Les éditocrates… «terriblement angoissant»

Hôpital qui se fout de la charité, Pascal Bruckner a reproché à Greta Thunberg, la jeune militante pour le climat, d’avoir un visage « terriblement angoissant ». Tandis que les « intellectuels » pétitionnent, les éditocrates s’offusquent que l’ONU reprochent à la France ses violences policières. Et autres petites chroniques.

Pascal Bruckner « terriblement angoissant »

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Je voulais vérifier l’info en allant lire Le Figaro du 10 avril, mais il n’était pas en kiosque à cause d’une grève de la distribution. Ce qui m’a évité de financer Dassault. Je me base donc sur la chronique de Claude Askolovitch sur France Inter hier qui disait que l’essayiste Pascal Bruckner s’en prenait dans le quotidien de la droite dure à Greta Thunberg, cette jeune adolescente suédoise qui a déclenché des grèves de collégiens sur le climat. Il voit en elle l’incarnation d’une dangereuse « propagande de l’infantilisme climatique », « une duperie », accusant la jeune fille d’avoir un visage « terriblement angoissant », lui reprochant d’afficher son asperger « comme un titre de noblesse ». Alors que l’autisme dont elle est affectée, selon elle, a été une souffrance qu’elle a surmontée par cette force combattante. Il n’est pas interdit de contester le combat de Greta Thunberg (une critique sévère a été faite sur le site Reporterre), mais la façon dont ce grand penseur s’exprime le plus souvent, déversant sa hargne, ses rancœurs, ses aigreurs, son ressentiment, sa répugnance, devrait l’inciter à vérifier si ce n’est pas lui qui présente un profil « terriblement angoissant ».

[11 avril]

Les « intellectuels »

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Alain Finkielkraut, Jacques Julliard, Pierre Nora, Mona Ozouf, Élisabeth Badinter, Bernard de la Villardière (qui bosse désormais pour Wauquiez), Pascal Bruckner ou Sonia Mabrouk exigent un procès contre l’assassin de Sarah Halimi. La plupart avaient déjà signé une pétition dans ce sens il y a deux ans au moment des faits. On notera en passant que, pour certains, les qualifier d’« intellectuels » est quelque peu excessif. Quand on pense que certains portaient à une époque des valeurs de gauche ! Trois expertises ont conclu à l’irresponsabilité du meurtrier. Quelle est leur expertise à eux pour se mobiliser ? Pourquoi ne le font-ils pas dans d’autres cas où la Justice conclut au fait que le coupable devra être soigné et non pas jugé ? Paradoxalement, il faut aujourd’hui aller lire sur Le Figaro la tribune d’un chroniqueur judiciaire, Stéphane Durand-Souffland, pour entendre dire, justement, que « la place des malades mentaux criminels se trouve dans les hôpitaux psychiatriques sécurisés ». Ras-le-bol de ces intellectuels, dont certains sont perclus de haine, plus précisément contre les musulmans, qui instrumentalisent de tels drames et qui considèrent que la Justice doit leur obéir.

. Meurtre de Sarah Halimi : 32 intellectuels exigent un procès.

[8 avril]

Les éditocrates

Jean-Michel Aphatie Jean-Michel Aphatie
Le 6 mars 2019, la Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), Michelle Bachelet, rendait public son rapport d’activités 2018. Parmi ses conclusions, il est « demand[é] urgemment une enquête approfondie sur tous les cas rapportés d’usage excessif de la force » en France (en rapport à la répression contre les Gilets jaunes). Jean-Michel Aphatie s’est alors permis de tweeter en qualifiant Michelle Bachelet de « sous-secrétaire d’État désœuvrée qui s’est exprimée un jour où elle s’ennuyait ». Rappelons, en passant, que Michelle Bachelet a été présidente du Chili. Auparavant, elle avait été (avec sa mère) emprisonnée et torturée sous Pinochet (et son père serait mort des suites de sa détention dans les geôles de la dictature). Aphatie, ce petit monsieur dont on se demande bien qui en a fait un petit marquis (certainement pas son talent) est bien mal placé pour juger Mme Bachelet. L’article d’Acrimed cloue au pilori également tous ces éditocrates insupportables, imbus d’eux-mêmes, ratiocinant en chambre, que sont Yves Calvi, Pascal Praud, David Pujadas, Sophie Coignard... Il y a tout lieu de supposer que nos histrions s’étrangleront devant le dernier rapport de l’ONU publié aujourd’hui [12 avril] sur les SDF en France et l'hébergement d’urgence.   

