Simone Veil, au Panthéon des Grands Hommes

La glorification de Simone Veil conduit certains à faire l'impasse sur certains aspects ou à méconnaître la vérité historique : comme les concours de circonstances qui l'ont conduite à défendre l'IVG ou la façon dont elle a trahi Chirac, son "mentor" en politique, et son soutien à Nicolas Sarkozy. Enfin, sa présidence du Parlement européen, portée par la droite dite libérale.

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L'entrée de Simone Veil au Panthéon est l'occasion de déclarations dithyrambiques : son rôle dans la loi sur l'avortement, la façon dont elle a surmonté le drame de la Shoah, sa présidence du Parlement européen symbolisant la paix en Europe. C'est cet ensemble et ce parcours exceptionnel qui expliquent son aura. Car sur la Shoah, d'autres rescapés ont témoigné, et avec force. On rappelle sa déportation, avec des confusions comme cette militante féministe de Toulouse qui, sur France Inter disait l'an dernier, le 30 juin 2017, qu'elle avait été résistante et déportée pour cette raison. Non, elle a été déportée à 15 ans (à Auschwitz-Birkenau) non pour ce qu'elle avait fait, mais pour ce qu'elle était : juive.


Sur l'IVG, les documentaires (comme celui de cette semaine sur France 3) veillent à ne pas rappeler qu'elle est allée sur ce combat suite à un concours de circonstances. D'abord, magistrate, elle aurait dû être ministre de la justice de Giscard. En 1974, Jean Lecanuet exigea d'avoir, lui, ce ministère glorieux.

Châlits de Birkenau [Photo YF] Châlits de Birkenau [Photo YF]
Donc, cette femme se retrouva à la tête d'un ministère, à l'époque, de seconde zone, celui de la santé et du social, qui n'était pas son domaine de compétence. Et lorsque Giscard voulut autoriser l'IVG, il demanda encore à Lecanuet de préparer la loi en tant que ministre de la Justice, mais ce dernier refusa, il ne voulait pas salir son image. Alors Simone Veil s'y coltina. Aujourd'hui, tout le monde connaît Simone Veil, personne ne se souvient de Lecanuet. A noter que dans le discours qu'elle tint à l'Assemblée, elle estimait que la violation de la loi faisait qu'on était en pleine "anarchie". Par ailleurs, la loi de janvier 1975, votée pour cinq ans seulement, était une avancée, certes, mais était conçue non comme un droit à l'avortement mais pour régler des cas extrêmes de détresse. Des textes ultérieurs furent moins restrictifs.

Le Panthéon [Ph. YF] Le Panthéon [Ph. YF]

Parmi les chroniques actuelles sur Simone Veil, aucune n'évoque le fait qu'elle fut aussi à l'origine d'une mesure de première importance : l'allocation pour parent isolé (API devenu RSA majoré), à une époque où un  parent seul (en général une femme) ne disposait le plus souvent que des allocations familiales. On a dit qu'elle avait été une ministre qui bossait. Je l'ai rencontrée dans les années 70 : elle était ministre de la Santé, et moi à la tête d'une délégation syndicale (CFDT) qui la rencontrait (à Vesoul, en Haute-Saône) à propos de l'hôpital public. Au terme de cet entretien qui dura peut-être une heure, nous fûmes estomaqués par sa connaissance du dossier : elle avait des documents devant elle, qu'elle ne consultait pas, mais manifestement elle savait précisément ce qu'ils contenaient. Mais après tout, c'est ce que l'on est en droit d'attendre d'un ministre. On ne le dit pas non plus mais c'est sous son ministère que les lois encadrant le secteur social et médico-social (lois de 1975) furent promulguées : en plein choc pétrolier, il s'agissait (déjà) de réduire considérablement les dépenses sociales et de santé. Elle fut aussi soutien à Nicolas Sarkozy, parfois de façon appuyée (trahissant Chirac qui avait été pourtant son "mentor" en politique), alors qu'elle devait certainement en savoir plus que le commun des mortels sur ce qu'était réellement cet homme politique et ce dont il était capable. Enfin, elle fut le porte-voix de la droite dite libérale au Parlement européen.

Le Pendule de Foucault, au Panthéon [Ph. YF] Le Pendule de Foucault, au Panthéon [Ph. YF]

Les hommages rendus sont une occasion pour Jean Veil (son fils), avocat de DSK, de Cahuzac, de la Société Générale, de Total, de Kim Kardashian, volant, chaque fois qu'il le peut, au secours des people, de se faire mousser sur les plateaux de télé et de s'afficher comme l'avocat le plus réputé de France (!). Agnès Buzyn, qui occupe son maroquin, pourrait bien aussi profiter de la notoriété de celle qui fut, un temps, sa belle-mère : elle a dit que sa fonction actuelle était "une forme de passage de relais".

Tombeau de Zola au Panthéon [Ph. YF] Tombeau de Zola au Panthéon [Ph. YF]
Enfin, elle n'entre pas seule au Panthéon : son mari l'accompagne. 72 hommes y sont inhumés, souvent après des cérémonies où ils étaient seuls à entrer. 5 femmes toujours entrées soit avec leur conjoint soit en même temps que d'autres hommes (comme Germaine Tillion, et Geneviève De Gaulle-Anthonioz, inhumées en même temps que Jean Zay et Claude Brossolette, le 27 mai 2015). Au frontispice du Panthéon, il est inscrit : "Aux grands hommes, la patrie reconnaissante". Va falloir le modifier.

[Photo YF] [Photo YF]

Billet n° 405

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