Les premiers pas "hollandais" sur le chemin d’une République exemplaire et progressiste

Après le quinquennat de Nicolas Sarkozy du déni des principes fondateurs de la République, et de la promotion des privilèges et de l’injustice sociale, la force des symboles affichés à travers les premiers pas de la nouvelle présidence "hollandaise" résonne avec une vibration républicaine et progressiste, heureuse et prometteuse.

Après le quinquennat de Nicolas Sarkozy du déni des principes fondateurs de la République, et de la promotion des privilèges et de l’injustice sociale, la force des symboles affichés à travers les premiers pas de la nouvelle présidence "hollandaise" résonne avec une vibration républicaine et progressiste, heureuse et prometteuse. Certes, les symboles d’une République retrouvée, apaisée, fière de la richesse de sa diversité culturelle, et respectueuse de son idéal méritocratique et de ses valeurs humanistes, ne sauraient bien sûr se suffire à eux-mêmes, mais pour autant, on aurait vraiment tort d'en minimiser l'enjeu, surtout dans la perspective de la constitution d’une nécessaire majorité des forces de gauche à la future Assemblée nationale aux prochaines élections législatives de juin 2012, qui devra être la plus large possible, si les Français veulent vraiment passer de l’espérance du changement au changement lui-même, et ainsi tourner la page du chaos démocratique et de la régression sociale hérités de la gestion ininterrompue pendant dix ans de la majorité UMP sortante.

La journée d’investiture de François Hollande, le 15 mai 2012, comme président de la République, le 24ème président de la République française (le 7ème de la Vème République), a pu consacrer le retour aux fondamentaux républicains, avec un homme qui a montré, d‘emblée, qu‘il entendait épouser dignement et solennellement, avec confiance et élégance, toute la hauteur républicaine de sa fonction, en restant sobre, simple, vrai et humain. Que d’oppositions, rappelons-nous, avec la journée d’investiture de Nicolas Sarkozy cinq ans plus tôt, et dont toute la symbolique annonçait déjà l’hyperprésidence monarchique d’un névrosé du pouvoir à l’ego hypertrophié, ainsi que le quinquennat du "bling-bling", des clans et des privilèges que nous venons de subir.

Dans ce temps nouveau de la respiration d’une République qui s’est sentie renaître depuis la victoire de François Hollande, l’annonce de la nomination de Jean-Marc Ayrault comme Premier ministre, mardi 15 mai, s’est alors inscrite comme une continuité dans la réaffirmation de symboles républicains forts. Car, au-delà de ses qualités humaines de modestie et de simplicité - aux antipodes du "bling-bling" outrancier de la "sarkozimania", et de ses compétences incontestées acquises en qualité d’élu local, notamment en qualité de maire de Nantes depuis 1989, et de président du groupe parlementaire socialiste à l'Assemblée nationale depuis1997, J-M. Ayrault, fils d’ouvrier et ancien professeur d’allemand dans le secondaire, incarne aussi cette France aux origines sociales modestes qui, grâce à l’École, peut aussi accéder à ce qui reste encore aujourd’hui, dans notre République soi-disant méritocratique, un privilège inéquitablement distribué entre les différentes strates sociales, celui de pouvoir choisir son propre destin social. Un privilège qu’il serait temps de transformer, enfin, en ce début du XXIème siècle, en un réel droit à l’instruction et à la formation, garanti à tous les enfants du peuple de France, pas seulement par la loi, mais aussi dans les faits. Gageons que l’affirmation de la question de la jeunesse, comme une des grandes priorités affichées par le nouveau chef de l’État, rencontre pleinement cette exigence républicaine de l’égalité des chances face à la réussite scolaire. 

L’affirmation, par des propos salutaires du chef de l’État et du Premier ministre, de l’impérieuse nécessité d’une restauration de certains principes clés constitutionnels de la Vème République, qui ont été tant mis à mal par l’hyperprésidence du président sortant, a été un préliminaire heureux à l’annonce, mercredi 16 mai, de la composition du nouveau gouvernement. On retiendra, notamment, l’allusion précieuse à l’article 21 de la constitution de 1958 qui a été faite par François Hollande à l’occasion de son discours d’investiture : "Je fixerai les priorités, mais je ne déciderai pas de tout ni à la place de tous. Conformément à la Constitution, le gouvernement déterminera et conduira la politique de la Nation." Voilà qui fut dit avec clarté et précision, et de fait, porte condamnation des pratiques de l’exécutif du quinquennat précédent par lesquelles le pouvoir du Premier ministre, en l’occurrence François Fillon, a été accaparé par une invraisemblable concentration des pouvoirs à l’Élysée, ce qui ne s‘était jamais vu dans l‘histoire des institutions de la Vème République.

