HSBC-RAPHANEL:HSBC a nouveau citée devant la Justice dans l’affaire Virus.

HSBC encore citée devant la justice toujours pour blanchiment de l'argent de la drogue , pour celà il faut une personne physique , qu'il travaille dans une banque et que les contrôles soient inefficaces , mais aprés avoir payé 300 millions pour un peu les mêmes causes , le personnel peut être inquiété mais l'employeur peut il être inquiété maintenant qu'il veut créer des emplois en France.

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Affaire Virus : du cannabis aux banquiers suisses (Source LIBERATION)

Grâce à un système de blanchiment complexe passant par Genève, une fratrie d’origine marocaine recyclait l’argent de la drogue pour le remettre à des fraudeurs fiscaux. Le procès de ce dossier hors-norme s’ouvre à Paris lundi.

14 septembre 2018 à 18:26

Affaire Virus : du cannabis aux banquiers suisses Dessin Sandrine Martin

 

 

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Le dossier «Virus», dont le procès s’ouvre lundi à Paris, est une affaire de contamination à très grande échelle. L’illustration parfaite, aux yeux des enquêteurs et des magistrats spécialisés, de l’imbrication entre la criminalité organisée et les circuits de blanchiment traditionnels. «La preuve qu’il n’y a aucune barrière entre argent sale et argent très sale», résume un policier. Parmi les bénéficiaires de ce système tentaculaire, qui aurait permis de blanchir près d’un milliard d’euros, on trouve des médecins, des avocats, des chefs d’entreprise, des marchands d’art et même une élue écologiste parisienne. Au motif de frauder le fisc, tous ont profité, souvent sans le savoir, d’espèces provenant directement du trafic de drogue. Cette gigantesque lessiveuse, dont le centre névralgique se trouve à Genève, n’aurait jamais pu fonctionner sans la complicité de grandes banques suisses. Plus de quarante personnes sont renvoyées devant le tribunal correctionnel.

Infinies précautions

A l’origine de Virus, il y a une enquête relativement banale sur un trafic de cannabis entre le Maroc et la France. L’homme à la tête du réseau, surnommé «le Grand», est soupçonné d’importer de grosses quantités pour son compte et celui de ses clients, principalement français et belges. Des cargaisons de plusieurs centaines de kilos remontent régulièrement d’Espagne vers l’Ile-de-France à bord de puissantes berlines, avant d’inonder les cités des Yvelines et du Val-d’Oise. Rapidement, les surveillances orientent les enquêteurs vers une petite supérette de Mantes-la-Jolie (Yvelines), autour de laquelle ils notent d’étranges allées et venues. Plusieurs clients entrent dans le magasin avec un sac en plastique avant d’en ressortir, peu après, les mains vides. Ce ne sont pas des trafiquants mais des «collecteurs», uniquement chargés de récupérer l’argent issu du trafic et de le déposer dans ce commerce de grande banlieue parisienne, où il est réceptionné par un «collecteur principal». En à peine six mois, 182 collectes sont mises en évidence, pour un montant total dépassant les 7 millions d’euros. Invariablement, l’argent qui entre dans le petit supermarché finit par en sortir de la même manière : dans des sacs en plastique. Mais les enquêteurs ont le plus grand mal à comprendre par où il s’évapore. Aussi vigilants que les trafiquants, les collecteurs prennent d’infinies précautions dans leurs activités, utilisant des lignes téléphoniques dédiées qu’ils changent régulièrement.

Compte tenu de la complexité du dossier, l’enquête ouverte à Nanterre (Hauts-de-Seine) bascule alors à la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Paris, confiée conjointement à l’office des stups et à l’office central pour la répression de la grande délinquance financière. A la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), l’affaire Virus devient une priorité. Une trentaine de policiers travaillent dessus à temps plein et plus d’une centaine de lignes téléphoniques sont placées sur écoute.

Affaires florissantes

Après des mois de surveillances et de filatures, les enquêteurs vont alors voir apparaître dans leurs radars un personnage-clé du dossier. Marocain d’une cinquantaine d’années, originaire de Casablanca, Mardoché el-Maleh semble vivre chichement mais passe le plus clair de son temps à se déplacer dans les rues de Paris, enchaînant les rendez-vous dans des brasseries chics ou des cafés anonymes. On l’aperçoit sur les Champs-Elysées, vers Opéra ou près de la place de la Nation, toujours un sac en plastique à la main, dont il glisse discrètement le contenu aux personnes qu’il croise. Plusieurs dizaines de milliers d’euros à chaque fois, parfois plusieurs centaines. Toute l’ingéniosité du système se dévoile peu à peu sous les yeux des policiers : l’argent passe de mains en mains, des trafiquants aux collecteurs, puis des collecteurs aux notables, sans jamais quitter la région parisienne. C’est pourtant loin des cités du Val-d’Oise que se trouve la clé de l’affaire Virus. De l’autre côté de la frontière franco-suisse, à Genève, où deux des frères de Mardoché el-Maleh gèrent en toute quiétude leurs affaires florissantes.

Le premier, Nessim, un pro de l’ingénierie financière, travaille comme cadre à la HSBC Private Bank.

Le second, Meyer, a repris la société de gestion financière de son beau-père, GPF SA, qui a pignon sur rue à Genève depuis sa création, en 1977.

