Trump : le compte à rebours ?

L'écrivain américain Paul Auster, dont le dernier roman s'intitule "4 3 2 1", invité de La Grande Librairie, après avoir dressé un réquisitoire implacable à l'encontre de Donald Trump ("misogyne, ignorant, narcissique ou psychopathe"), a pronostiqué sa chute prochaine. Et autres petites chroniques.

auster

Le couple de grands écrivains américains Paul Auster et Siri Hustvedt étaient les invités jeudi dernier de La Grande Librairie de François Busnel (France 5). Au cours de leur prise de parole, ils sont partis dans une tirade anti-Trump phénoménale. Ils ont rappelé d'abord que les Noirs n'avaient pas voté pour lui, ni les citoyens d'origine hispanique. On retrouve "la division raciale qui remonte à la guerre civile". "Les USA n'ont pas affronté l'héritage de ce qu'a été l'esclavage, ils l'ont enfoui". "Tous les juges nommés sont d'extrême-droite". Le gouvernement détruit les mesures sociales d'Obama, la loi récente sur les impôts est la pire loi jamais votée sur cette question : "les riches sont récompensés et les pauvres punis." Trump est "incapable de maîtriser ses impulsions", il est "misogyne, ignorant, narcissique ou psychopathe". Et comme pour leur donner raison, il vient de traiter Haïti et les nations africaines de "pays de merde". On sait que plusieurs observateurs estiment que Trump "n'est pas qualifié pour le job", et que peut-être même il ne le voulait pas. Tout cela est bien sûr dramatique mais Paul Auster, dont le dernier roman est 4 3 2 1 (Actes Sud), annonce que Trump va encore grimper un peu, puis chuter inexorablement dans l'opinion américaine. Le compte à rebours a-t-il commencé ?

11 janvier

Hommage aux machos

Nouveau psychodrame en France : une tribune dans Le Monde, tout en prétendant comprendre les femmes qui se sont élevées contre les violences sexuelles, tend à faire croire que cette dénonciation du harcèlement, des agressions, des violences se confond avec un rejet puritain de la galanterie, du flirt et instaurerait une guerre des sexes.

Si encore celles qui viennent s'expliquer sur les plateaux de télé, profitant de cet instant de notoriété qui leur est offert, le faisait avec talent : mais c'est laborieux, tirés par les cheveux. Comme ce fut le cas de l'éditrice Joëlle Losfeld le jeudi 10 janvier sur France Inter ou de Sophie de Menthon, "femme d'affaires", qui avait déjà étalé son sens du ridicule dans son domaine de compétence (le patronat), qui a déjà banalisé le viol pour avoir parlé du "conte de fée" vécu par Nafissatou Diallo qui a eu de la "chance" (elle a été virée de RMC pour ça), et qui a fait fort le 10 janvier dans l'émission C à vous, ne cessant de mettre en évidence qu'elle n'avait même pas vraiment lu la tribune qu'elle a pourtant signée.
Les autres, c'est tout à l'avenant. Grâce à elles, on sait dans quel camp on est. Nadine Morano se vante sur Europe 1 d'avoir eu "droit à la drague lourdingue" et d'avoir été "opportunée" (sic), ajoutant qu'être "opportunée" peut "engendrer des belles histoires" ! Brigitte Lahaye, ex-actrice porno, déclare sur Bfm-Tv qu'on peut "jouir lors d'un viol" et Catherine Millet regrette beaucoup : "de ne pas avoir été violée parce que je pourrais témoigner que du viol on s'en sort". C'est une chose de dire qu'il faut aider une femme, qui a été violée, à surmonter ce drame, que sa vie n'est pas finie, c'est autre chose de prononcer une telle phrase qui condamne cette écrivaine à jamais. Certaines d'entre elles, dont on a tout lieu de croire qu'elles n'ont pas pris une rame depuis des lustres, s'emploient sans vergogne à minimiser les "frotteurs du métro".

Des commentateurs étrangers ont relevé le caractère misogyne de cette tribune, et, effectivement, son argumentaire, d'une naïveté confondante, défendant une "liberté d'importuner", ressemble fort à un hommage au machisme. On aura noté que la directrice d'un canard de la droite extrême est parmi les premières signataires.

