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Billet de blog 13 sept. 2015

RACHID ZOUHHAD : La vérité sur l'IUT de Saint denis lu sur le site l'Oeil pour le dire.

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TEMOIGNAGE EXCLUSIF DE RACHID ZOUHHAD 

Rachid Zouhhad : "Ma vérité sur les dysfonctionnements, l’omerta et l’opacité qui règnent dans l’affaire de l’IUT de Saint Denis depuis deux ans ! »

LPLD.fr : Voici plus d’un an, plusieurs médias nationaux se sont emparés d’une affaire vous mettant gravement en cause au sein de l’IUT de Saint-Denis, dans lequel vous enseignez depuis plus de 28 ans. Vous vous exprimez pour la première fois librement sur un média pour évoquer votre version des faits, qu’avez-vous tout d’abord envie de dire à vos détracteurs face à toutes ces accusations à votre endroit?

Rachid Zouhhad : D’abord, que je ne cultive aucun sentiment de vengeance ou de volonté de revanche. La seule chose que je réclame c’est la justice ! Que celles et ceux qui sont responsables des accusations et imputations injustes ou odieuses à mon égard et à l’égard d’autres collègues, répondent de leurs actes devant les tribunaux. J’ai agi dans ce sens et j’attends le résultat des enquêtes de Police et que la justice se prononce. Je sais que c’est un lieu commun que de dire cela, mais je n’ai pas d’autre moyen pour y parvenir.

LPLD.fr : Votre nom est cité à de nombreuses reprises dans plusieurs médias depuis des mois, vous semblez être la cause de tous les maux qui frappent l’IUT de Saint Denis, comment vivez-vous cette situation au quotidien ainsi qu'au sein de votre famille et de vos proches ?

"Être présenté comme étant à la fois « Ben Laden, Madoff et Al Capone », n’est pas facile à vivre..."

R.Zouhhad : Être présenté comme étant à la fois « Ben Laden, Madoff et Al Capone », n’est pas facile à vivre, surtout quand cela ne correspond à aucune réalité ! Cela l’est encore moins pour ma famille. Elle en a souffert et continue d’en souffrir, mais qui s’en soucie ? Ce qui accentue le malaise c’est l’acharnement manifeste de certains médias qui ne se donnent même pas la peine de vérifier si les accusations en question sont fondées ou non. Ce qui l’est également, c’est le torrent de haine qui se déverse sur de nombreux sites, et que l’irresponsabilité de ces médias a généré et nourrit. Se sont-ils posé la question de savoir si la diffusion de mon nom avec de telles accusations exposait ou non ma famille à d’éventuelles agressions ? Assurément non.

LPLD.fr : On vous accuse notamment, de prosélytisme religieux, de misogynie envers vos collègues féminins, de clanisme voire de népotisme, de prise illégale d’intérêt, de menaces de mort, à mots couverts, envers le directeur de l’IUT, Samuel Mayol, …. Ce n’est pas un peu trop pour un seul homme ?

R.Zouhhad : Tout d’abord, il convient de préciser que je n’ai pas été le seul à avoir été accusé de tout cela. Ensuite, ces accusations sont apparues il y a plus d’un an. Depuis, M. Benoît Hamon, Ministre de l’Education Nationale et de l’Enseignement Supérieur a saisi le Parquet de Bobigny en mai 2014 d’une demande d’ouverture d’une enquête préliminaire pour : menaces, agressions, emplois fictifs et détournements de fonds.

A ce titre, j’ai été entendu par la Police à deux reprises, dont une dans le cadre d’une garde à vue. Qu’est-il resté de ces accusations à caractère pénal ? STRICTEMENT RIEN. Les collègues et moi-même, étions injustement accusés et clamions notre innocence depuis le début, voyant petit à petit les accusations tomber les unes après les autres depuis que la Police et la Justice commencent à apporter des réponses à ces accusations. Pour autant, nous ne savons toujours pas qui est à l’origine des prétendues menaces et agressions. Einstein disait qu’un « problème créé ne peut être résolu en réfléchissant de la même manière qu’il a été créé ». Il conviendrait peut-être de soumettre celles et ceux qui sont à l’origine de ces accusations aux mêmes investigations que celles dont nous avons été l’objet. Désormais, on ne peut écarter cette piste, sans risquer de passer à côté des réponses que nos collègues de l’IUT et nous-mêmes, attendons.