Les choix ayant prévalu à la composition de la nouvelle équipe à Matignon sont incontestablement, au-delà des personnalités, emprunts de messages républicains et progressistes de bonne augure. À commencer par la parfaite parité entre les femmes et les hommes, avec 17 femmes sur 34 ministres, et le rétablissement d’un ministère autonome des droits des femmes - qui avait été créé à deux reprises sous la présidence de François Mitterrand. Un signal fort envoyé à la société civile dont on espère qu’il ne restera pas limité au stade des seuls symboles, et permettra d’engager de réels nouveaux progrès décisifs dans la lutte contre les discriminations et violences dont les femmes sont encore victimes. On retiendra également un souci évident de renouvellement générationnel de la classe politique, avec l’arrivée de nouveaux et jeunes visages comme : Najat Vallaud-Belkacem, nommée ministre des Droits des femmes et également porte-parole du gouvernement ; Delphine Batho - ministre déléguée à la Justice ; ou encore Benoît Hamon - ministre délégué à l'Économie sociale et solidaire. Un renouvellement qu’il serait d’ailleurs indispensable d’accentuer, si l’on veut réconcilier les Français avec le politique et lutter contre la montée de l‘abstention électorale.

Même s’il manque cruellement la présence de représentants du Front de gauche dans le premier gouvernement de la présidence "hollandaise", force est de reconnaître, toutefois, un certain souci de pluralisme politique qui l’anime, avec la présence de deux écologistes (Cécile Duflot - ministre de l'Égalité des territoires et au Logement, et Pascal Canfin - ministre délégué au Développement) et la représentation des différentes sensibilités du parti socialiste, de son aile gauche (Arnaud Montebourg - ministre du Redressement productif) à son aile droite (Manuel Valls - ministre de l'Intérieur). Il n’échappera pas à personne, non plus, que par le choix de certaines personnalités talentueuses dans ce gouvernement, filles ou fils issus de milieux modestes avec un parcours brillant de réussite scolaire, et/ou filles ou fils d’immigrés, on retrouve là l’affirmation de l’attachement fondamental et historique des forces progressistes à deux forteresses maîtresses du pacte républicain que le pouvoir sarkozyste n’a cessé de mépriser et bafouer : la promotion sociale par l’égalité des chances face à la réussite scolaire, et le respect de la diversité culturelle reconnue comme une richesse pour toute société. Pour ne citer que certaines de ces personnalités : Aurélie Filippetti - ministre de la Culture et de la Communication ; George-Pau Langevin - ministre déléguée à la Réussite éducative ; Yamina Benguigui - ministre déléguée aux Français de l'étranger ; ou encore Najat Vallaud-Belkacem. Que nous sommes bien loin ici de la création d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale dans le premier gouvernement Fillon en 2007, ou encore des discours et pratiques xénophobes des Claude Guéant ou Brice Hortefeux des gouvernements de la majorité sortante UMP.

Enfin, toujours du point de vue de la force des symboles à l‘oeuvre, on ne peut que saluer les premières initiatives de ce gouvernement Ayrault, réuni pour la première fois hier, jeudi 17 mai, en Conseil des ministres. À commencer par l’adoption d’une "charte de déontologie" que devront respecter les membres du gouvernement, comme certaines règles élémentaires visant à écarter tout risque de conflit d'intérêts, ou garantissant leur pleine disponibilité, comme celle du non-cumul de leurs fonctions avec un mandat exécutif local. Et plus encore, la réduction de 30 % de la rémunération du président de la République et des membres du gouvernement, en guise de double symbole d’exemplarité du souci de l’effort partagé face au fardeau de la crise, et de leçon de justice sociale adressée à l‘ancienne majorité UMP. Car, personne n’a en effet oublié la loi que Nicolas Sarkozy fit voter à l’Assemblée nationale, à peine élu en 2007, lui permettant d’augmenter sa rémunération nette mensuelle de près de 172 %, passant ainsi de 7.000 à 19.000 euros. Que voulez-vous, à l’époque, il était important que, par nos impôts, nous puissions venir en aide à Nicolas I, face à la douloureuse épreuve que la crise économique et financière allait infliger à partir de 2008 à son patrimoine. Bien sûr, vous n’êtes pas obligés de me croire…..

Au final, les premiers pas de la présidence du nouveau chef de l’État et de son gouvernement affichent des symboles rassurants, plutôt prometteurs du point de vue d’un changement annoncé, et d’autant plus favorablement accueillis qu’ils se veulent faire contraste absolu aux principaux éléments constitutifs de la dérive de la présidence sarkozyste. Néanmoins, la symbolique ne saurait remplacer une politique qui reste maintenant à définir et à mettre en œuvre concrètement par la nouvelle équipe, et que l’on jugera, le moment opportun venu, sur la base de ses résultats. Et une politique dont on sait que la capacité à initier et promouvoir le changement, de l’alternance à l’alternative, dépendra de façon déterminante de l’ampleur et de la structure des forces de gauche et écologistes dans la future Assemblée nationale. À vous de jouer en juin prochain…..

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