HSBC-RAPHANEL:HSBC C. LYONNAIS même culture de la torture des Hommes TAPIE/RAPHANEL.

24 ans de lutte contre une banque celà laisse des traces.

 

 

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Source le PARISIEN du 14 4 2018

Bernard Tapie : «Je vais remonter sur scène»

L’ex-patron d’Adidas et de l’OM nous a reçus cette semaine chez lui à Paris. Il évoque longuement son combat contre le cancer, mais aussi ses projets. Malgré la maladie, il veut notamment refaire du théâtre, voire… jouer dans une comédie musicale.

Entre deux séances « douloureuses » de chimiothérapie, Bernard Tapie, atteint d’un double cancer de l’estomac et de l’œsophage, a accepté de nous recevoir, à Paris, dans son somptueux hôtel particulier où il vit entouré de ses proches. Amaigri, le teint pâle, il évoque son combat contre la maladie, l’hôpital public et l’élan de sympathie dont lui témoignent les Français. Au fil de deux heures d’entretien, « Nanard » retrouve, par instant, sa gouaille, sa fougue et confesse : il veut remonter sur les planches pour une tournée que l’on devine d’adieu.

Malgré la maladie, vous faites encore des projets ?

BERNARD TAPIE. Bien sûr. Je veux d’abord faire de La Provence un groupe dix fois plus important qu’il n’est aujourd’hui par des opérations de croissance interne et externe. La Provence va bien et a les moyens de faire des acquisitions dans les titres de presse régionale qui sont autour de nous. Je crois très fort au lien affectif de la PQR (NDLR : presse quotidienne régionale) avec ses lecteurs. L’autre axe de développement, c’est la diversification.

         Nous avons relancé un salon de l’auto et de la moto à Marseille,

                              le tour cycliste de La Provence,

        nos abonnés vont avoir droit à des réductions chez les commerçants, nous allons lancer des cartes prépayées pour nos lecteurs les plus modestes qui sont interdits bancaires et des espaces de vie dans les maisons de retraite. Enfin, nous démarrons avec l’aide du conseil régional, des écoles de formation.

Je parlais de projets plus personnels…

J’ai été très marqué par ce qu’a fait Johnny Hallyday, que je connaissais bien et je sais que sans la tournée avec les Vieilles Canailles 

                                        il serait mort un an plus tôt.

Il a tenu le coup parce qu’il s’était fixé cet objectif de finir la tournée. Cela va au-delà de votre volonté quand vous ne pouvez pas faire autrement. Un spectacle, que ce soit devant 100 ou 2 000 personnes, il n’y a rien de plus jubilatoire que d’apporter à tous ces gens des instants de bonheur pendant lesquels ils oublient tout le reste. Le pied que j’ai eu à jouer le rôle de Jack Nicholson dans « Vol au-dessus d’un nid de coucou », vous n’imaginez pas ! C’était un pari fou pour moi qui n’avais jamais fait de théâtre.

Si vous en aviez la force, vous le referiez ?

Il n’y a pas de si, je le vais le refaire.

Vous allez remonter sur scène ?

C’est sûr et certain, que ce soit une pièce de théâtre ou une comédie musicale. Je veux renouer le contact direct avec le public, je ressens autour de moi un tel mouvement de sympathie, je veux qu’on se retrouve au moins avec ces gens-là pour passer une super soirée.

Je ferai cent représentations à Paris et une tournée en province. Rien que de vous en parler, j’en ai la chair de poule.

Quand avez-vous appris que vous étiez malade ?

Un jour de l’été 2017, j’ai du mal à avaler. J’appelle mon ancien médecin de l’OM, il me prescrit une fibroscopie. Deux jours plus tard, on m’annonce la mauvaise nouvelle. J’étais KO debout.

                                     Je ne bois pas, ne fume pas,

                                       papa est mort à 91 ans

                                         et maman à 93 ans.

J’ai du mal à comprendre. Le lendemain, je rentre à Paris. Et là, le destin me joue un tour incroyable. Dans l’avion, je m’assois et qui je trouve assis à côté de moi : Pierre Arditi qui, 20 ans plus tôt, dans le film de Claude Lelouch « Hommes, femmes, mode d’emploi », jouait le rôle du médecin qui m’annonce que je suis atteint d’un cancer de l’estomac ! J’adore Pierre Arditi et je lui ai dit : « Pierre, cette fois c’est pas du cinéma, c’est pour de vrai ». Il me dit : « C’est quoi qui est pour de vrai ? » Je lui réponds :

                                   « Mon cancer de l’estomac. »

Où en êtes-vous aujourd’hui de votre combat contre le cancer ?

