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Le Club de Mediapart dim. 1 mai 2016 1/5/2016 Dernière édition

La monétisation des dettes publiques en Europe….du conjoncturel et sous conditions…..

Je vous propose une petite valse à quatre temps.......

Je vous propose une petite valse à quatre temps.......

 

 Premier point, dans le contexte actuel de la crise des dettes souveraines en Europe, l'option de l'austérité budgétaire qui a été adoptée par nos gouvernants n'est porteuse que de chômage supplémentaire et d'aggravation de la situation des inégalités économiques et sociales......et cela à court terme, comme à un horizon plus éloigné.....et probablement, en final, sans avoir réellement solutionné le problème de la dette publique.Même s'il ne s'agit pas d'une solution structurelle à la sortie de crise, la monétisation d'une partie des titres de dette publique par la Banque centrale européenne (BCE) sur le marché obligataire secondaire, décidée le 9 mai 2010, permet d'alléger la " contrainte budgétaire " et de ce point de vue de freiner les " élans à la rigueur " de nos dirigeants. Pour autant,les solutions structurelles à la sortie de crise sont ailleurs, et l'une d'entre elles consiste en une réforme en profondeur du système bancaire et de la finance internationale.....réforme animée par l'objectif de contrôle et de régulation par les États de la sphère bancaire et financière pour la mettre au seul service de l'économie réelle. 

Deuxième point, en achetant sur le marché secondaire des obligations d'État, au total pour un peu plus de 60 milliards d'euros depuis mai 2010, la BCE ne fait qu'appliquer des instruments largement utilisés par la Réserve fédérale américaine (la Fed) ou les autres grandes banques centrales que sont la Banque d'Angleterre ou la Banque du Japon.Et des instruments qui ont toujours montré leur efficacité conjoncturelle dans un contexte de crise, en termes de dynamisation du rythme de la croissance économique et de progression induite des rentrées fiscales pour les comptes publics........et que cela n'en déplaise aux économistes néo-libéraux ! A notre bon souvenir : la grande dépression des années 30, et plus proche de nous, la crise japonaise des années 90.....deux grandes crises où les opérations massives des banques centrales de monétisation ont joué un rôle déterminant pour sortir de la déflation. Deux différences importantes sont toutefois à noter au niveau de cette pratique de la politique monétaire : alors qu'aux États-Unis, au Japon et en Angleterre, la Banque centrale peut directement acheter des titres publics à l'État ( la technique du " quantitative easing ".....la fameuse " planche à billets "), le traité de Maastricht (article 104) et le traité de Lisbonne ( article 123) ne permettent pas à la BCE de le faire. On a donc bien compris que la monétisation décidée à partir de mai 2010 par la BCE ne se fait qu'indirectement, via le marché secondaire des obligations. Par ailleurs, la BCE, toujours prisonnière de " l'obsession monétariste ", s'est engagée à retirer un montant équivalent de liquidités sur le marché monétaire pour neutraliser l'effet inflationniste de ses interventions en matière d‘achats de titres publics.

Troisième point, outre l'efficacité conjoncturelle de ce type de politique monétaire,les tensions inflationnistes pouvant en résulter n'ont jamais validé les " fantasmes inflationnistes monétaristes ",dont le plus extravagant d'entre eux, est celui de la version friedmanienne de la théorie quantitative de la monnaie : tout accroissement de la masse monétaire, en particulier par un financement monétaire du déficit budgétaire, se traduirait inévitablement par une hausse strictement proportionnelle du niveau général des prix. Qu'en est-il exactement depuis mai 2010 sur le front de la croissance de la masse monétaire et de l'inflation en Europe ? D'après les dernières statistiques disponibles de l'Office statistique de l'Union européenne (cf. le site d'Eurostat) et de la BCE (cf. dernier bulletin mensuel, septembre 2010), la progression du niveau de la masse monétaire dans la zone euro reste faible ( 0,2 % en rythme annuel pour l'agrégat M3 en juillet 2010). Quant à l'inflation, aucun signe d'accélération n'est à constater : avec un rythme annuel de 1,6 % en août 2010 dans la zone euro, on est toujours sur le même rythme de hausse que celui constaté en mai 2010 avant les interventions de la BCE. Bref, les interventions de monétisation de la BCE depuis mai 2010 n'ont eu pour le moment aucun impact sur la croissance modérée des prix en Europe.....et une croissance modérée des prix qui laisse des marges de manœuvre pour un activisme monétaire et budgétaire en matière de politique économique en Europe......aux antipodes des plans d'austérité décidés ! Et cela, d'autant plus, que les taux d'utilisation  des capacités de production en Europe sont suffisamment faibles pour envisager des effets multiplicateurs vertueux d'une stimulation monétaire et budgétaire !! 

Quatrième et dernier point : et même si un recours accru à la monétisation des dettes publiques en Europe, mené conjointement à un abandon des plans d'austérité, peut se traduire par une accélération modérée du rythme de l‘inflation,parallèlement à une croissance économique accrue, ce choix   n'en serait pas moins toujours une solution conjoncturelle justifiable......Mais à une condition élémentaire de taille: que la mise en œuvre d'une politique des revenus garantisse, en dépit d'un surplus éventuel d'inflation, une croissance du pouvoir d'achat des salaires, en particulier et surtout des catégories de travailleurs les plus modestes......croissance qui tournerait le dos à près de trente ans de " déflation salariale " dont on sait que la justification par rapport à l‘exigence d'une compétitivité vis-à-vis des pays émergents est de moins en moins recevable !

 

 

 

 

 

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Quatrième et dernier point : et même si un recours accru à la monétisation des dettes publiques en Europe, mené conjointement à un abandon des plans d'austérité, peut se traduire par une accélération modérée du rythme de l‘inflation, parallèlement à une croissance économique accrue, ce choix n'en serait pas moins toujours une solution conjoncturelle justifiable......Mais à une condition élémentaire de taille : que la mise en œuvre d'une politique des revenus garantisse, en dépit d'un surplus éventuel d'inflation, une croissance du pouvoir d'achat des salaires, en particulier et surtout des catégories de travailleurs les plus modestes......croissance qui tournerait le dos à près de trente ans de " déflation salariale " dont on sait que la justification par rapport à l‘exigence d'une compétitivité vis-à-vis des pays émergents est de moins en moins recevable !

@ Yves Besançon

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L'auteur

Yves Besançon

Economiste, statisticien et professeur de sciences économiques et sociales.
France

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