Je voterai Poutou après-demain. Je ne voterai donc pas Mélenchon (après avoir finalement hésité...) parce que sa ligne laïcarde patriotarde qui parle du voile comme d'un "accoutrement" et du burkini comme d'une "provocation" me gonfle et heurte ma vision de ce pays - la France - dont je pense qu'il n'a pas d'essence immémoriale mais qu'il est au contraire vivant, mouvant, multiculturel et multinational. Je n'ai par ailleurs pas le culte mélenchonien de la République dont on sait, depuis le 9 Thermidor puis Juin 1848, qu'elle est entre les mains de "brigands" comme disait L'Incorruptible et de "loups-cerviers du capital" comme disaient Balzac et son illustre lecteur Karl Marx.  
En outre, le mitterrandisme de Mélenchon n'est à mon avis pas uniquement de l'ordre de l'Histoire car il fait litière du désastre auquel "la gauche" a mené ce pays via une politique qui a converti la France au néo-libéralisme financier. Au fond, Mélenchon n'est pas plus robespierriste à mes yeux que Brejnev ne fut communiste.
Toutefois, il y a un argument en faveur du candidat de la France insoumise - très parlementaire mais élection il y a... -, c'est que celui-ci
 peut en effet être au second tour. À cette aune, le vote Mélenchon est donc tout à fait compréhensible. Mais le candidat des Insoumis n'est pas communiste tandis que Poutou l'est - et de la meilleure façon. Je voterai donc NPA comme j'ai voté LCR en 2002 et 2007 mais je crois surtout que désormais, Hamon est le vrai vote inutile vu la proximité ou le peu de différence fondamentale qu'il y a entre le candidat PS "de gauche" et Mélenchon - la preuve par Filoche. Voter Hamon est inutile car la vainqueur de la primaire PS n'a absolument aucune chance de passer le premier tour. Il nuit désormais à Mélenchon, exclusivement. La primaire officieuse entre les deux candidats de la gauche postmitterrandiste a eu lieu et il faut en prendre acte.
Pour le reste, plus le camarade Philippe Poutou sera haut, plus ça fera garde fou si Jean-Luc Mélenchon va au second tour. Un garde fou internationaliste, libertaire et anticolonialiste, points sur lesquels Mélenchon n'est à tout le moins pas très net. C'est donc aux électeurs et aux électrices potentiels de Hamon de propulser Mélenchon au second tour, pas à l'extrême gauche qui a deux candidats dont les lignes respectives, précisément, ne sont pas les mêmes que celles des candidats de gauche que sont Hamon et Mélenchon. Que la sociale-démocratie en rupture et son allié PCF se rassemble derrière la FI. Que l'extrême gauche se compte dimanche et pèse au maximum sur sa propre ligne et ses propres mots d'ordre d'égalité, de main tendue aux réfugié.e.s et d'anticolonialisme. Ce sera précieux si Mélenchon va au second tour.
En attendant, que chacun.e vote selon ses convictions. Si les rapports de force sont respectés, Mélenchon peut être au second tour avec un Poutou à 3%.

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