"Continuer", pour se retrouver

Le film de Joachim Lafosse, tiré du livre éponyme de Laurent Mauvignier, vient de sortir en salle. Ce verbe résonne comme "Résister". C'est ce qui anime Sibylle, magistralement interprétée par Virginie Efira. Rencontre avec la productrice du film et les scénaristes, en avant-première en octobre dernier au Festival Indépendance(s) & Création de Ciné 32 à Auch (Gers).

affiche
Virginie Efira, film après film, n'est plus une beauté de magazine mais une beauté qui se coltine le réel, une présence incroyablement efficace : une mère, qui pour sauver son fils unique Samuel qui a fauté à Bordeaux, l'emmène dans une aventure cavalière dans les steppes du Kirghizistan. Véritable petit soldat qui s'accroche à "son projet un peu fou", tente le tout pour le tout, "la mère courage, la mère généreuse" (Mauvignier), une mère quoi, qui malgré la mauvaise volonté de son fils, agressif avec elle, va insister, continuer envers et contre tout, dans l'espoir d'"être ensemble pour se retrouver". Jusqu'à ce qu'il prenne la mesure de tout ce que cette femme, sa mère, est capable de faire… pour lui.

Kacey Mottet Klein (Samuel) est déjà un bon cavalier, ainsi qu'un bon acteur : il a été choisi bien qu'il fasse nettement plus âgé que l'"adolescent mal dégrossi" du livre. Les scénaristes jouent sur l'ambiguïté et sur la découverte d'un jeune homme que sa mère est aussi une femme, qui a des désirs, qui le rendent quelque peu jaloux. Dans le livre, Samuel a commis un acte grave, bien moindre dans le film (il a agressé son professeur). Ils chevauchent dans des paysages grandioses. C'est le jeune homme qui a choisi la destination, il aurait préféré vivre cette aventure avec son père, du coup il rechigne, avance à reculons, ses écouteurs greffés sur les oreilles. C'est elle qui affronte les éléments : scènes tendues quand le couple mère-fils est menacé par des brigands ou quand les chevaux s'enlisent dans des sables mouvants.

 Samuel s'interroge sur les non-dits du passé, sur un premier amour de sa mère, sur ses parents "pauvres baba cool mal sapés" (Mauvignier), sur ce journal que sa mère rédige tout au long du parcours.

 La productrice, Sylvie Pialat et les deux scénaristes étaient présents au Festival Indépendance(s) & Création de Ciné 32 à Auch le 7 octobre dernier (on notera, en passant, que dans le film la mère et le fils chevauchent en direction… d'Osh). Laurent Mauvignier a fait un passage, manière de signifier qu'il appréciait le film, qu'il voyait pour la première fois en présence du public. Il retrouve dans le film ce qu'il avait voulu exprimer. D’ailleurs, dans le livre, certains passages, ou certaines descriptions, donnent le sentiment que l'auteur écrit pour donner des consignes (pour un film ou une pièce de théâtre).

 Il a fallu donc deux scénaristes pour éviter de coller trop au livre, ce qu'avait fait le réalisateur Joachim Lafosse dans un premier jet d'écriture. Le film évite tout le passage à Bordeaux : on est d'emblée sur les lieux, au pays des Chevaux Célestes (en réalité : le Maroc). Le père n'est pas présent, à la différence du livre. Puis les scénaristes ont lu le livre pour "réinjecter" du Mauvignier dans le film. Les deux scénaristes expliquent que Joachim tenait absolument à cette réconciliation du fils avec sa mère, et c'est lui également qui avait envie de donner au film son côté western.

 Un bon moment de cinéma, pour les paysages et pour la description minutieuse des rapports, faits de beaucoup de silences, entre une mère qui assume et un fils révolté.

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Laurent Mauvignier a confié lors d'une émission de La Grande Librairie (16 octobre 2016) qu'il s'était inspiré d'une histoire, lue dans le Monde (il précise dans le livre qu'il s'agit d'un article du quotidien paru en août 2014), d'un homme ayant entrepris ainsi un voyage avec son fils. Ajoutant qu'il n'était, lui l'écrivain, jamais allé au Kirghizistan, tandis que Sylvain Tesson, sur le plateau, disait qu'il ne pourrait jamais écrire le moindre mot sur un tel sujet s'il n'avait pas traversé le pays à cheval. Ce roman a été écrit pendant les attentats de 2015, raison pour laquelle un drame en lien avec ces événements apparaît, que le film ignore.

 

CONTINUER Bande Annonce (2019) © AuCiné

. Continuer, de Laurent Mauvignier, éditions de Minuit, juillet 2016.

 

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. Dans les pas du fils, de Renaud et Tom François, avec Denis Labayle (aux éditions Kero). Ce livre paru en mai 2016, raconte l'histoire vraie d'un père et de son fils, très proche du roman de Laurent Mauvignier, paru un peu plus tard, et du film. Ils vivent une aventure humaine incroyable, dans les steppes d'Asie centrale, aux confins du Kirghizistan, et… à cheval. "Chacun avec un objectif : pour Renaud, aller à la rencontre de son fils ; pour Tom, découvrir un père pour, à son tour, devenir un homme". A la sortie du livre puis du film, on a plutôt passer sous silence cette filiation.

 Renaud François a été l'invité de Frédéric Lopez dans l'émission Mille et une vies, le 30 septembre 2016. "Se reconnecter avec son fils grâce aux voyages".

Se reconnecter avec son fils grâce aux voyages, l'histoire de Renaud François - Mille et une vies © Mille et une vies - Officiel

Billet n° 444

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