Les valeurs actuelles du Président

Pour s’expliquer sur ses intentions en matière d’immigration, de foulard, d’Aide médicale d’État, Emmanuel Macron n’a rien trouvé de mieux que de se confier à un hebdo d’extrême-droite, qui milite ouvertement pour une alliance entre la droite dure et le Rassemblement National et qui ne cache pas ses sympathies pour Zemmour, Wauquiez et Maréchal.

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Valeurs actuelles (sorti ce jour en kiosque) se vante d’avoir obtenu du Président une interview : on a droit à tous les détails, surtout s’ils permettent à VA de rouler les mécaniques, ayant eu le privilège d’une conversation « à mi-chemin entre le public et le privé ». Du coup, on sait qu’ils ont bu un Perrier-citron tandis que leur interlocuteur « concentré » ingurgitait… un jus de tomate. Mazette, c’est l’Élysée qui a sollicité le canard de l’extrême-droite, pour permettre au Président « de sceller véritablement le passage à l’acte II de son quinquennat » (dixit un proche de Macron, nous dit-on). On sent combien les rédacteurs de Valeurs actuelles cherchent à surfer entre leur satisfaction d’avoir eu droit aux confidences du Chef de l’État et leur volonté arc-boutée de distiller leur propagande, en s’appuyant sur ce qu’il dit lui-même, en lui faisant dire ce qu’il ne dit pas vraiment ou en déversant tout au long de l’interview leurs convictions islamophobes sinon racistes.  

Passons sur les formules jargonnesques d’Emmanuel Macron comme lorsqu’il dit qu’il croit « beaucoup à la géographie » pour expliquer la nécessité d’arpenter le pays ou qu’il est préoccupé par « le taux d’attrition » c’est-à-dire le faible nombre de reconduites des Maliens dans leur pays (l’attrition c’est le regret d’avoir offensé Dieu, devenue plus souvent en économie une « perte de clientèle »). On sent un Président qui louvoie, qui cherche à tenir quelques propos qui ne plairont pas à ses intervieweurs (avec cette conviction habituelle chez lui selon laquelle il serait le plus fort et qu’il est seul à pouvoir mater ses détracteurs) quitte à les désarçonner en les contournant par la droite (ce qu’ils avouent eux-mêmes). Valeurs actuelles, larmoyant sur un État qui n’a plus d’autorité, lui montre des tableaux d’obligations à quitter le territoire (OQTF) non exécutées (sans préciser combien ont été recalées par les tribunaux administratifs), alors Emmanuel Macron botte en touche en dénonçant les pays qui ne veulent pas reprendre leurs ressortissants. Il mélange un peu tout, ce qui n’est pas pour déplaire aux xénophobes qui l’interrogent (réfugiés, déboutés, migrants) et il va jusqu’à lancer la discussion sur l’aide médicale d’État (Ame) sur laquelle il n’était pas interrogé. Il fait  son malin car il a révisé ses fiches et sait que les demandeurs d’asile ont droit, eux, à la Puma (prestation universelle maladie, qui a remplacé la Cmu), prenant ainsi de cours l'intervieweur (qui manifestement l'ignorait). Et de s’offusquer qu’il en soit ainsi : la Puma « c’est beaucoup plus généreux que l’Ame ! », lance-t-il, envisageant d’instaurer « un délai de carence pour réguler cette aide ». Alors même qu’une droite s’agite, y compris le pouvoir en place, pour restreindre l’Ame aux étrangers sans papiers, voilà que le Chef de l’État envisage de poser des conditions à des personnes qui n’ont pas encore le statut de réfugiés mais qui ont été reconnus demandeurs d’asile ! Pourquoi fait-il ça, parce qu’il craint que les Français s’opposent au droit d’asile, poussant alors ce cri, selon lui : « On n’en peut plus, regardez, ils nous prennent tout ! » Alors il n’hésite pas à exagérer les abus liés aux étrangers avec visa qui viendraient se faire soigner en France au titre de l’Ame (assertion qui a été dénoncée par un collectif de chercheurs dans le Monde  du 8 octobre), de même qu’il surfe sur les enfants (de familles musulmanes) qui sont déscolarisés (ce qui serait, nous dit-il, son « principal problème ») alors même que rien ne permet de dire que ce phénomène est réel.

Manifestement, cette interview est destinée à ratisser sur les terres du Rassemblement National. Mais Macron croit en sa toute puissance : en réalité, tout cela ne fait que conforter les discours du RN, mais aussi des éditorialistes islamophobes (et pas seulement Yves Thréard). Il révèle son cynisme sans bornes, affichant son absence totale de convictions, mais une navigation à vue, disant tout et son contraire, selon un « pragmatisme » cher aux « libéraux ». En face de lui, il a des coriaces qui, s’ils sont sensibles à la faveur qu’il leur accorde (les ayant pris dans son avion au retour de Mayotte), ne craignent pas de manipuler le compte-rendu de l’échange lui faisant dire ce qu’ils ont envie d’entendre : comme « sécession » ou « racisme anti-Blanc » (le journal fait comme si c’était lui qui avait utilisé la formule alors qu’il répond vraisemblablement à une question sur le sujet, en précisant qu’il ne veut pas « rentrer dans cette dialectique […] mortifère »). Car le cynisme est aussi la panacée de ce canard, thuriféraire d’Éric Zemmour, de Laurent Wauquiez ou de Marion Maréchal, et qui milite ouvertement pour une alliance de la droite avec l’extrême-droite du Rassemblement National (dont tous les témoignages issus de ses rangs, après rupture, attestent de l’islamophobie, du racisme et de l’antisémitisme qui y règnent).  

