« Barca Nostra »

Un chalutier sans nom a sombré à proximité de Lampedusa en avril 2015 avec un millier de personnes à bord. Le Saint-Louis avec un millier de Juifs a été refoulé des États-Unis en 1939 alors qu’ils fuyaient les persécutions nazies : 254 d’entre eux disparaîtront dans les camps d’extermination. Honte aux identitaires et à ceux qui trahissent les principes humanitaires.

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En avril 2015, un chalutier ayant à son bord, sur le pont ou dans sa soute, entre 800 et 1000 migrants venus de Libye, sombre à proximité de Lampedusa. 28 survivants dont le capitaine qui, ayant paniqué, a percuté un porte-conteneurs ce qui a provoqué le naufrage. Il a été condamné à 18 ans de prison. C’est le naufrage connu le plus meurtrier depuis 1945. L’épave a été renflouée (elle est exposée à Venise, nommée désormais "Barca Nostra", notre bateau) et les corps ont été enterrés dans plusieurs cimetières siciliens. Au pays, pourtant, du fasciste Salvini, des défenseurs des droits humains ont non seulement fait en sorte que les naufragés aient une sépulture mais encore ont entrepris des recherches approfondies pour retrouver leurs noms. 

. Migrants : à Venise, une épave contre l’oubli, par Juliette Bénabent

Réfugiés sur les mers

Sur le pont du Saint-Louis Sur le pont du Saint-Louis
Des bateaux humanitaires en Méditerranée, l’Open Arms, l’Ocean Vikings et l’Alan Kurdi ont le plus grand mal à trouver des ports accueillants, errant le plus souvent de nombreux jours dans des conditions de vie insoutenables pour les migrants secourus. Dans Berlin 1933 (qui décrit la façon dont la presse, surtout américaine, a commenté ce qui se passait en Allemagne après l'advenue au pouvoir d'Hitler, et que j’ai présenté ici), Daniel Schneidermann rappelle l’histoire du Saint-Louis qui a quitté Hambourg le 13 mai 1939 avec 937 passagers juifs allemands et autrichiens fuyant les persécutions nazies. Après un temps d’arrêt dans le port de Cuba, sans pouvoir débarquer, ils sont refusés par les États-Unis. Le monde entier sera informé de cette odyssée par la presse jour après jour (bien souvent par des entrefilets sans émotion). Les États-Unis avaient fixé un quota de 27370 migrants germano-autrichien pour l’année 1939. Le quota était atteint, donc refus d’accueillir le Saint-Louis. Des passagers menacent de se suicider à bord. Le capitaine envisage de faire échouer son navire pour empêcher un retour en Allemagne. L’Amérique de Roosevelt est toute occupée aux fastes organisés pour la venue du couple royal britannique. Le paquebot doit retourner en Europe avec sa cargaison de réfugiés désespérés. A Anvers, les passagers sont répartis dans plusieurs pays d’Europe qui acceptent de les accueillir : Royaume-Uni, Belgique, Pays-Bas, France, dont trois pays qui seront occupés ensuite par l’Allemagne nazie. C’est ainsi que Schneidermann conclut : « Finalement, ils seront 254 à trouver la mort dans les camps d’extermination européens ». 

Un camp de réfugiés à New-York
Une exposition du Musée de l'Holocauste à Washington, que j'ai visitée l'an dernier, porte sur : "Que savaient les Américains ? Qu'ont-ils fait ? Qu’auraient-ils pu faire ?".