- Pour ce qui est du prosélytisme religieux, cette accusation ne repose sur rien de sérieux. Mes collègues et moi-même avons servi l’État depuis plus de 25 ans, et voilà que soudainement, nous nous réveillons un beau matin pour commettre une telle faute ? J’ajouterai même, une faute professionnelle grave. Là encore, les investigations des services de Police et de justice n’ont abouti à aucune conclusion confirmant cette accusation.

- Pour ce qui est du comportement misogyne que l’on a tenté de m’imputer, cela n’a aucun sens. Il a suffi de citer le cas de deux collègues femmes aux fonctions desquelles j’ai mis un terme pour des raisons professionnelles pour me taxer de misogynie. Elle représente moins de 2 % de l’ensemble des personnels employés à un titre ou à un autre dans le département TC. Est-il nécessaire de préciser que ni M. MAYOL, Directeur de l’IUT, ni la hiérarchie de l’Université, n’a désapprouvé cette décision ou a manifesté une quelconque désapprobation officielle ou officieuse. Pour quelle raison, ne leur a-t-on pas imputé un tel comportement ?

- Le clanisme et le népotisme sont là encore, comme pour les accusations précédentes, le résultat des imputations reprises par le rapport de l’IGAENR et qu’aucune pièce objective n’est venue étayer. Qu’en est-il en réalité ? Les personnes écartées de leurs fonctions pour des raisons qui, une fois encore, n’ont été contestées par aucun responsable de l’IUT ou de l’Université, ont été remplacées après qu’un appel à candidatures ait été adressé à l’ensemble des collègues du département TC (Technique commerciale). C’est un fait vérifiable pour peu que l’on se donne la peine de le faire. Contrairement à ce qui est affirmé par l’inspection, ces collègues femmes n’ont pas été remplacés par des anciens collègues que j’aurai connus à l’IUP Ville et Santé dix ans auparavant, mais par des collègues connus de moi-même mais aussi de nombreux autres de l’IUT et de l’Université et qui n’ont jamais été en poste dans cet IUP.

- Pour ce qui est du népotisme et, allons même plus loin, de la relation familiale à l’un ou l’autre des collègues qui aurait prétendument profité d’un quelconque passe-droit de ma part, la réponse est définitivement NON. De surcroît, je pense utile de rappeler qu’en tant que Chef de Département, je n’avais pas le pouvoir de « payer » qui que ce soit, car je n’étais pas « ordonnateur », pour reprendre un terme utilisé dans notre Administration. Seul le Directeur de l’IUT et le Président ont ce pouvoir. Par conséquent, rien ne peut être payé si cela n’est pas décidé par M. MAYOL, Directeur de l’IUT.

Ensuite et contrairement à ce qu’a affirmé l’un des grands quotidiens nationaux, je n’ai aucune relation familiale qui me lie à l’une ou l’un de mes collègues du département TC ou de l’IUT Saint-Denis ou même de l’Université Paris 13.

Je n’ai jamais employé aucun membre de ma famille proche ou éloignée dans le département TC, ou demandé à ce qu’un membre de ma famille le soit, dans l’IUT ou dans l’Université Paris 13. Plus encore, aucun membre de ma famille n’a été inscrit à l’IUT ou à l’Université Paris 13. Les membres de ma famille proche ou éloignée ont étudié dans d’autres Universités et Écoles. Là encore, cela est aisé à vérifier, pour peu que l’on s’en donne la peine. A-t-on posé la même question à M. MAYOL et à ses collaborateurs les plus proches ? Non bien sûr !

L'IUT de Saint Denis : un institut de l’Université Paris 13 (Crédits : D.R)

LPLD.fr : Pourquoi selon vous?

