Il a été question, il y a quelques mois il me semble, du livre d'Eric Hazan ici même, sur Mediapart, via un entretien avec Joseph Confavreux et, par ailleurs, Eric Hazan a été invité sur France Culture dans La Nouvelle Fabrique de l'Histoire à propos de son épais mais concis livre sur la Révolution française (qui reste, à ce jour, et avec Juin 1848 du côté du peuple et La Commune, une des pages glorieuses de l'histoire nationale).

Il faut lire le livre d'Eric Hazan pour savoir, concernant la Révolution française, de quoi il retourne. Son livre, Une histoire de la Révolution française, est en effet une excellente introduction à la période 1789-1794, qui va donc de la convocation des Etats généraux par Louis XVI à la mort de Robespierre en juillet 1794 qui ouvre à la Réaction thermidorienne (à laquelle par ailleurs l'historien Albert Mathiez a consacré un très bon livre, également réédité par La Fabrique - qui fait donc bien son travail comme Maspero jadis).

Le livre de Hazan est une excellente introduction à la Révolution parce qu'il a les avantages de ce que l'académisme universitaire exècre : il est écrit par un non spécialiste. Eric Hazan, on le sent, est comme d'autres enthousiasmé par l'événement révolutionnaire et une forme de mélancolie de cet événement le pousse à l'étudier, y réfléchir et à coucher, donc, son histoire (c'est en soi un genre littéraire après tout) de la Révolution. De ce point de vue, l'entreprise de Hazan est sous le signe de Rancière : quiconque veut travailler un point peut s'y autoriser de lui-même. L'ouvrage de Hazan est loin d'être une somme ignorante. Le livre est bien écrit et la nostalgie de cette période terrible et extraordinaire est perceptible chez l'auteur qui, sur ce point, se rapproche de Michelet.

Il s'écarte bien sûr de Michelet dont L'Histoire de la Révolution française, littérairement aussi extraordinaire que Les Misérables de Hugo, est largement dantoniste, à l'image du XIXème siècle, tout en contenant un bel hommage à L'Incorruptible dans les dernières pages. Précisément, si Eric Hazan s'écarte fort heureusement de la vision IIIème République de la Révolution, il reste sérieux, nuancé et en aucun cas gauchiste comme, par exemple, le fut Daniel Guérin. Son livre réhabilite Robespierre (l'on constate d'ailleurs un réel mouvement en ce sens dans l'historiographie contemporaine et c'est salutaire), sans toutefois en faire un super-héros comme parfois chez Mathiez. Les erreurs de Robespierre sont pointées et Eric Hazan ne passe pas sous silence la dimension tragique de la Révolution qui, assiégée aux frontières et de ce fait un peu paranoïaque, décrète une Terreur (plus ou moins réelle, d'ailleurs - certains allant jusqu'à dire qu'elle fut largement verbale) qui dévorera en quelques mois tous les enfants héroïques de la Révolution : Marat (assassiné par une royaliste célébrée par le sinistre Onfray), Jacques Roux, Danton... Robespierre. Les derniers moments, assez christiques finalement, de L'Incorruptible sont assez saisissants. Il importe aux adversaires de l'éternelle Réaction de le savoir. Et de le rappeler contre toutes les calomnies post-thermidoriennes

Danton est également replacé, semble-t-il, à sa juste valeur. Si le véritable Tribun du Peuple finit corrompu, il eut néanmoins un grand rôle dans la Révolution et Robespierre enviait sa gouaille populaire.

La tension entre le mouvement populaire d'extrême gauche et les robespierristes est également traitée sérieusement par Hazan qui généralise au reste assez bien certaines questions posées par la Révolution comme par exemple la systématique élimination de ladite extrême gauche dans les révolutions. Où Hébert rencontre Lin Piao.

L'ouvrage de Hazan, donc, s'il peut paraître épais, est en vérité assez concis eu égard au sujet traité et sa pédagogie des événements ne peut qu'être saluée. Notables aussi, les évocations par l'auteur des débats historiographiques passés ou en cours (sur Marat, sur la loi de Prairial sabotée - ou non - par les futurs Thermidoriens aux mains ensanglantées ne voulant pas avoir à répondre de leurs crimes, sur le déclenchement de la Révolution - misère sociale ou pas ? -, sur les massacres de Septembre).

Si le but de Hazan était de rappeler à celles et ceux qui l'ignorent qu'il y eut une époque où des dirigeants français disaient "Les malheureux sont les puissances de la terre ; ils ont le droit de parler en maîtres aux gouvernements qui les négligent" et où "le bonheur commun" était le but politique d'une grande partie des députés, alors on peut dire que par son récit enlevé et accessible, c'est mission accomplie.

Chacun sera libre ensuite, car ils fourmillent, d'éclaircir les points qu'il jugera importants.

 

 

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Et pour saluer Robespierre et la Constitution de 1793, c'est ici.

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