. Violences policières : l’ONU dans le viseur des éditocrates, par Nils Solari (Acrimed)

[3 avril]

Le gros mensonge de Castaner

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Au moment de cette déclaration (où il prétend qu'il n'y a pas eu de violence), Christophe Castaner ne peut pas ne pas savoir que, suite à la vidéo de notre amie Emma Audrey de Média 25 (Besançon), le Préfet du Doubs s’est rétracté. En conséquence, il ment effrontément. Quand plus tard, il dira avoir demandé une enquête ce sera sans s’excuser pour cette déclaration mensongère. C’est le prix à payer pour que la police continue à obéir et à matraquer impunément. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’en matière de maintien de l’ordre depuis des mois, sans nier des débordements et des actes de violences venant de manifestants, la police française, sur ordre, n’agit pas comme elle devrait le faire dans un pays démocratique.

. Gilet jaune matraqué à la tête à Besançon : “Il n'y a pas d'images de violence policière” dit Christophe Castaner

[6 avril]

La droite-extrême et l’Europe

L’hebdo de la droite extrême (Valeurs Actuelles) organise son cirque (d’hiver) sur les européennes avec des grands penseurs anti-sociaux et, pour certains, racistes. On aura noté l’absence du Rassemblement National (VA hésite toujours entre RN et LR de Wauquiez) et aussi d’Elisabeth Lévy, mais apparemment les femmes sont interdites.

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[4 avril]

Ambiance...

... inquiétante. En moins de deux ans :

1) beaucoup de ministres ne sont plus là (14 sont partis). Deux partent pour s’opposer sur une candidature à la mairie de Paris, du jamais vu.

2) les conseillers de l’Elysée du début ont presque tous disparu (une quarantaine en réalité). Bon, une est devenue ministre, un président de l’Assemblée Nationale.

Il est possible que le garde républicain soit toujours là, lui.

Depuis leur départ de l'Elysée, les prestations de trois d'entre eux (Stéphane Séjourné avec ses cafouillages lors de la présentation de la liste européenne LREM et Ismaël Emelien et Daniel Amiel, avouant désormais sur les plateaux de télé leurs petites manœuvres anonymes sur les réseaux sociaux, faite de fake news et déroulant des argumentations parfois tirées par les cheveux) ne rassurent pas sur ce qu'ils pouvaient bien faire au Château quand ils y étaient en activité.

[Réseaux sociaux ; montage YF pour la photo 2] [Réseaux sociaux ; montage YF pour la photo 2]

[1er avril]

Madame Fillon conseillait bel et bien Monsieur !

Olivia Cattan était dans l’émission de Sonia Devillers sur France Inter mardi dernier qui traitait du sujet « comment médiatiser l’autisme ? ». L’ancienne chanteuse, journaliste, écrivaine, mère d’un enfant autiste, fondatrice du Magazine de la différence, a rappelé la façon dont certaines personnalités publiques utilisent abusivement le mot « autisme ». Tel un dénommé François Fillon : pour ceux qui l’auraient oublié, il s’agit d’un homme politique qui briguait la présidence de la République il y a deux ans et qui a explosé en plein vol (il détournait des fonds publics pour rémunérer sa conjointe en prétextant qu’elle l’assistait et le conseillait). Dans des interviews, il répétait sans cesse : « je ne suis pas enfermé, je ne suis pas autiste ». Olivia Cattan l’a alors rencontré et il s’est excusé en lui disant qu’« il s’était fait engueuler encore plus par sa femme qui était investie par rapport à l’autisme [sic] ». Peut-être a-t-il donné aux enquêteurs cette preuve de collaboration. Au fait, justement, où en est cette affaire ? Aux dernières nouvelles, le parquet ayant requis le 9 janvier dernier un renvoi du couple et du député Marc Joulaud (qui avait remplacé Fillon et qui versait lui aussi un salaire fictif à Madame) devant le tribunal correctionnel, l’affaire devrait être jugée prochainement. Mais la date de l’audience n’est pas fixée à ce jour.