R.Zouhhad : On se le demande, car il n’est nul besoin de procéder à une investigation approfondie pour constater qu’il y a des membres des mêmes familles en fonction à l’IUT ; que des compagnes, épouses, époux ou compagnons travaillent ensemble dans cet IUT. Parfois même, les enfants de certains se trouvent scolarisés dans le même département que celui où ils sont en fonction ou dans un autre département du même IUT ; qu’un Président de jury, M. MAYOL, ne se soit pas retiré ni n’ai signalé qu’un membre de sa famille, son neveu en l’occurrence, voyait son année validée par le jury en question, fleure plus le népotisme que ce qui m’est imputé de façon fallacieuse. Non, cela ne réclame par une investigation approfondie, et pourtant cela a échappé à la mission de l’IGAENR, et plus encore aux médias qui se sont évertués à me trouver un lien de famille avec l’un de mes collègues, alors qu’il n’en existe aucun.

- Pour la prise illégale d’intérêt ou toute rémunération indue que l’on a pu m’attribuer de façon explicite ou implicite, les services de Police et de justice n’ont pas eu de mal à procéder aux vérifications nécessaires et le résultat me semble maintenant s’imposer à toutes et tous. Là encore, je réclame logiquement que mes contempteurs soient soumis aux mêmes vérifications, par souhait de voir respecter le principe d’égalité, y compris dans ce type d’investigation.

Mieux encore, je suis tout à fait favorable à la saisine de la Cour des comptes. D’ailleurs M. MAYOL avait annoncé le 11 mars 2014 devant les élus du Conseil de l’IUT qu’il la saisirait, et plus d’un an et demi après, force est de constater que son engagement n’a pas été tenu. Je l’invite donc à se remémorer cela, et surtout à le mettre en œuvre, pour l’ensemble de l’IUT.

"La vente de sandwichs halal, ...ne relève nullement de mes prérogatives. Les autres associations et listes le font également sur le site de Villetaneuse et depuis de nombreuses années"

LPLD.fr : Pouvez-vous revenir sur cette histoire de salle de prière dans le détail, ainsi que sur l’obscure association baptisée « L’ouverture » qui aurait vendu, (ou vendrait encore aujourd'hui?) des sandwichs halal au sein de l’IUT, grâce à vous, selon les propos de certaines personnes, dont des étudiants ?

R.Zouhhad : Je n’ai entendu cette allégation pour la première fois que le 8 avril 2014, à l’occasion d’une audition par la Police qui m’a posé la question. Je n’ai appris que par la suite la localisation de cette fameuse « salle de prière ». Il s’agit en fait d’un bureau de près de 3m sur 4m ou 5m, situé dans la partie centrale presque en face des amphis de l’IUT et juste attenant au bureau des sports, et en tout état de cause en dehors des locaux dédiés au département TC.

Les étudiants de cette association vendaient des sandwichs halal dans le couloir principal jusqu’à la fin de l’année 2012. Ensuite, il leur a été interdit de le faire. Cette décision, autant que l’attribution de ce local ou plus simplement l’autorisation de cette association ne relèvent nullement du pouvoir que j’avais en tant que responsable du département TC, mais du directeur de l’IUT et du Président de l’Université. Mes liens à cette association sont les mêmes que ceux que j’entretiens avec tous les élus étudiants dans les instances de l’Université. Il faut peut-être rappeler que cette association a des élus au Conseil d’Administration de l’Université et dans une autre instance où je siège encore à ce jour. Leur principal interlocuteur était M. MAYOL qui les a certainement reçus plus que je ne l’ai fait.

Je n’avais donc pas plus de relations privilégiées avec cette association qu’avec les autres associations, listes ou syndicats d’étudiants siégeant dans les instances de l’Université. Pour ce qui est de la vente de sandwichs halal, ce droit ne relève nullement de mes prérogatives. Les autres associations et listes le font également sur le site de Villetaneuse et depuis de nombreuses années.

LPLD.fr : D’après nos sources, le local en question serait condamné depuis plusieurs mois, depuis quand précisément, sur quelle décision et quelle motivation selon vous ?

