L’Iran, théâtre de contestations

2018 a commencé dans la rue. Pendant une semaine des manifestations ont secoué le pays d’Hassan Rohani. 21 morts et 450 personnes arrêtées seulement à Téhéran. Force est de constater que ce sont les protestations les plus marquantes depuis la vague de contestation de juin 2009. Ce mouvement inédit qui a aujourd’hui perdu son souffle est en réalité le fruit d’insatisfactions économiques et sociales

             Tout est parti de Machhad, deuxième ville d’Iran le jeudi 28 décembre. Sous le mot d’ordre « Contre la hausse des prix », les iraniens se sont mobilisés dans la rue d’abord grâce à la messagerie cryptée Telegram. Rapidement, tout le système politico-économique était visé comme en témoignent d’autres slogans : « Mort à Rohani ». Puis, ils ont été des milliers de tous bords politiques à battre le pavé dans les villes iraniennes.

 

Le manque d’investissements étrangers et la fermeture d’établissements de prêts illégaux en faillite sont les derniers épisodes d’une série de déceptions sur le plan économique, doublée d’une lassitude vis à vis du régime politique. A titre d’exemple, le prix des œufs et de la volaille a augmenté de 50% cette année. Cette mesure a donné son nom à la vague de révolte surnommée « la révolution des œufs ». Les iraniens ont du mal à payer leurs factures et les industriels versent les salaires au compte-goutte.

 

L’Etat investit par ailleurs largement à l’étrangers avec le développement d’infrastructures – routes, écoles, hôpitaux dans le sud du Liban. Les protestataires, majoritairement des jeunes dénoncent la politique du gouvernement au Moyen-Orient. L’engagement de l’Iran dans la guerre contre Daech en Irak et en Syrie crée un déséquilibre entre les investissements financiers de l’Iran à l’étranger, et la stagnation économique du pays.

Le Président Rohani a pourtant entamé son deuxième mandat en mai 2017 avec une priorité : le redressement économique du pays qui se noie dans un chômage de masse, en particulier du côté des jeunes où il s’élève à 28,8%.

 

On remarque également des partisans de l’ex président Mahmoud Ahmadinejad parmi les mécontents. Une occasion pour ce dernier de déstabiliser le régime, et de se positionner pour les prochaines élections.

 

Enfin, ce mouvement traduit une impuissance du peuple face à la corruption qui enlise le pays avec un système dont la légitimité s’essouffle. Une aspiration à de grands changements, voilà le mot d’ordre des manifestations.

 

Hassan Rohani s’est exprimé dimanche 31 décembre pour légitimer les dénonciations des manifestants mais aussi pour appeler au calme. Dans toutes les villes, la foule a été dispersée à l’aide de canons à eau comme samedi 30 décembre à Téhéran ou plus violemment par des coups de matraque et du gaz lacrymogène. Le bilan des manifestations atteint les 3700 arrestations selon un parlementaire réformateur Mahmoud Sadeghi.

Depuis, le calme est revenu dans la rue. Face à des conservateurs de plus en plus remontés contre ce qu’ils ont qualifié de subversion, Rohani a ainsi pu jouer la carte du président qui maîtrise la situation.

Mais jusqu’à quand ?

 

           

Ysé V. 

 

 

 

 

 

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