HSBC-RAPHANEL: Picasso a Nanterre où ont été fabriqué les plus beaux meubles inox.

Quelle chance ai je eu de trouvé ce local en 1976 , 400 m2 , puis d'y installer un atelier de fabrication d'inox , une vie locale avec les habitants , des employés dévoués et qui participaient au résultat de l'entreprise , le maire de nanterre Yves SAUDMONT dont le soutien a été de tous instants nous installions les cuisines toujours au meilleur prix et avec une qualité haute gamme.

 

 

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Le quartier où ont été conçues les plus belles cuisines du monde par les employés de la société FREGA dirigée par Yvan Raphanel , remplacée par INOX.FR Frédéric Raphanel.                      

 Dans les tours Nuages créées par Emile Aillaud au pied de La Défense , en novembre,

TOURS NUAGES

A Nanterre, l’utopie fait les frais du profit

Près de La Défense,
la cité Pablo Picasso est menacée de destruction partielle pour y installer hôtels et sièges d’entreprise. Les habitants veulent voir s’améliorer un lieu auquel ils sont souvent attachés, sans forcément déménager.

Libération Vendredi 29 Décembre 2017

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Par

PIERRE CARREY

Photos

CYRIL ZANNETTACCI

La légende veut que le président Giscard se soit étranglé un jour qu’il circulait sur les Champs-Elysées en découvrant la silhouette de deux gratte-ciel plantés à Nanterre, quasiment dans l’axe de l’Arc de triomphe. La banlieue, en somme, défiait Paris. En exigeant dans la foulée de plafonner les bâtiments destinés aux classes moyennes et populaires, le monarque «VGE» donna un premier coup de sabre aux tours Nuages à Nanterre. Cet ensemble de 18 immeubles, conçu par Emile Aillaud et érigé entre 1972 et 1981, a donc vu le jour ratiboisé. Il a néanmoins conservé ses dignes ambitions originelles. Loger les masses dans autre chose que des boîtes à chaussures. Donner de la beauté aux pauvres. Résultat : des tours en forme de tuyaux, sans angle droit, proclamant la couleur , des hublots de paquebots en guise de fenêtre , une sculpture gérante de python  à l’extérieur , dans laquelle les enfants jouent sans se faire peur

«L’architecture ne se résume pas à des chiffres»

Cette utopie d’un béton artistique
et humaniste est de nouveau attaquée ces jours-ci, avec le plan de
«restructuration» lancé par les deux
bâilleurs sociaux, la ville de Nan-
terre et le département des Hauts-
de-Seine, qui prévoit de détruire
et réaménager certaines tours à partir de 2020 environ. Et donc, à déplacer entre le tiers et la moitié  moins. La singularité des tours des 4 500 personnes qui y vivent. Aillaud de Nanterre se trouve Pas besoin d’être diplômé en urbanisme  dans leur forme ronde, leur bénisme pour comprendre le drame ton coloré par des mosaïques, les qui se joue dans l’une des cités de banlieue les plus proches de la capitale.

La zone est prise en sandwich entre le rond-point des Bergères à Puteaux (Hauts-de-Seine), qui va s’équiper de résidences somptueuses d’ici 2023, et l’esplanade de La Défense, qui a manifestement besoin de s’étaler. Situées à moins de dix minutes de marche des buildings du CAC 40 ou de la toute neuve Arena Stadium, les tours Nuages (ou tours Aillaud, ou encore tours Picasso, du nom de la cité qui les abrite) vont être pour un tiers d’entre elles transformées en bureaux et hôtels. Changement de population, bascule du style de vie. Détail révélateur: selon les architectes mandatés par les bâilleurs, les tours aujourd’hui parées de mosaïques – une coquetterie rare dans les constructions archi-utilitaires de banlieue – seront recouvertes d’un placage en inox. Eventuellement teinté pour rappeler les motifs d’origine. Mais ce sera du métal tout de même : comme les immeubles de La Défense.