11 janvier

L'étau se resserre

[montage YF] [montage YF]

Alexandre Djouhri, l'homme des basses besognes de de Villepin, passé au service de Nicolas Sarkozy, a été arrêté à Londres alors même qu'il faisait l'objet d'un mandat d'arrêt de la part de la France pour n'avoir pas répondu aux convocations d'un juge, sans être pour autant interpellé lorsqu'il effectuait des visites discrètes sur le territoire français. Merci les Anglais !
Une perquisition dans son domicile genevois laisse penser qu'il pourrait avoir versé 500 000 euros à Claude Guéant, qui n'a jamais pu fournir d'explications plausibles sur cette somme. Djouhri est fortement suspecté d'avoir été l'intermédiaire entre le clan Kadhafi et le clan Sarkozy en vue de permettre au premier de financer la campagne présidentielle de 2007 du second à hauteur de 50 millions d'euros. Il va de soi que si cette affaire finissait par être judiciairement confirmée, on plongerait dans un scandale d'État sans précédent.
Djouhri, sous Sarkozy, avait tout pouvoir y compris sur le patron d'EDF, Henri Proglio, qu'il menait à la baguette, comme l'a montré Pierre Péan dans La République des mallettes. Karl Laske vient d'écrire sur Mediapart que c'est un "ancien voyou, braqueur de bijouteries reconverti dans les réseaux chiraquiens". Deux journalistes du Monde parle de "l'ancien caïd de banlieue".
Du coup, je me permets d'écrire ici que Djouhri, ancien "petit délinquant de banlieue", a été "lié au grand banditisme", ce que j'ai déjà fait sur ce blog dans un article de juin 2014 (Que faire des corrompus ?). A cette époque, j'avais subi aussitôt une injonction de l'avocat de Djouhri, Me Pierre Cornut-Gentille. Cet avocat, un ténor du barreau de Paris, également défenseur de Pénélope Fillon, considérait que mes propos constituaient "le délit d'injures réprimé par la loi". Sur conseil d'un cabinet d'avocats, j'avais dû retirer ces éléments de phrases pourtant extraits de documents déjà publiés ailleurs et et j’avais dû laisser les passages incriminés en blanc !

. Mediapart : L'intermédiaire sarkozyste Alexandre Djouhri interpellé à Londres

. Mon article de blog Que faire des corrompus ?

11 janvier

Le cheval de Macron domptant le Dragon

Photo YF Photo YF
Non seulement le Président de la République française a offert à son homologue chinois un cheval, mais les Chinois, jouant sur la consonance de son nom, l'auraient baptisé "le cheval qui dompte le dragon".

Ph. YF Ph. YF
Évidemment, on n'a pas parlé des droits de l'homme (rappelons tout de même que Liu Xiaobo, Prix Nobel de la Paix est mort en juillet dernier après des années de détention : libéré peu avant sa mort, il lui fut interdit de partir à l'étranger). On se gargarise d'une Chine qui serait en plein développement, puissante, avec une croissance exponentielle : on se souvient de Gattaz louant ce pays où le capitalisme s'en donne à cœur joie,
Femme âgée fouillant les poubelles pour se nourrir. Scène vue plusieurs fois [Ph. YF] Femme âgée fouillant les poubelles pour se nourrir. Scène vue plusieurs fois [Ph. YF]
sans entrave, terre de liberté pour lui. Mais on tait la grande pauvreté qui y règne parallèlement à des richesses sans nom. Il se dit que, dans les campagnes, il arrive encore qu'un homme ou une femme tire une charrue (j'ai cru en voir de loin, mais ce n'est pas certain, peut-être s'agissait-il de semoirs).

Emmanuel Macron et Madame se sont rendus à Xi'an voir l'armée enterrée en terre cuite. Le bouddha Jean-Pierre Raffarin, tellement heureux d'être de la partie, a estimé que cette visite effectuée par Macron était la preuve qu'il était "homme de culture" ! Sachant que la 8ème merveille du monde (dixit Chirac) est visitée par des millions de touristes Chinois ou étrangers, c'est rassurant : preuve que la Culture se répand inexorablement si l'on en croit le sinologue poitevin.