La société occupe plusieurs niveaux de la Maison des paons, un imposant bâtiment de six étages classé monument historique, au centre de la ville. Le troisième étage héberge l’association caritative «Centre genevois du volontariat», animée par la belle-mère de Meyer el-Maleh. Une façade philanthropique qui dissimule en réalité une des plus grosses blanchisseuses de la place financière genevoise. La plupart des cadres dirigeants de GPF sont avocats ou collaborateurs de grandes banques suisses, mais parmi les employés, personne ne semble ignorer la véritable vocation de l’établissement : permettre à sa clientèle de dissimuler son argent et de pouvoir en bénéficier grâce aux techniques de blanchiment les plus pointues. «Notre métier consistait à donner une apparence de légalité à des fonds dont nous connaissions l’origine illégale», a reconnu une salariée, précisant que les documents les plus compromettants, dissimulés au troisième étage, avaient été détruits avant que les autorités suisses ne s’y rendent.

Au quotidien, plusieurs collaborateurs de GPF étaient chargés d’entretenir des «fictions commerciales» attachées à des centaines de trusts, fondations familiales et autres sociétés offshore abritant des fonds occultes. «En 2008, la totalité du portefeuille était composée d’évadés fiscaux, c’est-à-dire des fraudeurs, qui venaient de nombreux pays et principalement d’Espagne, Turquie, France, Belgique, Israël, Canada, Etats-Unis, Grèce, Italie, a expliqué l’ancienne secrétaire de GPF. A cette date, nous gérions environ 800 millions de dollars d’actifs issus de la fraude fiscale.»

L’année suivante, lorsque Hervé Falciani, informaticien, dévoile le nom de milliers d’évadés fiscaux ayant un compte à la HSBC,

                     Nessim el-Maleh est chargé de rabattre une partie de la clientèle vers GPF.

Plusieurs solutions sont alors proposées à ces nouveaux clients, notamment de transférer leurs fonds aux Bahamas, la nouvelle destination fiscale à la mode. Une comptabilité secrète, tenue dans un petit carnet à spirale, permet de suivre les différentes opérations en cours. Plusieurs anciens salariés de GPF ont évoqué la «complicité» de la HSBC et la «bienveillance» des banques UBS et Crédit suisse dans la mise en place de certaines opérations. «Tous ces banquiers savaient pertinemment qu’ils blanchissaient de l’argent. D’ailleurs, ils nous ont prévenus qu’il fallait fuir aux Bahamas avant septembre 2012», a raconté l’un d’eux. Les investigations permettront également de mettre en lumière l’existence de 350 trusts, constitués principalement au Panama, grâce à l’appui du cabinet d’avocats Mossack Fonseca, mis en cause depuis dans les Panama Papers.

Sous les radars

Comment s’opère le lien entre les trafiquants marocains et les banquiers suisses ? Tout le système mis en place par les frères El-Maleh entre Paris et Genève repose sur le modèle très ancien du saraf, sorte de banquier occulte au cœur du système. Dans leur ordonnance de renvoi, que Libération a pu consulter, les juges Jean Gervillié et Jean-Michel Gentil décrivent ce personnage central du blanchiment comme un «grand professionnel, semi-officiel, mettant son expertise au service des malfaiteurs». «Tous opèrent de la même manière, soulignent les magistrats. Leur fonction est de permettre l’échange de devises détenues par les trafiquants en Europe contre des devises locales ou un virement sur un compte bancaire.» Les sarafs proposent plusieurs solutions. Ils peuvent simplement transporter physiquement l’argent dans un pays permettant plus facilement de l’intégrer sur des comptes bancaires. Ou bien utiliser des mécanismes plus complexes basés sur des opérations de compensation. Dans l’affaire Virus, le rôle de saraf est joué par Simon Perez, un Franco-Marocain d’une cinquantaine d’années installé au Maroc, ami d’enfance des frères El-Maleh.

C’est le chaînon manquant. Celui qui fait le lien entre les deux mondes.

Le principe est toujours le même : en utilisant une cascade d’intermédiaires, le saraf fait collecter les fonds du trafiquant puis les met à disposition du fraudeur. En échange, celui-ci effectue un virement bancaire depuis son compte suisse vers un autre compte étranger désigné par le trafiquant, qui peut alors profiter librement de ses millions en Espagne, au Maroc ou dans les Emirats. Plus besoin de traverser les frontières.

Les fonds compensés changent de propriétaires sans être déplacés physiquement.

Et dès lors qu’ils ne transitent pas par la France, tous les virements passent sous les radars de Tracfin, l’organisme antiblanchiment de Bercy. A chaque opération, l’officine de Meyer el-Maleh touchait entre 5 % et 15 % de commission. «Le système fonctionne avec la complicité de multiples individus, soulignent les juges. La multiplicité des acteurs garantit la sécurité des opérations, la plupart des protagonistes ne se connaissant pas.»

Au total, 72 personnes ont été mises en examen au cours de l’enquête, mais après deux disjonctions, seules 41 seront jugées à Paris. En novembre, 17 fraudeurs ayant reçu des espèces du réseau El-Maleh ont été condamnés à de lourdes amendes dans le cadre d’une procédure de reconnaissance préalable de culpabilité.

Déjà jugés et condamnés en Suisse, les frères El-Maleh feront quant à eux valoir la règle du non bis in idem, selon laquelle on ne peut pas être jugé deux fois pour les mêmes faits.

Les juges d’instruction ont estimé au contraire que des éléments nouveaux révélés par l’enquête jusifiaient leur renvoi devant une juridiction française.Le procés doit durer un mois.

 

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