Allégorie

Sur le marché du samedi, les habitants se livrent : «c’est déjà perdu» ; «une consultation est ouverte jus- qu’en octobre 2018 mais, au vu des plans qui circulent, les politiques sa- vent déjà ce qu’ils veulent faire» ; «personne n’est capable de nous dire quelles tours seront démolies. Pour- tant, il y a des gens qui vivent de- dans». Depuis cet été, un collectif de défense s’est monté, qui distribue des tracts et pétitions : «Ni démolitions ni délogements forcés.» Les riverains en lutte ne sont pas nécessairement hostiles à de gros chantiers dans leur cité, «mais pas comme celui qu’on nous impose». La promesse du maire (Front de gauche) de Nanterre, Patrick Jarry, «ceux qui veulent rester aux tours Aillaud y resteront», peine à rassurer. Certains habitants sont très remontés. D’autres moins. «C’est normal que les gens ne se mobilisent pas tous, admet le collectif. Com- ment s’imaginer dans le logement qu’on aura dans trois ou cinq ans lorsqu’on se demande comment on va payer son loyer le mois prochain ?» Les locataires que Libération a rencontrés sont tous attachés à leur quartier, fiers qu’on y tourne des clips et des films qui rompent avec l’image de la banlieue grise. Mais ils se désolent des dégradations en série : l’humidité infiltre les apparts, les rats pullulent populaires ont une valeur patrimoniale niée par les autorités.

Julien Lacaze est vice-président de Sites & Monuments (ex-Sppef ), la plus ancienne association de protection du paysage naturel et bâti en France.

A Nanterre ou à Grenoble, vous accompagnez les habitants de certains quartiers de banlieue qui se battent pour préserver leur habitat. Pourquoi ?

Parce que les habitants que nous rencontrons sont extrêmement sympathiques et que les bâtiments qu’ils défendent le sont tout autant. On parle de sites où les architectes ont souvent exprimé une idéologie forte d’une vie en communauté de qualité, voire une certaine

fenêtres aux formes géométriques, etc. L’architecte, Emile Aillaud, a voulu offrir une esthétique gratuite aux habitants. Pas seulement de l’utilitaire mais aussi de l’art pour l’art.

On trouve trace des carnets et des dessins d’Aillaud à la Cité de l’ar- chitecture et au centre Pompidou. Si on estime que son projet était original sur le papier, pour- quoi chercher à le démolir ? Pourquoi a-t-on encore du mal à imaginer que des cités de banlieue puissent s’inscrire dans le patrimoine ? Les habitants des quartiers de banlieue ne se font pas toujours eux-mêmes à cette notion. Par- fois, ils ont honte des lieux ou ils vivent, surtout quand ceux-ci sont marqués par une activité délictueuse. De manière plus générale, l’architecture ne fait pas partie de la cul- ture des Français, contrairement à la musique ou à la littérature. On ne sait pas lire une façade d’immeuble. On connaît à peine le style des années 30. Alors celui des an- nées 70... A Nanterre, des per- sonnes nous ont opposé que le patrimoine de la ville se trouvait du côté des ruines gallo-romaines ou celles d’un vieux château, pas dans les tours Aillaud. Mais le patrimoine ne se limite pas à une époque.

 

poésie. Ce qu’il s’y
joue aujourd’hui,
c’est un problème
artistique mais
avant tout humain.
Au nom de programmes de rénovation, les bâilleurs
veulent détruire ce
qui pourrait être réglé autrement. Pour
ficit thermique, ils
dénaturer le bâtiment, changer l’identité du quartier et, in fine, à déplacer une partie des habi- tants. Or, l’architecture ne se résume pas à une feuille de chif- fres, surtout quand elle a une valeur patrimoniale. L’approche des pouvoirs publics est d’autant plus scandaleuse que nous parlons ici de logements sociaux. Que préconisez-vous ?