J’ai déjà subi six séances de chimiothérapie très dures et une opération très lourde puisqu’elle visait à l’ablation de l’estomac et d’une grande partie de l’œsophage. Après analyse, l’équipe médicale a décidé une nouvelle séquence de chimiothérapie. Je reconnais que c’est une épreuve qui est très dure à vivre et à supporter, mais c’est le sort de tous les gens qui sont atteints de cette maladie.

                  On ne connaît pas la durée du combat ni son issue.

Quelles sont vos chances de gagner ce combat ?

Les statistiques prétendent que le cancer dont je suis atteint c’est 50 % de chance à 5 ans. Mais je m’en moque. Pour moi, j’ai 100 % de chance. Dommage pour les statistiques, mais je veux vivre au-delà de mes 90 ans. C’est le souhait de toute ma famille et je n’ai pas envie de les décevoir.

 

 

Vous avez peur ?

Peur n’est pas le mot. Tant que l’on est dans la bagarre, la peur n’est plus présente. Un pilote de Formule 1 sait qu’il est en danger, il y pense avant ou après la course, mais pas pendant la course. Mais je suis très affaibli et je me pose des questions. Bien entendu.

Le regard des gens sur vous a-t-il changé depuis votre maladie ?

C’est inimaginable. Après l’émission avec Laurent Delahousse, j’ai reçu près de 50 000 messages : environ 10 % des gens pour me donner des conseils, ou exprimer leur volonté de m’aider, près de 20 % faisant référence à Dieu, ayant publiquement annoncé ma foi, et le reste pour me remercier de leur avoir redonné du courage à eux-mêmes, à leurs enfants ou à quelqu’un de leur famille.

À tous ceux-là, bien sûr, j’ai encore des choses à leur dire pour leur donner encore davantage de confiance.

Que voulez-vous leur dire ?

En France, 400 000 nouveaux cas de cancers se déclarent chaque année, soit plus de 1 000 par jour ! Le chiffre a doublé depuis 1980. Environ 150 000 personnes en meurent. Mais je leur dis, tenez bon ! Le temps joue en votre faveur car la vitesse des progrès de la médecine va apporter des modifications profondes et essentielles dans le traitement de la maladie.

Lesquelles ?

Jusqu’à présent, on se contente d’appliquer tel protocole à tel cancer et les statistiques de guérison donnent au médecin l’indication du traitement à suivre.                               C’est de la confection.

Pourtant, aucun être au monde n’a vos empreintes digitales, ni vos empreintes génétiques, il n’y a donc aucune raison qu’on vous applique le même traitement qu’à moi. On vient de faire une découverte formidable avec le moyen d’identifier individuellement nos génomes. À très court terme, on va donc pouvoir faire des traitements sur-mesureà partir de la nature précise de votre tumeur. C’est une lueur d’espoir énorme pour tous ceux qui ont des cancers considérés comme très graves. Chaque jour gagné est donc un jour d’espoir supplémentaire pour arriver au moment où ce ne sera plus une chance sur deux mais huit chances sur dix de guérir !

 

 

Vous aviez eu des signes avant-coureurs ?

Depuis six ou sept ans, j’avais régulièrement mal à l’estomac. Je n’avais jamais fait de check-up, j’ai eu tort. Il faut être attentif aux alertes que votre corps vous envoie. Ensuite, vous avez des contrôles de détection. Ceux dont il est prouvé qu’ils ont génétiquement une réelle malchance d’avoir la maladie ou qui, comme moi, ont des signaux d’alerte, ne doivent pas y échapper. Et, surtout, vous avez la prévention.

Une étude récente affirme qu’un homme de mon âge, 75 ans, qui ne fume pas, ne boit pas et fait trois heures de vélo, de marche ou de natation par semaine a les mêmes capacités immunitaires qu’un homme de trente ans.

Et si tu ne fumes pas, tu évites déjà 90 % des cancers du poumon et de langue, la moitié des cancers de la vessie et de l’estomac… Alors fumeurs, ne déconnez pas arrêtez de fumer ! J’ai fumé pendant 25 ans.

                         Après deux ans de galère, on n’y pense plus.

Revenons aux malades. Où trouver la force de tenir ? Vous, vous comptez sur votre mental ?

Le mental, c’est la méthode Coué. Moi, c’est autre chose. J’ai été élevé dans un milieu où l’on vous apprend à respecter les règles et à rester docilement à votre place. J’ai été à l’école dans la banlieue nord de Paris, 80 % des élèves sortaient à 14 ans du système scolaire après le certificat d’études. Ensuite, seuls les 10 meilleurs de Drancy, de Dugny, du Bourget ou de La Courneuve allaient jusqu’au BEPC avant qu’on les mette en centre d’apprentissage. À la maison, il n’y avait aucun confort mais beaucoup d’amour, de l’affection et, même si mon père lisait l’Humanité, il ne nous a jamais inculqué les règles du marxisme ni élevé dans l’aigreur de la lutte des classes.