R.Zouhhad : En effet, les collègues ont constaté tout comme moi qu’il n’y a plus d’activité apparente dans ce local depuis sa fermeture sur décision de M. MAYOL. Aucune association ne semble l’occuper ou l’avoir occupé depuis. Pourtant, c’était l’objet de la décision que M. MAYOL avait soumis au Conseil de Direction de l’IUT (qui réunit les Chefs des huit départements de l’IUT pour assister le Directeur dans sa mission) fin 2012. Il s’agissait de permettre à toutes les associations d’en profiter de façon égale, en raison de l’absence de possibilité de leur attribuer d’autres locaux. Cette proposition de M. MAYOL a rallié un vote unanime, y compris le mien et contrairement aux informations erronées propagées par l’un des grands quotidiens nationaux. Depuis, je n’ai pas vraiment suivi la mise en œuvre de cette décision jusqu’à l’année dernière où la mise en cause de cette association par M. MAYOL a été révélée par la presse.

LPLD.fr : Quelle est la raison invoquée lors de votre éviction du poste de directeur du département Technique Commerciale et gestion (TC) de l’IUT en mars 2014 ? Et selon vous quelle est la cause réelle ?

R.Zouhhad : En réalité, il y a plusieurs raisons invoquées. Une liste de reproches m’a été adressée en février 2014 par courrier me demandant d’y remédier sous 48 heures. Mais la lecture de celle-ci par quelqu’un de rompu aux pratiques universitaires ne peut aboutir qu’à une conclusion : cela n’a aucun sens.

À titre d’exemple, M. MAYOL prétendait que des collègues directeurs des études (responsables d’une promotion d’étudiants) et enseignants avaient exercé des pressions sur des collègues secrétaires. Aucune précision sur qui, quand et comment n’était apportée. Dans ces conditions, il m’était impossible d’intervenir pour mettre un terme à cela, à supposer une telle affirmation fondée. Mais, elle ne l’était pas, car M. MAYOL est le seul habilité à saisir le Président de l’Université pour faire traduire le ou les collègues éventuellement responsables devant le conseil de discipline.

Là encore, force est de constater que personne depuis n’a été traduit par M. MAYOL devant la section disciplinaire de l’Université pour ce motif. Il est curieux de constater que M. MAYOL ayant eu connaissance au cours de cette année d’injures, menaces et intimidations qui sont le fait de personnes qui lui sont proches et qui ont été dénoncées par de nombreux collègues de l’IUT dans le cadre d’enquêtes internes (cellule d’écoute, rapport de la médiatrice et du CHSCT « Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail »), n’a pas jugé bon de saisir le Président de l’Université pour demander qu’ils soient déférés devant la section disciplinaire. Il n’a même pas déposé une plainte au nom de l’institution, alors que les membres de son équipe n’avaient pas hésité à le faire au début de l’année 2014 contre un collègue à l’égard de qui, son équipe semble nourrir une attention obsessionnelle, M. BELAKHDAR, au point de l’accuser de faits graves que le Procureur de la République a jugé dénués de tout fondement. D’ailleurs, M. MAYOL n’a pas hésité à demander à ce qu’il soit empêché, à plusieurs reprises par le service de sécurité de l’IUT, d’accéder à son lieu de travail. 

"Le plus incroyable dans cette histoire, c’est la cabale orchestrée pour obtenir que l’on me démette de mes fonctions de chef de département qui, il faut le rappeler, résulte d’une élection"

Autre exemple, M. MAYOL me reprochait d’avoir créé un comité de conciliation et de rappel au règlement (CCRR) qui avait, affirmait-il, sanctionné les étudiants. Or, M. MAYOL est d’une mauvaise foi évidente, car toutes les demandes pour traduire les étudiants devant le disciplinaire lui étaient adressées par moi-même et soumises à sa validation obligatoire avant la transmission au Président de l’Université puis à la formation disciplinaire. Aucune sanction des étudiants n’a été prononcée par ce CCRR. Et toutes les demandes de déferrement des étudiants que j’ai adressées à M. MAYOL et qu’il a validées ont donné lieu à condamnation sans qu’aucune faute de forme n’ait été relevée par la section disciplinaire. Je passe sur les autres reproches qui sont peu ou prou du même acabit.