[8 avril]

L’aveu d’un Gilet jaune

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Benjamin Cauchy a fait le choix de soutenir le candidat de l’extrême-droite (NDA est plus à droite que MLP, il est viscéralement contre les immigrés comme elle, et contre les plus démunis du pays qu’il accuse régulièrement d’assistanat ce que la patronne du Rassemblement National ne fait plus depuis un an, comptant récupérer des voix chez ceux que son parti accusait jusqu’alors d’être des "assistés". Les médias l’invitaient depuis le début du mouvement alors même que son positionnement très à droite n’était pas un secret.

. FranceTvInfo : ici.

. voir France 3 Régions : Qui est vraiment Benjamin Cauchy, le porte-parole des gilets jaunes à Toulouse ?

 [6 avril]

Cynisme ou bêtise ?

Depuis le début, il salit le mouvement des Gilets Jaunes, pas seulement parce qu’il propage de fausses infos, complotistes, mais parce qu’il ne donne même pas l’impression d’y croire. Il annonce en quelque sorte une guerre nucléaire en tenant une tasse de thé, petit doigt relevé : c’est du cynisme pur, à moins, ce qui est aussi possible, qu’il s’agisse de bêtise crasse.

. Quand le gilet jaune Fly Rider relaie la rumeur sur les enlèvements d’enfants.

[1er avril]

Souvenir : l’homme qui ricanait dans les cimetières

Emmanuel Macron a cru bon d’être accompagné de Nicolas Sarkozy au plateau des Glières : que ne ferait-il pas pour ratisser large ? En lui offrant du « Monsieur le Président ». Sarkozy s’est effectivement rendu jadis en ce haut-lieu de la Résistance : le 18 mars 2008, après la sonnerie aux morts, au cours de laquelle il avait bien du mal à rester en place, il s’est alors livré à une scène mémorable, qui n’a pas été filmée par nos télévisions, déjà reparties. Sans qu’il s’en rende compte, cependant, une caméra a capté la scène : celle du réalisateur Gilles Perret, tournant un film sur un ancien maquisard, déporté à Dachau, qui, depuis plusieurs années, racontait son expérience dans les écoles de son département. Cette scène stupéfiante a été intégrée dans le film, Walter, retour en Résistance, sorti en salle en 2010.

Des anciens résistants informent le président de la présence à cette cérémonie de deux républicains espagnols : sans laisser finir la phrase, Sarkozy assène qu’il défend les Espagnols, mais que « les Italiens sont pas mal non plus », et que maintenant il est « marié à une Italienne » ! Un homme, grand, aux cheveux blancs, s’adresse à lui et lui évoque un épisode tragique de la guerre qui s’est déroulée sur cette terre : des hommes tombés lors d’une embuscade ont été ramenés « dignement ». Là encore, la phrase n’est pas finie, Nicolas Sarkozy qui, manifestement a très bien entendu, n’a même pas un mot de correction : il regarde ostensiblement au loin, désigne une cascade et s’exclame : « elle est magnifique ! ». On croit percevoir le désarroi de l’homme face à un tel irrespect, une telle indécence, une telle muflerie. Puis le chef de l’Etat taquine une dame qui a un corsage rose, lui proclame sa flamme : « je vous aime beaucoup, le rose vous va très bien » tout en plaisantant sur le fait qu’il ne tire de ce rose « aucune conclusion politique ».