Pourtant, moi à sept ans, j’ai voulu apprendre le violon, c’était ma façon, inconsciemment, de sortir du tiroir qui m’était destiné.

Le sport aussi m’a aidé énormément car il a comme vertu de faire oublier d’où vous venez, qui vous êtes, pour ne juger que votre performance.

Evidemment, la vie est porteuse d’injustice mais, pour moi, la plus insupportable, c’est qu’un prolo meure dix ans plus tôt qu’un cadre supérieur. Mon tempérament a toujours été de me révolter contre ce que me disait mon cerveau formaté pour me laisser dans mon tiroir d’origine. Aujourd’hui encore, je mets cela en pratique. Je refuse de me laisser enfermer dans la case malade.

 

Vous êtes aussi adepte de l’autoanalyse. De quoi s’agit-il ?

La psychanalyse repose sur le principe de Freud selon lequel il faut passer par un psychothérapeute pour faire sortir les choses, bonnes ou mauvaises, enfouies en vous. Freud avait plusieurs disciples dont Georg Groddeck qui a établi une autre règle. Il affirmait que, pour guérir vraiment, il faut avoir le courage d’aller chercher au fin fond de sa conscience la source de ses désaccords internes.

Depuis que j’ai lu « la Maladie, l’art et le symbole » de Groddeck, je pratique l’autoanalyse, c’est-à-dire l’introspection de soi-même.

J’ai appris, par exemple, à débarrasser mon cerveau des mauvais souvenirs, des gens ou des choses qui m’ont fait souffrir.

                     Cette pratique, je l’utilise contre le cancer.

Vous êtes soigné à l’hôpital Saint-Louis à Paris. Vous bénéficiez d’un traitement VIP ?

Pas du tout ! Je suis interpellé par le fait que le regard que les gens portent sur moi change du tout au tout selon l’endroit de l’hôpital où je me trouve. Lorsque je suis dans le hall ou dans l’ascenseur, tout le monde vient me voir, je fais des selfies les uns derrière les autres. Dès que j’arrive dans le service là-haut avec les autres patients, plus personne ne me demande de photo, je suis comme eux, je suis des leurs. Nos conversations se bornent à parler de notre maladie commune. Dans les réunions, les échanges, l’équipe médicale des professeurs Gornet, Sarfaty et de Kerviler s’occupe de Tapie comme de monsieur Durand ou de monsieur Dupont.

Avez-vous pensé à vous faire soigner dans une clinique privée réputée en France ou à l’étranger ?

Pas une demi-seconde ! Surtout, il faut que les gens soient convaincus d’une chose : à l’hôpital public on y trouve tous les plus grands professeurs : que ce soit la Timone à Marseille, la Salpêtrière ou Saint-Louis à Paris.

Même si dans les plus grands établissements privés on trouve aussi des professeurs de grand renom.

L’hôpital en France a-t-il suffisamment de moyens ?

Sur le plan humain, non. À tous les niveaux il manque du monde. Le personnel hospitalier compense par des heures à n’en plus finir et par une atteinte sur leur vie personnelle. Sur le plan matériel, il y a tellement de choses à dire.

Par exemple quand une molécule qui ne valait rien il y a trente ans est encore utilisée aujourd’hui et que les laboratoires augmentent son prix quarante fois pour être au niveau des nouvelles molécules, on se fout de la gueule du monde !

Et si on ne veut pas que demain la France cède à son tour à la médecine à deux vitesses, il va falloir changer les règles. Car plus les traitements seront individualisés et plus ils vont coûter cher.

On est à la limite de ce danger d’une médecine pour les riches et l’autre pour les pauvres.

Il existe déjà aux États-Unis, à titre expérimental, des trithérapies contre le cancer du poumon très efficaces qu’on n’a pas les moyens de se payer chez nous. C’est un choix radical que l’État va devoir faire. Ensuite, il y a un grand coup de balai à donner dans la manière dont le système de santé dépense l’argent public.

C’est-à-dire ?

Je vous donne un exemple simple : quand je vois à l’hôpital Saint-Louis des dizaines de taxis qui attendent du matin au soir les patients en faisant tourner le compteur, tout ça parce que le taxi est remboursé à 100 %, je me dis que l’on se fout du monde.

Avant de se plaindre du manque de moyens à l’hôpital, commençons par faire le ménage dans ces gaspillages.

 

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