Mais le plus incroyable dans cette histoire, c’est la cabale orchestrée pour obtenir que l’on me démette de mes fonctions de chef de département qui, il faut le rappeler, résulte d’une élection. Pour faire court, vous faites convoquer le Conseil de l’Institut (en quelque sorte le Conseil d’Administration de l’IUT) pour se prononcer sur cette « destitution » en invoquant le souhait émis par des étudiants. Étudiants qui ont été souvent reçus par M. MAYOL pendant plusieurs semaines d’affilée précédant le Conseil en question. Puis, vous n’envoyez aucun document aux membres de ce Conseil d’IUT ni n’en distribuez aucun le jour de la réunion, le 11 mars 2014. En d’autres termes, vous soumettez une personne à un jugement alors que ni lui ni ceux censés le juger n’ont de documents faisant état précisément des griefs et permettant au principal accusé de pouvoir se défendre et à celles et ceux institués juges pour la circonstance, d’avoir des dossiers à charge et à décharge.

Enfin, et pour parachever la mascarade, la vice-présidente «étudiants» de ce conseil, Mme Dounia DRAOUI et M. MAYOL se livrent le jour en question à la lecture sentencieuse d’une longue liste de reproches adressés à ma personne. Avec toutefois une surprise et de taille, en l’occurrence l’accusation de ce que la presse allait très vite reprendre sous la forme d’un détournement de fonds de 196 000 euros (correspondant à 4832 heures complémentaires). Aucun document remis au principal inculpé, moi en l’espèce, ni aux membres de ce Conseil. Sauf à de rares exceptions, aucune personne n’a interrogé M. MAYOL sur le détail du calcul qui a abouti à m’imputer un détournement aussi précis et aussi important.

J’ai donc été démis et M. VASSALLO, Président de ce Conseil de l’Institut a désigné comme Administrateur Provisoire du département TC que je gérais jusqu’ici, M. MAYOL qui était déjà directeur en titre de l’IUT. Curieux cumul. Il ne fait aucun doute qu’une très grande partie du Conseil a été préparée pendant plusieurs semaines à ce simulacre de justice. D’ailleurs, un SMS qui m’a été adressé ultérieurement par l’un de mes collègues faisait état d’un activisme acharné de Mme Dounia DRAOUI, vice-présidente des étudiants, pour obtenir les procurations de ses camarades en vue de les utiliser dans le sens de mon éviction. J’observe que l’année suivante cette étudiante est passée du statut d’étudiante simple à celui d’étudiante en apprentissage avec un salaire. Ce type de transfert d’une formation à une autre est très rare. Il est difficile de ne pas y voir la récompense de bons et loyaux services rendus.

Bien évidemment, cette décision était inacceptable à mes yeux pour de multiples raisons. J’ai introduit une requête devant le Tribunal Administratif pour en obtenir l’annulation. Cela fait plus d’un an et demi et ce tribunal ne s’est pas encore prononcé à ce jour. J’ajoute, que pour parfaire le tout : la décision du Conseil de l’institut de m’évincer de ma fonction n’a donné lieu à aucune validation par celui-ci d’un quelconque procès-verbal ou relevé de décision. Autrement dit, les administrateurs n’ont pas été sollicités comme cela aurait dû être le cas pour valider leur décision.

Pour ce qui est de la cause réelle, je ne l’ai perçue que bien après. Mon éviction, a été suivie de celles des directeurs d’études du département TC provoquées par une nouvelle manœuvre de M. MAYOL qui visait à y placer des collègues acquis à sa cause pour diverses raisons. Puis par celle du responsable du service de la formation continue et de l’apprentissage, M. MELLOUKI, qui avait été désigné après plusieurs auditions devant les instances de l’IUT. La voie que devaient emprunter certaines opérations entre M. MAYOL et le CODIS dans laquelle Mme MAYOL est employée était désormais libre de toute entrave, questions ou risque de diffusion d’informations aux personnels de l’IUT.