Les services de la com’ de l’Elysée, à l’époque, ont tenté de faire disparaître du film cette séquence qui le desservait par trop. En vain. Il est certain que la grossièreté et l’impudeur de cet homme n’ont pas d’égal. Je suis convaincu qu’elles ont grandement alimenté l’ambiance délétère qui règne dans notre pays. L’année suivante, Stéphane Hessel prenait la parole sur ce plateau des Glières en plein air, tenant des propos dignes, entre autres sur le Conseil National de la Résistance (qui, en quelque sorte, annonçaient son Indignez-vous).

. Gilles Perret est co-auteur avec François Ruffin du film J’veux du soleil.

Visite de Nicolas Sarkozy - Glières 2008 © la vaka productions

[31 mars]

Arroseur arrosé ou identitaire détourné

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Le président du groupe d'extrême droite Génération Identitaire a tenté de provoquer l'indignation en postant sur Twitter la photo d'une famille d'origine africaine vivant dans un quartier populaire de Clichy-sous-Bois, "une zone de non-France" selon lui. Mais il a provoqué une série de tweets admirant cette belle famille (qui sortait d’une salle de prière). Désappointé, il a alors réagi avec la photo d’une action d’un groupuscule identitaire déployant, au-dessus de la Caisse d’Allocations Familiales de Bobigny, une banderole où était inscrit "de l'argent pour les Français. Pas pour les étrangers" (la CAF a porté plainte). Voir articles de presse : ici et ici.

C’est pas mal cette idée de détournement des propagandes identitaires.

[31 mars]

Zemmour, le raciste

Dans un précédent texte, j’avais écrit à son propos alors qu’il s’en prenait nommément à Hapsatou Sy sur un plateau de télé :

1) Zemmour ignore que les prénoms depuis une loi désormais ancienne ne sont pas obligatoirement chrétiens. Pourquoi n’a-t-il jamais protesté contre une interlocutrice qui se serait prénommée Pivoine ?

2) Rappeler que tant de personnalités ont des prénoms étrangers c’est bien gentil mais je n’ai pas besoin d’égrener Lino Ventura ou Djamel Debbouze : Ahmed Hadjadji, ouvrier d’usine, a tout mon respect, bien plus que certains Éric.

3) Zemmour ânonne ce propos depuis longtemps : déjà chez Ruquier, il y a une dizaine d’années (bien avant les attentats par des individus se réclamant de l’islam), il expliquait que les Musulmans n’avaient pas à prénommer leurs enfants avec des prénoms arabes. Et de citer en exemple les Juifs qui donnent des prénoms chrétiens pour mieux s'intégrer, disait-il (se gardant bien de dire que beaucoup de Juifs, même non pratiquants, ont un second prénom hébreu ; d’ailleurs lui-même, comme il l’a reconnu sur Le Point en 2010, se prénomme aussi Moïse). À l’époque, comme il ne visait personne en particulier, cela n’a provoqué aucune réaction. On voit comment fonctionne cette propagande identitaire : des généralités puis des attaques ad hominem (contre Hapsatou Sy).

. voir vidéo : ici.

[27 mars]

Le sujet fait l’actualité : d’un côté Jérôme Fourquet, IFOP, relève que 18,8 % des garçons nés en 2016 portent un prénom arabo-musulman, de l’autre une étude de l’Institut national d’études démographiques (INED), réalisée par les chercheurs Baptiste Coulmont et Patrick Simon, note que les prénoms les plus portés par les Français descendants d’immigrés originaires du Maghreb sont : Yanis, Nicolas, Mehdi, Sarah, Inès et Lina, soit une référence à l’héritage culturel et aux normes dominantes en France (le Monde du 11 avril).  

. Les chroniques ont été publiées, dans une version parfois plus courte, sur mon compte Facebook à la date indiquée entre crochets.

 

Billet n° 460

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