Dans un premier temps, nous voulons attirer l’attention de l’opinion. Face au calendrier des travaux, nous voulons gagner du temps et permettre de nourrir la réflexion. C’est pourquoi nous demandons que les quartiers concernés soient inscrits aux monuments historiques voire classés «sites patrimoine remarquable» –on ne cherche pas juste à protéger les logements mais l’ensemble urbain qu’ils forment avec les jardins et les sculptures. Mais nous attendons toujours une réponse du ministère de la Culture à nos demandes.

En quoi ces quartiers font-ils partie du patrimoine ?Ils se distinguent de l’ordinaire par leur concept ou la vision

 

SITES & MONUMENTS

INTERVIEW

régler un dé- sont prêts à

Etes-vous néanmoins favorables à la démolition de certains quartiers ?Bien sûr ! On peut réaménager lorsqu’un bâtiment ne présente aucune singularité, ni dans son unicité ni dans l’homogénéité qu’il donne à un quartier. L’architecture a besoin de se renouveler. Paris, par exemple, n’est pas une ville achevée : il faut en- core construire. Mais il faut alors le faire selon les recommandations du plan local d’urbanisme (PLU) : «ni pastiche ni rupture». Il importe de trouver à la fois des formes d’expression originales et d’assurer une continuité avec le bâti existant. Hélas, la politique actuelle de la mairie de Paris est celle du bâtiment manifeste, qui n’existe qu’en rupture avec le tissu urbain existant. Le risque, c’est de déconstruire la ville.

 

 l’école et le collège sont classés REP+ (réseau d’éducation prioritaire), le trafic de drogue ne s’enraye pas (même s’il a baissé depuis que Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, a nommé l’endroit comme un des plus vio- lents de France, en 2004). Comme une allégorie de cette décrépitude, les mosaïques d’Emile Alliaud tom- bent en lambeaux parce que la colle en amiante ne tient plus. Les élus lo- caux ont essayé d’expliquer que le «réaménagement» de la cité Picasso allait régler les problèmes. Mais les «Pablo» sont très remontés depuis la première réunion publique d’information, le 26 octobre. Quand un re- présentant de la mairie déclare que, «avec l’installation de bureaux, peut- être qu’on retrouvera un café dans la cité, comme autrefois», un homme bondit : «C’est un projet pour Singa- pour, à Nanterre, ça ne marchera ja- mais !» Les bâilleurs ont tenté de convaincre par les chiffres : 46,50 % des locataires vivent en dessous du seuil de pauvreté, 78 % des demandeurs de logement social qui obtiennent une place dans cette cité refusent de s’y installer.

Lieu abîmé

Si l’on conçoit l’intérêt des promoteurs privés pour le «réaménage- ment» des tours Picasso, les motivations des offices HLM, municipal et départemental apparaissent confuses, d’autant plus que le premier est étiqueté communiste et le second à droite. D’après plusieurs personnes qui disent avoir été envoyées aux «Pablo» contre leur gré, l’ancien président des Hauts-de-Seine Habitat, un certain Patrick Balkany, avait l’habitude de dévier sur Nanterre les demandeurs pour Levallois-Perret, la ville dont il était maire. Et maintenant que la cocotte-minute sociale menace de déborder, la droite pourra imputer aux communistes une mauvaise gestion de la ville... Laquelle municipalité se retrouve ennuyée avec le dossier des tours Nuages, un lieu abîmé dans son utopie, son image et ses murs. Sans oublier que la police exige un accès facilité pour ses interventions, ce qui a déjà conduit à raser certaines parties du mobilier urbain ces dernières années.

