Malgré le froid, le 3ème rassemblement antinucléaire organisé par Sortir du nucléaire Paris et Yosomono-net France (réseau des ressortissants japonais pour la sortie du nucléaire) aura lieu Samedi 8 décembre à la Bastille (14h-16h). Après l'annonce du coût suppélémentaire de la construction de l'EPR Flamanville et après un nouveau séisme et un tsunami au Japon aujourd'hui, je vous invite à venir nous rejoindre (et vous réchauffer avec la danse des femmes de Fukushima qui luttent là-bas). Même si vous avez des tas d'autres chats à fouetter en ce moment, n'oubliez pas Fukushima. Je vous livre mon intervention de demain.

Le Japon, à la veille d'un tournant important.

 

Il y a un an, M. Noda, le Premier ministre japonais annonçait au monde entier "l'arrêt à froid" des réacteurs endommagés de la centrale de Fukushima Daiichi. C'est un mensonge éhonté et la catastrophe est toujours en cours. Mais ce n'est qu'en août dernier que la presse française s'est intéressé au danger que représente la piscine de stockage du combustible usé du réacteur N°4. D'ailleurs, TEPCO vient d'annoncer, fin novembre, que le niveau de radioactivité dans le bâtiment du réacteur N°3 était de 4780 mSv/heure, ce qui est plus de trois fois supérieur à la valeur mesurée un an auparavant. Et n'oubliant pas que chaque jour,ce sont 3000 personnes qui interviennent sur le site dans des conditions extrêmement difficiles aggravées par un manque de contrôle criant concernant  la radioprotection.

La population japonaise, quant à elle, se trouve quotidiennement confrontée aux incertitudes de la contamination radioactive des aliments, et dans les zones où le niveau de radioactivité est supérieure à la norme internationale autorisée (1mSv par an) les habitants craignent les conséquences sanitaires graves, notamment pour les enfants. Un autre intervenant, M. Nelson Surjon va revenir plus longuement sur ce sujet tout à l'heure.

J'ai déjà évoqué, lors de nos précédents rassemblements, la mobilisation exceptionnelle des citoyens japonais qui réclament l'arrêt de toutes les centrales, contestant ainsi la politique actuelle du gouvernement qui ne veut pas renoncer au nucléaire en dépit de son annonce de "nucléaire zéro à l'horizon 2040". Mais une nouvelle situation semble se dessiner. Le gouvernement du Parti Démocrate de M. Noda a jeté l'éponge le 16 novembre, et des élections législatives auront lieu le 16 décembre (les ressortissants japonais votent à Paris entre le 5 et le 9).

Aux yeux des grands médias, le nucléaire n'est pas l'enjeu de cette élection, mais ce n'est pas ce que pense un groupe de citoyens et d'avocats, qui s'est constitué fin août, et appelle à légiférer sur la sortie du nucléaire en abolissant la loi fondamentale sur l'énergie atomique. Il a demandé à tous les candidats de dire s'ils étaient pour ou contre l'établissement de cette loi qui stipule la sortie rapide du nucléaire. (193 candidats sur 1261 se sont déclarés "pour". En ajoutant les 334 candidats communistes qui sont pour la sortie immédiate du nucléaire, cela fait 42% des candidats) Un nouveau parti, qui s'est clairement positionné pour la fin du nucléaire a été créé fin novembre avec un courant du PD. L'acteur antinucléaire,Taro Yamamoto, sera candidat. Sur internet on peut consulter la liste des candidats favorables à la sortie du nucléaire.

Or, tous les sondages annoncent une large victoire du PLD, le parti qui a introduit et promu le nucléaire civil au Japon, et qui est en faveur du maintien de la filière nucléaire. De l'autre côté, à l'intérieur du Parti Démocrate dont la débâcle est pronostiquée par les sondages, seule une minorité des candidats est pour la sortie du nucléaire. Alors que la majorité (80%) de la population souhaite la sortie du nucléaire, d'où vient ce décalage? Il faut signaler que dans ces sondages, le pourcentage des indécis est très élevé (30 à 50% ), et que les grands médias ne parlent guère du nucléaire. N'empêche que ce résultat des sondages montre que beaucoup de gens ne sentent pas la nécessité de voter pour un candidat antinucléaire, soit parce qu'il ne croit pas à la politique, soit par indifférence ou résignation... alors que le PLD, qui a été au pouvoir pendant des décennies, bénéficie encore d'une base électorale solide.

Si le PLD l'emportait, la poursuite du nucléaire serait réactivée, notamment par le redémarrage des réacteurs actuellement à l'arrêt. Et au niveau politique, on aboutirait au retour d'une orientation plus droitière de surenchère nationaliste. Il est donc très important qu'un grand nombre de citoyens se mobilise pour faire élire des candidats favorables à la sortie du nucléaire (ce sont généralement aussi ceux qui sont les plus démocrates).  

Dans le même temps, le gouvernement de M. Noda va laisser un cadeau empoisonné puisque du 15 au 17 décembre doit se tenir dans la ville de Kôriyama (à 50 km de la centrale de Fukushima Daiichi) une conférence sur la sûreté nucléaire, organisée par l'AIEA et le gouvernement japonais, à laquelle participeront des représentants du monde entier. L'AIEA est l'organisme qui promeut le nucléaire civil, il est intervenu après la catastrophe de Tchernobyl pour minimiser les conséquences sanitaires de la contamination radioactive. Le but de cette conférence semble donc clair : minimiser à tout prix les conséquences de la catastrophe de Fukushima.

Des citoyens ont cependant décidé d'organiser une double contre-conférence les 15 et 16 décembre, l'une à Kôriyama, et l'autre à Tokyo. A Kôriyama, ce sera une action à l'initiative d'habitants de Fukushima parmi lesquels Mme Ruiko Muto (avec laquelle nous sommes en contact) qui ont monté la structure "Fukushima Action Project" : une structure qui vise à lutter contre les agissements du gouvernement et du lobby nucléaire international. Il est prévu la tenue d'une conférence des chefs de collectivités locales qui se sont montrés critiques envers les autorités (le gouvernement et la préfecture de Fukushima).

A Tokyo se tiendra aux mêmes dates la deuxième conférence internationale pour un monde sans le nucléaire, faisant suite à celle qui s'est déroulée en janvier 2012 à Yokohama. Organisée par des associations japonaises antinucléaires et écologistes, cette deuxième conférence accueillera des spécialistes comme Mycle Schneider. Et un grand rassemblement ainsi qu'une manifestation auront lieu le samedi 15 décembre. Deux membres du réseau Yosomono-net, venant de l'Italie et de l'Angleterre vont participer à cette contre-conférence et apporteront notre message de soutien. Nous allons enregistrer tout à l'heure ce message avec l'équipe de yosomono France, vous êtes les bienvenu(e)s si vous souhaitez nous rejoindre.

Le Japon se trouve donc à la veille d'un grand tournant. Si des candidats clairement antinucléaires sont élus de façon significative, le Japon pourra espérer arrêter le nucléaire plus facilement. Si le PLD et leur alliés nationalistes sont majoritaires, les difficultés des sinistrés de Fukushima vont augmenter, les conséquences sanitaires seront minimisées et notre lutte sera plus incertaine et plus difficile. Avant d'entamer le cortège du Parlement japonais, recueillons-nous une minute en silence pour que ceux qui ont toujours soutenu le nucléaire au Japon ne reviennent pas au pourvoir.

Yûki Takahata  le 8 décembre 2012

 

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