L’ensemble a contribué à considérer sérieusement l’hypothèse selon laquelle tout cela semble d’abord avoir été motivé par des questions d’argent. En l’occurrence, M. MAYOL a confié la formation en apprentissage pour de nouvelles formations validées pour le département TC et une ancienne au Centre de Formation par Apprentissage (CFA) CODIS, externe à l’Université et dans lequel travaille Mme Anne PERRET, épouse de M. MAYOL.

Les formations en apprentissage avaient été jusqu’alors confiées au CFA Sup 2000 qui relève de la Région Ile-de-France. Ce CFA CODIS ainsi qu’une école de commerce l’ICD (l’Institut du Commerce et de la Distribution) appartiennent au même groupe l’IGS. M. MAYOL a enseigné pendant plusieurs années à l’ICD et fait partie du centre de recherche PROPEDIA qui relève de l’IGS.

C’est peut-être aussi la même coïncidence qui l’avait conduit par le passé à recruter son épouse pour enseigner au département TC dont il était alors responsable. Évidemment, ce fait a échappé aux journalistes qui étaient bien trop occupés par la recherche de liens familiaux entre mes collègues et moi-même.

C’est toujours cette satanée coïncidence qui fait que plusieurs des amis de M. MAYOL, qui habitent le même immeuble que lui, enseignent dans le département TC depuis le moment où il en assurait la responsabilité. On peut légitimement se demander pour quelle raison M. MAYOL a soudainement décidé de changer de CFA (Centre de formation d'apprentis), passant de Sup 2000 à CODIS (Commerce distribution Service) et si cela s’inscrit dans la défense des intérêts de l’IUT Saint-Denis ? De même que l’on ne peut manquer de s’étonner que s’il est tout à fait concevable que l’on puisse changer de CFA, comment se fait-il que le nouveau CFA choisi comporte en son sein, l’épouse de M. MAYOL ? Comment se fait-il qu’aucun enseignant du département n’ait eu connaissance des effectifs d’apprentis pour les formations de l’IUT confiées au CFA CODIS et qu’aucune présentation de ce CODIS n’ait été faite devant les instances de l’IUT ? Enfin, aucun des enseignants appelés à intervenir dans ces formations au sein du CODIS n’a été soumis à une validation par les comités d’experts et par la commission d’agrément de l’Université comme c’est l’usage, pour quelle raison ?

Enfin, M. MAYOL peut-il expliquer l’étrange coïncidence qui l’a conduit à confier ces formations à un CFA qui appartient au même groupe, l’IGS, que celui de l’école de commerce (l’ICD) dans laquelle il a enseigné jusqu’à il y a peu ?

La seconde motivation qui a semble-t-il guidé l’attitude de M. MAYOL renvoie à de l’arrivisme et de l’opportunisme politique.

"M. MAYOL n’a manqué aucune occasion d’instrumentaliser l’IUT pour servir son ambition politique"

M. MAYOL est militant d’un parti, ce qui est totalement son droit et personne ne peut le lui dénier. Il a une place très modeste dans son parti et a échoué à s’imposer, comme en témoigne son éviction de la liste des dernières élections municipales dans le 20é arrondissement de Paris, entre les deux tours. La reprise par certains médias de cette affaire a peut-être été pressentie comme une opportunité d’acquérir une visibilité médiatique qui ne pouvait que le servir, car il n’en avait aucune jusqu’ici.

Dès lors, on comprend l’enchaînement des attitudes surprenantes de M. MAYOL qui ne visaient qu’à maintenir sa présence toute nouvelle dans les médias. De victime de menaces et agressions, il est devenu militant de l’ouverture d’un débat sur le voile à l’Université, puis preux chevalier de la lutte contre le « communautarisme » etc. M. MAYOL a instrumentalisé cette affaire de façon politique et s’est servi de l’IUT comme d’un tremplin politique au lieu de le servir, comme le commandait le mandat qui lui a été donné par celles et ceux qui l’ont élu à la fonction de directeur de l’IUT.

