Le tournant lepéniste du P"S" n'étonnera que celles et ceux qui ne veulent pas rejeter leurs illusions et se préparer à la lutte, comme le disait Mao Zedong. Cela fait au moins trente ans que le PS généré par Mitterrand divise le peuple quand il est en difficulté. Mauroy et Defferre, déjà, s'en prenaient en 1983-84 aux ouvriers arabes de l'automobile en grève en les désignant comme "étrangers aux réalités économiques de la France" et comme "chiites" (ce qui, sans doute, justifiait qu'on armât Saddam Hussein contre l'Iran). Mitterrand lui-même reprenait au PCF son "seuil de tolérance" et Fabius jugeait que le Front mal nommé national posait les bonnes questions.

Manuel Valls dans son tout-à-l'égoût discursif contre les Rroms, au-delà de son homogénéité politique avec ses prédecesseurs les plus immédiats, ne fait donc que reprendre une tradition socialiste. Tradition qui vient rappeler qu'au fond, le Parti "socialiste" est pire que la droite avec laquelle il est toujours tenté de rivaliser dans l'abjection.

Le discours de Valls sur les Rroms vaut bien celui, prononcé à Grenoble, de Sarkozy. Plus généralement, en dépit de menus désaccords sur quelques questions sociétales, le retour des mêmes antiennes atteste, tout simplement, qu'il y a consensus dans le parlementarisme contre une partie du peuple de ce pays (les Rroms et les musulman-e-s, essentiellement).

De ce point de vue, que chacun s'interroge sur la singularité du discours lepéniste. Pour ma part, je n'en vois pas vraiment : le parti postpétainiste n'est que la caisse de résonnance extrêmisée du consensus parlementaire qui dessine, au nom de la République, un pays haineux, qui déteste sa jeunesse, les pauvres et les gens d'origine étrangère.

Ce consensus est tellement installé, incrusté, chez les corrompus du parlementarisme que c'est, par exemple, c'est angle-là que M. Bartolone a choisi pour attaquer Mme Reding et l'Union Européenne. Le P"S" a été le cheval de Troie du néolibéralisme en France ; c'est sous Mitterrand que les inégalités ont explosé entre les riches et les pauvres ; les hiérarques socialistes accusaient les nonistes de 2005 de vouloir plonger la France dans un hiver nucléaire avec leur vote... Et voilà que parce que l'UE, pour une fois qu'elle a une action un peu salutaire, défend les Rroms, le démagogue Bartolone l'attaque, histoire de trouver une accointance avec la lie politique lepéniste !

Inutile de chercher. C'est le capitalo-parlementarisme tout entier qui est gangrené par ce chauvinisme rance qui porte une idée rabougrie du pays. Le FdG y échappe ? Sans doute - mais c'est hélas parce qu'il n'a rien à perdre à affirmer quelques principes.

Une fois de plus, il faut rompre avec les officiels et les rétribués de la politique et avec le souci de l'Etat.

L'Etat rrrrrépublicain ? Laissons-le dans son intériorité aux carriéristes aux dents longues ! Mais le pays, non !

Quand, plusieurs fois par semaine, je vais travailler dans mon lycée de banlieue via les transports en commun, je vois un pays, la France, qui n'a rien à voir avec ce que la démocratie médiatico-parlementaire nous serine. Le pays vivant, y compris d'un point de vue libéral, n'est pas celui des tristes sires Valls et Le Pen. Problème : il n'est pas politisé et son peuple, pour reprendre Sophie Wahnich, pas constitué.

C'est à cela, encore et toujours, pourtant, qu'il faut réfléchir. Trouver les formes d'une capacité politique ni nostalgique (la banlieue rouge se délite ; rien n'arrêtera ce mouvement), ni réactionnaire (soyons pasoliniens : il faut rendre aux pauvres, aux humbles et aux prolétaires la fierté de ne pas être des bourgeois) qui, en fait, s'inspirerait du grand mouvement politique novateur des années 1960 : le Mouvement des droits civiques aux Etats-Unis.

Un pays existe, qui pour l'instant est tétanisé par les attaques réactionnaires de l'Etat contre sa réalité effective. Renversons la vapeur !

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