue

3 451 selon les forces de l’ordre, 7000 selon l’ONU. C’est le nombre de personnes abattues par la police philippine dans le cadre de la campagne de répression contre la drogue.

3 451 selon les forces de l’ordre, 7000 selon l’ONU. C’est le nombre de personnes abattues par la police philippine dans le cadre de la campagne de répression contre la drogue. Rodriguo Duterte, désormais président faisait la promesse de campagne de remporter la guerre anti-stupéfiants en trois ou six mois. C’est pourquoi, depuis le 30 juin 2016, date à laquelle il a pris ses fonctions, il mène un combat acharné, jusqu’à piétiner les Droits de l’Homme. Mais jusqu’où Rodriguo Duterte est prêt à aller pour respecter son engagement alors que l’exécution récente d’un jeune homme de 17 ans soulève le pays ?

 

Un combat mené d’abord au niveau local 

 

Le chef de l’Etat, ex-maire de la ville de Davao a d’abord lancé cette « guerre contre la drogue » au niveau local qui a abouti à plus d’un millier d’exécutions extrajudiciaires. Mais M. Duterte ne comptait pas s’arrêter là. Il a aisément remporté la présidentielle avec cette volonté de porter ce combat, au niveau national. Ce désir le poussa à tenir ces propos outranciers le 30 septembre 2016 « Hitler a massacré 3 millions de Juifs. Chez nous, il y a 3 millions de drogués. Je serais heureux de les massacrer. » Des propos qui n’ont pas manqué d’être critiqués par les acteurs politiques internationaux.

Près d’un an après son élection, il a finalement annoncé que la « guerre contre la drogue » s’étalerait jusqu’à la fin de son mandat, c’est-à-dire 2022.

 

Exécutions en masse et indignations

 

Tous les soirs aux Philippines, la police règle ses comptes, multipliant des assassinats extra-judiciaires. En 14 mois, elle a confirmé la mort de 3500 personnes et a reconnu que 2000 suspects ont été tués par des « inconnus ». Ces « inconnus » seraient associés à des milices ou des gangs. Néanmoins, ces chiffres restent controversés puisque selon l’ONU, 7000 individus ont perdu la vie entre juin 2016 et août 2017.

Des associations des droits de l’homme se sont indignées de ces pratiques. Amnesty International a accusé la police en février dernier de tuer les gens sans défense et notamment de créer des preuves de toute pièces. 3 experts de l’ONU mettent également en garde contre « le niveau croissant de violence, d’homicides, d’actes d’intimidation et de harcèlement subis par les défenseurs des droits de l’homme (…) les représentants syndicaux, les agriculteurs et les membres de leur famille » (31 Juillet)

Le président offensif, a finalement répondu un « Fuck You » à l’Union Européenne inquiète du bilan des exécutions.

 

Une population qui se soulève

 

Force est de constater que la condamnation assez molle ressemble plus à un soutien de la population. Celle-ci s’est même dit favorable à la « guerre contre la drogue », 78% soutenaient l’action du président en avril dernier. Un appui non négligeable tiré du sentiment de lassitude qu’exprime le peuple vis-à-vis de la corruption. Duterte incarnait alors la figure charismatique qui l’a séduisait.

Ça, c’était avant la mort du jeune Kian Delos Santos âgé seulement de 17 ans le 16 août. Il fait partie de la trentaine de victimes mineures abattues dans le cadre d’opérations antidrogues. Et comme beaucoup d’autres, les circonstances de son décès restent contestées. La police a usé de la « légitime-défense » se justifie-t-elle alors que la vidéosurveillance remet en question cette version. 

Cette fois une vague d’indignation est montée dans le pays. Celle-ci a été nourrie par la jeunesse du jeune homme mais aussi par la médiatisation de l’évènement. Les manifestations rythmées par des slogans comme « Justice pour Kian » ou « Stop au meurtre des pauvres » sont rapidement devenues des manifestations contre le chef de l’Etat.

A la surprise générale, Rodriguo Duterte a alors assuré qu’il veillerait à ce que justice soit faite. Mais son caractère reste le même : sans état d’âme. Et cela, les Philippins ont pu le percevoir de vive-voix dans son discours le 28 août devant des policiers, dans la périphérie de Manille :  « Votre devoir réclame que vous surmontiez la résistance de la personne que vous arrêtez (…) (Si) elle résiste et qu’elle est violente (…), vous êtes libre de tuer les idiots, c’est l’ordre que je vous donne. ». Cet « ordre », il est dirigé directement vers le chef de la police d’une ville du sud (Ozamiz) dont le maire philippin a été tué par les forces de l’ordre le 30 juillet dernier.

 

A l'heure actuelle, les têtes continuent de tomber et rien ne semble calmer le chef de l'Etat. Jusqu'où ira-t-il ? Son mandat de président se termine... en 2022.

 

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