M. MAYOL n’a manqué aucune occasion d’instrumentaliser l’IUT pour servir son ambition politique. Ainsi, aidé de M. VASSALLO, Président du Conseil de l’IUT, il a organisé un meeting politique au sein de l’IUT, dans le cadre des dernières élections municipales, en invitant un seul candidat. Comme par un grand hasard, cet invité était sur la même liste que M. VASSALLO, lui-même publiquement soutenu par l’un des collègues et proches amis de M. MAYOL, M. TETARD.

On ne peut décemment pas plaider pour la neutralité dans l’espace universitaire à l’égard des religions et en même temps livrer celui-ci à un parti politique au mépris du respect des opinions de ses collègues et étudiants.

A mes yeux, la tentative de l’exploitation politique de ces événements par M. MAYOL ne laisse aucun doute. Son activisme dans ce sens a été tel qu’il était difficile de le suivre : tantôt candidat aux municipales dans le 20é arrondissement de Paris sur la liste de son parti ; tantôt aidant un candidat au municipal à Saint-Denis qui était opposé au candidat du parti dont M. MAYOL est membre ; tantôt au milieu de militants d’un parti opposé au sien, l’ex-UMP devenu « les Républicains », avec Mme Lydia GUIROUS et M. Geoffrey DIDIER ; tantôt aux côtés de M. CHEVENEMENT. La consultation sur Internet à ce propos donne le tournis et démontre l’acharnement mis par M. MAYOL à trouver une place dans l’espace médiatico-politique. Tout cet activisme laisse le sentiment d’une grande aptitude de M. MAYOL à saisir ou créer le contexte propice à son opportunisme. Tout le reste relève des moyens pour y parvenir : la menace islamiste, le sexisme, la laïcité perdue, etc. Cela a été abondamment relayé par certains médias tout aussi opportunistes.

La conséquence a été un torrent d’horreurs xénophobes qui s’est déversé sur internet. L’ensemble a dressé un rideau de fumée qui a également permis à M. MAYOL de ne pas avoir à répondre d’accusations autrement plus précises et circonstanciées qui proviennent des personnels de l’IUT et qui ont été restituées par plusieurs rapports internes : cellule d’écoute, médiatrice, CHSCT (Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail). Tous font état d’injures, menaces et agressions émanant de personnes, proches de la Direction de l’IUT, en clair de M. MAYOL. De même, ils font état d’une « direction flottante de l’IUT ». On comprend pourquoi M. MAYOL tente désespérément de faire oublier le CODIS, l’implantation d’entreprises privées dans les locaux de l’IUT, opéré par l’un de ses collègues et amis proches alors même que cet aspect n’a jamais été l’objet d’un vote ou d’une information préalable et suffisante des élus du Conseil d’Administration de l’IUT, présidé par M. VASSALLO, qui s’est bien gardé d’en demander la mise à l’ordre du jour.

Comme disait un ancien premier ministre, l’un des rares universitaires à avoir accédé à cette fonction : « les faits sont têtus » !

Il reste à la Direction de l’Université et au pouvoir politique à assumer leur responsabilité, ce qu’ils semblent avoir commencé à faire après que soient tombés les premiers résultats de leurs investigations. Il reste aussi à la Police et à la justice à faire le leur.

Il est étonnant que seules les pistes indiquées par M. MAYOL et son clan, relayés par certains médias, aient été l’objet d’investigations approfondies qui m’ont conduit avec un collègue à une garde à vue ! L’aspect positif est que ces longues heures passées au commissariat auront au moins eue le mérite de démontrer, sans contestation possible, que les auteurs définitivement jugés par cet attelage hétéroclite et complice formé par certains journalistes et l’entourage de M. MAYOL n’ont rien à voir de près ou de loin avec ces accusations fantaisistes et abjectes.

Cela permettra aussi de rappeler que la justice ne se rend pas au chevet des médias au nom de lecteurs de moins en moins nombreux, mais qu’elle est prononcée au nom du peuple et par les tribunaux.

C’est ainsi qu’il sera mis un terme à cette affaire et que la sérénité reviendra à l’IUT.

POUR EN SAVOIR +...

Ne manquez pas la suite des révélations de Rachid Zouhhad dans le second volet de son interview exclusive demain sur lpld.fr

Cedrik Viala

‎Journaliste/Reporter indépendant

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