Armée en terre cuite enterrée près de Xi'An [Ph. YF] Armée en terre cuite enterrée près de Xi'An [Ph. YF]

10 janvier

Contorsions
Brigitte Bourguignon, présidente de la commission des affaires sociales à l'Assemblée Nationale, présidente du Haut-Conseil du Travail Social, qui avait brigué en vain le perchoir de l'Assemblée, vient de constituer un cercle d'une trentaine d'élus LRM pour "porter une ligne sociale" dans le macronisme (sachant que "socialiste", elle a rejoint En Marche juste à temps avant les dernières législatives).

Photo Roberto Frankenberg parue dans Libé Photo Roberto Frankenberg parue dans Libé
Dans une interview à Libération le 25 décembre, elle cherche à se donner une image sociale et croit pouvoir y parvenir en déclarant qu'il ne faut pas dramatiser les interventions du pouvoir envers les migrants séjournant en centre d'accueil puisque ce ne sera pas la police mais des "équipes mobiles" de "fonctionnaires administratifs" qui procèderont aux contrôles des irréguliers (avec à la clé, bien sûr, les expulsions). Travailleurs sociaux, responsables d'associations , dormez en paix : ça change tout ! Par ailleurs, elle ne considère pas la politique économique d'E. Macron comme "libérale" : elle donne juste confiance aux entrepreneurs. Quant on surfe, comme Mme Bourguignon, sur les ambiguïtés, il ne faut pas craindre de se payer de mots : comme cette lapalissade qui ne mange pas de pain : "le social ne doit pas être compassionnel mais émancipateur" (manière de valider le renforcement du contrôle des chômeurs et ce qui en découle : sucrer les allocations chômage). Ou : les contrats aidés sont supprimés pour les associations, ils deviennent des "contrats aidants" pour les individus ! Une caricature de contorsion linguistique.

. Brigitte Bourguignon : "la réforme de l'ISF, ce n'est pas ma tasse de thé, mais…"

 28 décembre

. Le Monde des 14/15 janvier confirme qu’une trentaine de député LREM auraient décidé de constituer un "pôle social" autour de Mme Bourguignon. Elle-même revendique le "besoin de justice sociale", se disant moins intéressée par les questions économiques que par celles "de précarité et de protection de l'individu". En un mot : elle voudrait fortifier "la jambe sociale", le tout pour renforcer une sensibilité de gauche ("réformiste et humaniste mais pragmatique") dans le gouvernement, trop étouffée selon elle. Un député LREM va jusqu'à dire qu'il souhaite contrer l'impression qu'ont les Français d'une "politique déséquilibrée en faveur des personnes les plus favorisées". En un mot : quel discours tenir pour que l'image du Président des riches qui commence à coller à la peau d'Emmanuel Macron s'atténue quelque peu ?

Féminisme : "20 filles dont un garçon" !

ecriture
Eliane Viennot, prof de lettres, féministe, a lancé une pétition contre l'enseignement de la règle grammaticale qui veut que le masculin l'emporte sur le féminin. Elle considère qu'on devrait dire "les hommes et les femmes sont belles" (règle de proximité), et défend l'écriture inclusive. De son côté, l'Académie française a publié une déclaration le 26 octobre estimant qu'avec cette écriture inclusive "la langue française se trouve désormais en péril mortel". Rien que ça ! Et le Figaro, au même moment, fait un sondage révélant que 95 % de ses lecteurs sont contre l'écriture inclusive. Quel scoop !

