Ne t'attarde pas à l'ornière des résultats

(René Char).

 

 

Plusieurs articles sur le congrès du NPA - certains se réjouissent de l'apparente déroute de ce parti mais s'agissant de Soudais, on sait pour qui il roule... -, plusieurs articles, donc, indiquent que l'ex-LCR est déchirée principalement sur la question de l'alliance avec Mélenchon et sur la question du voile.

Sur le voile, j'ai déjà donné un avis () mais j'ajoute que l'islamophobie ambiante m'insupporte d'un point de vue athée car l'islam n'est qu'une des branches du tronc monothéiste et que personne ne vient chercher des poux (quiconque le ferait serait du reste détestable) aux fidèles des religions chrétiennes ou juive. Une femme, tant qu'elle n'impose aucune croyance à autrui, est libre de se voiler et de cacher ses cheveux (après tout, Baudelaire lui-même jugeait érotique une chevelure, non ?) et la religion musulmane n'est pas plus effroyable ni réactionnaire que les deux autres avatars du monothéisme.

Sur la question du rapport à Mélenchon, si je dois avouer qu'en tant que "mao" - pour faire vite, hein, cette appellation ne me convient pas dans le fond - le fait que la tactique grossière d'un mitterrandolâtre l'emporte sur des militants malgré tout fidèles à Mai 1968 m'attriste. Il est toutefois à relever que cette situation n'a rien d'étonnant. C'est toujours la droite qui, en dehors des situations insurrectionnelles et/ou révolutionnaires, l'emporte. L'unité, même cache-misère d'un sidéral et sidérant vide politique, est toujours plus attirante pour l'électorat. L'illusion du "On a gagné", bien que de nombreuses fois réitérée, est tenace. Enfin, l'unité se fait toujours sur du flou et un renoncement à moult principes. Surtout, en dehors des situations de masse inédites extraparlementaires, l'unité est toujours le nom habile d'une dérive droitière et, précisément, qu'est-ce que le Front de gauche sinon l'expression de ce que la dite "gauche radicale" pouvait faire de plus droitier ? Faut-il rappeler le passé politique d'un Mélenchon ou l'œuvre d'un Brard qui, alors maire de Montreuil, rasa en 1996 un foyer de prolétaires maliens pour laisser prospérer des promoteurs immobiliers sur des terrains dès lors vides.

C'est sur ce point que s'abîme et se perd le NPA. Faire le pari d'une extrême gauche parlementaire est insensé. Le parlementarisme, c'est le Front de gauche qui l'incarne et, nécessairement, l'électorat de gauche se tourne vers l'organisation ou le cartel qui lui donne l'illusion de ce que le parlementarisme appelle un débouché politique mais qui, systématiquement, est un retour au réel capitaliste et/ou impérialiste. Trahir, c'est d'ailleurs la fonction de la gauche. Le NPA - et cela est louable de sa part - sait du reste que Mélenchon se fiche du monde et qu'avec le PCF - tout à la fête, lui, de s'être refait les "trotskistes" -, il retournera à la soupe socialiste, y compris sous une présidence Strauss-Kahn.

La perception du Front de gauche par le NPA qui refuse l'alliance avec Mélenchon ne manque donc pas de clairvoyance mais il me semble que l'ex-LCR ne prend pas la mesure de ce constat, ni n'en tire les conséquences. La seule voie possible pour unifier - même si cette unification est trompeuse et malhonnête - l'idée de bouleversement politique - dans le sens, évidemment, de l'émancipation ou d'une avancée significative dans l'hypothèse communiste - et le vote parlementaire, seule voie capable de séduire l'électorat de gauche, c'est celle de Mélenchon et de ses satellites (d'où, au PG, le slogan farce de "révolution citoyenne"). Du reste, a-t-on déjà vu une irruption parlementaire des masses sur la scène de l'Histoire ? Certes, il y eut le référendum de 2005 mais, précisément, ce cas reste à analyser : sans relais extraparlementaire, il n'est rien resté du coup de semonce du 29 mai 2005. En outre, cet épisode du référendum doit nous rappeler la force d'inertie des masses déjà pointée par Lénine, inertie à laquelle, justement, le cartel mélenchonien, qui lui est homogène, apporte un débouché.

Dans le jeu parlementaire, c'est toujours la droite qui gagne. Ce que l'Histoire compte d'avancées politiques et sociales a toujours été conquis sur un plan extraparlementaire, et ce, y compris au sein du parlementarisme ! Il n'y a qu'à voir la puissance qu'avait le PCF avant de retrouver des postes ministériels en 1981 puis en 1997 et l'on peut également penser au CNR gaullo-communiste qui ne faisait qu'acter en 1945 des choix décidés avant la Libération par la Résistance, i.e. pendant le dévoiement de la IIIème République (parlementaire) dans la Collaboration sous l'égide de Laval et Pétain.

Ce que donc vient nous rappeler la difficulté actuelle du NPA, c'est la nature du parlementarisme et de sa clientèle, fût-elle "de gauche". Cette leçon vaut du reste pour tous les héritiers de la gauche révolutionnaire, de quelque tendance qu'ils soient. Courtiser l'électorat de gauche, comme a semblé vouloir le faire le NPA au nom d'une illusion d'optique politique grave amenant à dire qu'"entre la droite et les révolutionnaires, il n'y [aurait] rien", est une impasse. Bien sûr, à l'inverse, se contenter de dire que des gens sont perdus pour la politique émancipatrice serait également une bourde monumentale pleine de morgue et il faut donc trouver la possibilité de faire un pont vers ces gens-là, "de gauche". Cette main tendue passe par la politique, par un faire localisé et centré sur des situations précises. Que les gens votent, si cela leur chante ; ce n'est pas notre problème : nous devons nous situer ailleurs.

Etre révolutionnaire, c'est être minoritaire, sauf lors des violents basculements sous la colère des masses constituées. C'est dire si le ronronnement parlementaire offre peu de perspectives au postléninisme de façon générale. Mais la politique héritière de Marx, de Lénine, de Trotski, de Rosa Luxemburg ou de Mao en a vu d'autres. Elle est à l'affût, postée et attentive aux échos de l'événement qui, comme le dit Nietzsche dans Zarathoustra, "arrive sur des pattes de colombe".

 

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