Ce qui se dérobe derrière le débat sur l’existence du racisme en France

« " La minorisation" est un mécanisme qui ramène toujours les minorités dans des cercles stéréotypés qui leur sont assignés »

Le mercredi 3 juin 2020 près de 5000 personnes se sont rassemblées dans le centre-ville de Montpellier, partir de 18 heures ce mercredi 3 juin, pour une manifestation en soutien à George Floyd et Adama Traoré, morts aux États-Unis et en France suite à leur interpellation. © Yann Voldoire Le mercredi 3 juin 2020 près de 5000 personnes se sont rassemblées dans le centre-ville de Montpellier, partir de 18 heures ce mercredi 3 juin, pour une manifestation en soutien à George Floyd et Adama Traoré, morts aux États-Unis et en France suite à leur interpellation. © Yann Voldoire

Aux Etats-Unis suite à la mort de George Floyd un mouvement de dénonciation généralisée contre le racisme systémique de la police américaine a fait consensus dans le monde politique et médiatique. En France, le débat et les répercussions ont été d’une autre teneur. Si les mouvements de lutte contre les violences policières ont pu bénéficier d’une visibilité particulière, le débat sur l’existence du racisme dans la police et donc, quelque part, au sein de la société française, ne s’est pas posé ou, plus exactement, s’est mal posé. Comprendre ce qui se dérobe derrière le débat sur l’existence du racisme en France est pourtant nécessaire.

Connaitre et décoder les mécanismes insidieux qui amènent les individus racisés à être réduits à un groupe d’appartenance supposé inférieur permet de combattre les schémas de pensée racistes.

Se poser la question de l’existence du racisme en France suppose de passer derrière le rideau des idées reçues. Il faut pour cela se distancer un instant du nombrilisme réconfortant de celui qui voit le monde avec l’idée qu’il s’en fait. Qu’est-ce qui se dérobe derrière le débat sur l’existence du racisme en France ? En fait, c’est l’essentiel.

Par essentiel, il faut entendre les authentiques causes qui poussent au racisme et au différentialisme. Collette Guillaumin[1] dans son ouvrage de référence de 1972 introduisait le concept de « minorisation ». Comme elle l’indiquait, la pensée raciste (celle qui « minorise » l’individu) ne s’accompagne pas toujours de l’acte raciste (la violence physique ou verbale). La « minorisation » est un mécanisme qui ramène toujours les minorités dans des cercles stéréotypés (péjoratifs ou mélioratifs) qui leur sont assignés d’office (les exemples sont légion : « les noirs ont le sens du rythme », « ils sont de bons manœuvres mais de piètres travailleurs intellectuels », « un noir ou un arabe ça ne vote pas à droite », « les noirs sont indolents », « les noirs et les arabes sont des délinquants en puissance » et cetera).

Dans une société « l’individu minorisé » est celui dont le groupe d’appartenance dispose d’un accès inégalitaire aux ressources matérielles et symboliques. Cet individu est, comme le disait Colette Guillaumin, « posé comme particulier face à un général »[2]. Dans notre société « l’individu minorisé » est perclus de particularismes qui le cantonnent souvent à être une bizarrerie, un spectacle sur jambes autant (inconsciemment) pour les « négro-philes » que (consciemment) pour les « négro-phobes ». Les remarques des premiers n’étant pas moins dévastatrices que celles des seconds. Pourtant, comme l’écrivait Pap Ndiaye, « les noirs ont en commun de vivre dans des sociétés qui les considèrent comme tels »[3]. Et, ne l’oublions pas, « être noir n’est ni une essence ni une culture mais le produit d’un rapport social »[4].

 

Yuhn GAIL

 

[1] Colette Guillaumin, L’idéologie raciste, 1972, Edition Gallimard 2002

[2] Colette Guillaumin, L’idéologie raciste, 1972, Edition Gallimard 2002, p 120

[3] Ibid, p33

[4] Pap Ndiaye, la condition noire, essai sur une minorité française, Edition Calmann-Levy, 2008. p121.

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