Bon, je dois avouer que je n'ai jamais utiliser l'écriture inclusive jusqu'à ce jour, sauf peut-être dans une citation : d'abord parce que ce n'est pas lisible à haute voix, aussi parce que si Brel avait écrit, à propos des bourgeois·e·s, "bon·ne·s et con·ne·s à la fois", cela aurait en fait uniquement féminisé sa diatribe. Il me semble qu'on devrait pouvoir tout simplement lister ceux dont on parle ("les bourgeois et les bourgeoises : bons et bonnes, cons et connes" et vice versailles).
Par ailleurs, ayant exercé longtemps un métier traditionnellement occupé par des femmes, je ne me suis jamais opposé à ce que le féminin l'emporte quand il est majoritaire ("les assistantes sociales"), je n'ai pas cherché désespérément à dire "les assistants sociaux" (même si on avait bien sûr la possibilité de dire et d'écrire "les assistantes et assistants de service social") et ne me suis pas offusqué par le fait que ma fiche de paye ait souvent comporté l'indication "assistante sociale". Enfin, j'ai souri, pendant mes études il y a 50 ans tout juste, sans en faire un pataquès, quand une formatrice a dit : "dans la promotion, il y a 20 filles dont un garçon". Pour le reste, je pense qu'il y a assez de combats autres à mener, pour ne pas s'épuiser dans des querelles d'écriture alors même que des solutions toutes simples existent.

13 novembre

Harcèlement

Il y a bien longtemps, dans une association du secteur éducatif et social d’environ 250 salariés, regroupant 7 services et établissements, dans un département de l’Est de la France, un des directeurs d’un foyer éducatif recevait les candidates à un poste d’éducatrice spécialisée en étant affublé d’un short bien court et bien moulant, les deux pieds négligemment posés sur la table. Très décontracté, il proposait à la postulante, pour la tester, de passer un week-end avec lui sous une tente, prétextant plus ou moins que lorsqu’on est éduc on doit accepter de camper.
J’étais alors secrétaire général du comité d’entreprise. Avec mes camarades élus, nous avons officiellement contesté ce comportement. Bien sûr, il y eut quelques ricanements, des réflexions selon lesquelles ce sont les jeunes femmes qui font du gringue à ces hommes tellement bien de leur personne. Mais le texte de protestation des délégués fut diffusé à tous les salariés. Cette mise en lumière contraignit le directeur général à faire un rappel à l’ordre et les dérapages cessèrent.

1er novembre

Rase-mottes

Nantes, au-dessus du Château des Ducs de Bretagne [Photo YF] Nantes, au-dessus du Château des Ducs de Bretagne [Photo YF]
Je ne vais pas donner un avis sur l'aéroport de Nantes : il me semble que tous les arguments dans un sens ou dans l'autre ont été invoqués. Mais j'ai entendu un défenseur de Notre-Dame-des-Landes s'insurger contre le fait que "des enfants des écoles sont survolés par des avions qui volent à 300 mètres d'altitude" et d'autres qui parlaient d'accidents possibles sur la ville.

Bon, il est vrai que les avions survolent Nantes en permanence, toutes les trois minutes. Mais c'est ce qui se passe dans d'autres villes. A Toulouse, les avions qui se posent à Blagnac survolent une partie de la ville. Sur Lardenne légèrement en hauteur, les avions prennent le campus de l'Institut de la Croix-Rouge, où j'ai enseigné, comme ligne de mire pour leur manœuvre d'approche. Un avion toutes les 5 mn. Des lumières rouges sur les toits de l'établissement, c'est dire si les avions volent bas. Rentrant de Paris, je pouvais reconnaître sur le parking les voitures de mes collègues. Les nouveaux intervenants se demandaient toujours comment ils allaient pouvoir faire cours avec un tel bruit assourdissant, métallique, quasi permanent, et je me souviens d'une professeur de droit (avocate connue) qui avait eu peur : elle croyait avoir vu l'avion à la hauteur des fenêtres du 1er étage. Moralité : la question d'avions volant trop bas se pose dans bien des villes (j'aurais pu évoquer aussi les zones urbaines à proximité d'Orly où, dès 6 heures du matin, c'est l'enfer).

14 décembre

Toulouse [Photos YF] Toulouse [Photos YF]

. Ces chroniques sont parues sur mon compte Facebook à la date indiquée.

Billet n° 368

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  [Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question. Par ailleurs, tous les articles sont recensés, avec sommaires, dans le billet n°200]

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