Musée de l'Holocauste à Washington [Ph.YF] Musée de l'Holocauste à Washington [Ph.YF]
Commentaire du Musée à cette photo d'un jeune réfugié à New York : 
« Un camp de réfugiés à New-York
En 1944, la Commission de protection des réfugiés de guerre a amené 982 réfugiés de 18 pays différents au refuge d'urgence pour réfugiés Fort Ontario à Oswego, dans l'État de New York. C'est la seule fois pendant la Seconde Guerre mondiale que le gouvernement américain a contourné ses lois en matière d'immigration pour permettre à un groupe de réfugiés d'atteindre les côtes américaines. Au lieu de les accueillir comme immigrants, toutefois, les États-Unis les désignèrent comme des "invités" hébergés temporairement dans un "port franc". Les réfugiés, dont la plupart étaient juifs, n'avaient pas de statut juridique clair aux États-Unis. Ils ont été détenus derrière des barbelés à Fort Ontario et ont été informés qu'ils seraient renvoyés en Europe à la fin de la guerre. En février 1946, neuf mois après la défaite de l'Allemagne nazie, le refuge d'urgence pour réfugiés de Fort Ontario était fermé. Les réfugiés ont été admis aux États-Unis avec des visas d'immigrants.

Un jeune réfugié s'entretient avec un groupe d'enfants américains à travers la clôture entourant le refuge d'urgence pour réfugiés de Fort Ontario, env. 1944 FPG / Gety Images»

 Trois touristes en centre de rétention

J’ai honte pour la France. Je me réjouis que des Français généreux soient venus en aide à ces personnes. Et qu’un juge ait dit le droit. Mais dans quel pays sommes-nous en train de basculer si sa police et son administration se comportent de la sorte ? Les coupables de ce fiasco devraient être jugés es-qualité. Article de France Bleue : ici.

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Mineurs étrangers 
France Culture abordait le 14 août, à propos des mineurs étrangers isolés, l’ampleur du problème et la défaillance de l’Etat. Voir également l’article du Monde du 14 août sur l’inquiétude des élus et sur le fait que ce ne devrait pas être aux Départements d’évaluer la minorité de ces jeunes mais à l’État (en tout cas, ce n'est pas aux travailleurs sociaux de le faire). Voir aussi l’article du Canard enchaîné du 31 juillet qui rappelle que la loi récente sur le suivi des jeunes majeurs par l’ASE a été rédigée de telle sorte que les mineurs étrangers n’en bénéficient pas.

Mineurs étrangers, le parcours du combattant (France Culture).

Un enfant devant une cabine en bois, au camp de migrants et de réfugiés de Grande-Synthe, dans le Nord de la France, le 4 octobre, 2016. • Crédits : Philippe Huguen - AFP Un enfant devant une cabine en bois, au camp de migrants et de réfugiés de Grande-Synthe, dans le Nord de la France, le 4 octobre, 2016. • Crédits : Philippe Huguen - AFP

« Les migrants viennent-ils en France pour se faire soigner ? »

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Annabel Desgrées du Loû est directrice de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et membre du Centre population et développement (CEPED). Elle est directrice adjointe de l'Institut Convergences Migrations. Elle présente une recherche menée auprès d'Africains sub-sahariens en Ile-de-France atteints par le SIDA et l'hépatite B. Contrairement aux idées reçues, ils ne sont pas venus pour se faire soigner : la moitié d'entre eux avaient contracté ces maladies en France. 

Pour ceux qui voudrait approfondir, outre un ouvrage Parcours de vie et de santé des Africains immigrés en France paru à La Découverte, des documents de cette étude sont accessibles sur le site du CEPED : ici

De facto 4 | fév. 2019 : "Les migrants viennent-ils en France pour se faire soigner ?" © IC Migrations CNRS

 Antisocial 

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Indécent et ridicule ce reportage sur Muriel Pénicaud et Jean-Marc Borello. On nous dit que ce dernier, qui fut éducateur spécialisé, qui prône une privatisation de l’action sociale, et qui a milité à En Marche dès le début, donnait des cours à Emmanuel Macron à Sciences Po pour sa préparation au concours de l’ENA. Des cours sur les "questions sociales" ! On croit rêver : ce qui explique peut-être les politiques antisociales du Président. 
Ce qu’on ne nous dit pas c’est que Borello est non seulement accusé de pratiques «prédatrices» dans sa gestion de SOS, avec des suspicions d’enrichissement personnel, mais que deux articles, du Monde et de Libération, l’ont accusé de harcèlement et d’agression sexuels. Lire sa fiche Wikipedia, gratinée. À quoi joue Pénicaud en cherchant à sauver la mise à cet individu ?