En vidant les tours Nuages, les pouvoirs publics feront peut-être coup triple : collecte d’une nouvelle manne financière, baisse supposée de la criminalité, solutions aux sou- cis quotidiens des habitants. Le chantier est d’ailleurs éligible à des subventions de l’Etat puisqu’en changeant d’aspect, d’usage (des bureaux à la place des apparts) et de système de chauffage, il répond au cahier des charges de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru). Les parois en métal qui doi- vent habiller le béton permettraient à la fois d’exécuter une rénovation thermique des logements et de rassurer les hommes d’affaires habitués aux édifices de La Défense. En désespoir de cause, les habitants peu- vent-ils demander une intervention de l’Etat? Rien n’est garanti puisque le ministère de la Culture, qui a délivré le label «Patrimoine du XXe siècle» à la Cité Picasso en 2008, a ac-

 

 Des tours Nuages, il ne pourrait plus rien rester d’identifiable, hormis les fenêtres. Leur géométrie est une poésie : formes tantôt ronde, carrée ou goutte d’eau – suivant l’humeur, on dit aussi «apostrophe» ou «larme». Ces hublots ont été placés bas dans chaque appartement pour que les mères puissent surveiller sans se pencher les enfants qui jouent sur les dalles. Chaque loge- ment possède une combinaison unique de fenêtres avec des variations dans leur ordre et leurs formes. «M. Aillaud avait le souci des habitants, raconte un arrivé de la première heure. Nous étions des individus, nous étions uniques. Pour la même raison, il a planté un arbre pour chaque appartement.»

Mais les fenêtres ont aussi entraîné le malheur dans les tours. Elles pè- sent le poids d’un âne mort. Quand on réussit à les ouvrir, les vitres dé- passent dans le vide. Celles et ceux qui donnent un coup d’éponge se tordent dans tous les sens pour net- toyer les deux faces, quasi penchés dehors. Des habitants sont tombés mais c’était des suicides. On rap- porte des accidents d’enfants mais c’était plutôt la faute d’une table basse que celle des fenêtres. Au quotidien, ce sont des objets qui chutent : des bouteilles de lait vide,

Des tours Nuages, il ne pourrait plus rien rester d’identifiable, hormis les fenêtres, formes tantôt ronde, carrée ou goutte d’eau.

des couches pour bébés qui viennent s’écraser sur un carreau en- trouvert.
Parfois, c’est la fenêtre elle-même qui se fracasse. Chez certains locataires, un autocollant prévient : «Attention. Pour fermer la fenêtre, bien appuyer sur l’ergot de blocage au pivot droit.» Si on y va trop brusquement, on arrache l’ergot et c’est toute la fenêtre qui dégage. Elle ne s’effondre pas d’un coup, parce que les montants sont fixés au mur par une chaîne ou un filin de sécurité qui ralentissent la catastrophe. Au pied des tours, on trouve de nombreux débris de ce gros verre de type pare-brise – qui peut assommer dans sa chute mais qui ne coupe pas. Et comme le remplacement d’une fenêtre coûte 700 euros hors taxes, sans compter la pose, les plus pauvres bouchent les trous par du carton d’emballage, un édredon pastel ou une serviette de plage, protections dérisoires en hiver.

Sale temps

A travers son hublot, une habitante d’une des tours menacées de disparition regarde le parc André-Malraux. Un beau morceau de verdure. «Mais c’est trop dégagé, je reçois plein d’humidité avec le vent, déplore-t-elle. C’est mauvais pour mon asthme.» Cette mère de famille se dit soulagée par le projet de déménage- ment. Elle élève seule ses deux fils : «Je m’inquiète pour le dernier, je ne veux pas qu’il fasse de mauvaises rencontres.» Elle espérait un logement à Puteaux ou Courbevoie, elle a atterri à Nanterre. En attendant mieux, elle inscrit ses enfants à l’école et au club de foot dans les vil- les cossues. Au bout de vingt minutes, elle semble changer d’avis, précise le fond de sa pensée : «Je ne sais pas si je veux déménager. Je voudrais surtout qu’on règle nos problèmes. Si on les règle, je suis d’accord pour rester ici.» Le vent rabat la pluie contre la vitre. Sale temps pour ceux qui n’ont plus qu’un bout de tissu pour tout calfeutrer. Ces jours-ci, la cité Picasso de Nanterre pleure depuis ses fenêtres larmes. •

Sur Libération.fr notre diaporama consacré les tours Nuages.

Libération Vendredi 29 Décembre 2017

 

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