. Paris-Match : Coup de foudre en macronie.

. Robert Mégel 1973, l’affaire des Tournelles 2006, par Lueur, blog Mediapart.

Les vraies valeurs de Valeurs Actuelles
Début août, Valeurs actuelles a publié un « dossier » sur Edwy Plenel et Mediapart. L’hebdo de l’extrême-droite n’hésite pas à faire appel à toutes ses têtes de Turc habituelles pour dézinguer Plenel (Rugy, Schiappa, Minc et bien d’autres), Dupond-Moretti déverse sa hargne, Péan est appelé à la rescousse (son négationnisme du génocide rwandais devait plaire à VA). Et plusieurs anecdotes connues, sassées et ressassées. En gros, on sent que le fait que Mediapart puisse avoir parfois des sources policières défrise les « enquêteurs » de Valeurs actuelles, alors même que ce canard ne se prive pas de faire des révélations qui émanent du vivier Rassemblement National au sein de la Police. On n’apprend donc rien si ce n’est que Mediapart est agaçant parce qu’il donne des leçons de morale à ceux qui voudraient trafiquer ou corrompre en rond. C’était un peu la même chose quand Alexandre Devecchio et Eugénie Bastié (en novembre 2017 dans Le Figaro) croyaient publier la révélation du siècle sur Plenel, dans un style ampoulé, pour juste dénoncer « l’homme de morale » avec comme témoins d’immoralité l’incontournable FOG et Philippe Val !

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Il importe de rappeler que les « valeurs » de VA c’est la finance (il a pris la succession d’un magazine qui traitait de la finance et des «valeurs boursières») et ne cache pas son soutien à l'ultralibéralisme économique et aux idées conservatrices. Il a appartenu un temps à Dassault d’où les liens entre VA et Le Figaro et les journalistes transfuges allant de l’un vers l’autre. Le patron actuel est Iskandar Safa, homme d’affaires franco-libanais, ce qui est pas mal pour un canard qui déverse inlassablement sa haine contre les migrants. Il possède également les chantiers navals de Cherbourg. Fortune estimé par Challenges à 1,1 milliard (dernier barème d’août). Il a fait affaire avec le clan Kadhafi et on notera que Valeurs actuelles alpague particulièrement Mediapart sur les accusations du média en ligne à l’encontre de Nicolas Sarkozy qui serait blanc comme neige dans l’affaire libyenne. Impliqué dans les Panama Papers, le patron de Valeurs actuelles est poursuivi depuis ce mois d’août par la justice du Mozambique dans un scandale financier de deux milliards de dollars. C’est sûr que si Mediapart se penche sur le sujet, VA ne va pas aimer. 

 Napo
Émission sur Napoléon sur France Inter (Le Téléphone sonne) ce soir. À la gloire de l’empereur. L’historien Patrice Gueniffey, un fan, va jusqu’à justifier le Code civil excluant les femmes en disant qu’il était dans l’air du temps, la Révolution ayant été moins en avance sur les droits des femmes que l’Ancien Régime ! Certes, il a rétabli l’esclavage mais là aussi c’était l’air du temps. Il n’était, paraît-il, ni de droite ni de gauche... comme Emmanuel Macron, paraît-il ! Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre... sur la radio publique. 

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. La plupart de ces petites chroniques sont parues sur mon compte Facebook ces derniers jours.

Billet n° 486

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   [Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans le billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question. Par ailleurs, les 200 premiers articles sont recensés, avec sommaires, dans le billet n°200. Le billet n°300 explique l'esprit qui anime la tenue de ce blog, les commentaires qu'il suscite et les règles que je me suis fixées. Enfin, le billet n°400, correspondant aux 10 ans de Mediapart et de mon abonnement, fait le point sur ma démarche d'écriture, en tant que chroniqueur social indépendant, c'est-à-dire en me fondant sur une expérience, des connaissances et en prenant position.]

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