 . tribune dans Le Monde : Restreindre l'accès à l'aide médicale d'Etat pour les sans-papiers n'aura que des conséquences néfastes en matière économique et sanitaire.

. ce 31 octobre, une quarantaine d’associations lance un appel contre les projets gouvernementaux qui vont à l'encontre des droits des migrants à la santé. A noter que ces associations, globalement, sont traitées, dans l'interview évoquée ci-dessus, avec un profond mépris par Valeurs Actuelles et qualifiées avec ironie de « droits-de-l’hommiste » et de « relents marxistes » par le Président.  

Le gouvernement s’apprête à dégrader la santé des personnes étrangères : le cri d’alarme des associations

. le Président a oublié d'évoquer avec VA le fait qu’« en Seine-Saint-Denis, un élève perd en moyenne une année de temps scolaire à cause des professeurs absents et non remplacés » 

"J'en ai marre, j'en peux plus" : en Seine-Saint-Denis, les jeunes subissent les inégalités au quotidien, article d'Hajera Mohammad sur Francetvinfo du 31 octobre.

. voir les liens anciens d’Emmanuel Macron avec Valeurs actuelles et l’extrême-droite : sur France Culture le 31 octobre (ici) et Le Monde (web du 31 octobre et papier du 1er novembre) : ici.

Thréard l’extrémiste !

Cela fait des années que j’écris sur Yves Thréard (directeur-adjoint du Figaro) que j’ai qualifié de droite-extrême et même d’extrême-droite. Avant de prendre la défense d’Emmanuel Macron sur les questions économiques, il militait ouvertement pour un lien entre LR et FN et reste, sur les questions sociétales, très à droite. Et là il est carrément raciste et islamophobe. Et continue, comme un vulgaire Zemmour, de parcourir les plateaux de télé. 

. « Je déteste la religion musulmane » : Yves Thréard du « Figaro » en roue libre sur le voile, Les Inrockuptibles, le 15 octobre.

Un député LREM

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Aurélien Taché, député LREM, ne s’est pas démonté le samedi 13 octobre chez Ruquier (France 2, ONPC) face au feu nourri des défenseurs des thèses anti-musulmanes du Printemps républicain de Laurent Bouvet (souvent cité) : Raphaël Enthoven, Gaël Tchakaloff (!), et le dessinateur du Monde Xavier Gorce. Il a tenu un discours ferme face aux dérives du communautarisme mais s’est totalement démarqué des agressions verbales permanentes à l’encontre des Musulmans, par exemple à propos du voile porté par des mères lors des sorties scolaires. Pour tenter de faire diversion, Enthoven est allé jusqu’à prétendre que Latifa Ibn Ziaten, mère d’un soldat tué par Mohamed Merah, était membre du Printemps républicain (qui pourtant pourfend les femmes portant un voile et fait de la laïcité un cheval de Troie pour combattre systématiquement l’islam, religion qui a selon la loi droit de cité). 

 La violence sociale

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La violence sociale est là : il va de soi qu’elle appelle à d’autres violences sociales, et les premiers fauteurs de troubles, arc-boutés sur leurs intérêts personnels, inféodés à une caste de privilégiés, feront les étonnés et viendront nous dire qu’ils ont manqué peut-être de "pédagogie". 

. « Je n’ai jamais vu ça, un durcissement aussi violent » : des agents de Pôle emploi « horrifiés » par la réforme, Bastamag, 31 octobre.

L’Observatoire des inégalités

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L’Observatoire des inégalités est indépendant : son existence doit être soutenue et encouragée. Ses études sont des références pour qui s’intéresse au sujet des inégalités en France. 

« 40 % des chômeurs touchent moins de 500 euros par mois.
Le régime d’indemnisation des demandeurs d’emploi est accusé d’être trop généreux, et d’inciter les chômeurs à rester chez eux : C’est faux.
Selon Pôle Emploi, les chômeurs reçoivent en moyenne 1170 euros par mois d’indemnité (=1 Smic). À première vue...ce n’est pas si mal. Mais ce chiffre ne porte que sur les chômeurs indemnisés! Voici notre estimation qui prend en compte les oubliés du calcul de Pôle emploi. »

. 40 % des chômeurs touchent moins de 500 euros par mois

École : fonds sociaux à la baisse
Jean-Paul Delahaye, ancien directeur général de l’enseignement scolaire sous Vincent Peillon, auteur en 2015 d’un rapport sur La Grande pauvreté et la réussite scolaire, appelle dans un billet de blog sur Mediapart à utiliser les fonds sociaux, Jean-Michel Blanquer, le ministre, voulant réduire de moitié les montants, car ils ne seraient pas en totalité utilisés : ces salauds de pauvres qui coûtent un pognon de dingue ne les solliciteraient pas suffisamment ?

. Établissements scolaires : utilisez les fonds sociaux !

. voir également l'article de Faiza Zerouala sur Mediapart : http://bit.ly/36axp2e
. Rapport Grande pauvreté et réussite scolaire 

 Précaires patients
On savait que des médecins refusaient les clients relevant de la CMU, on avait entendu des citoyens vivant dans des conditions précaires se plaindre de cabinets médicaux faisant preuve de discrimination : là on a une étude du Défenseur des droits, faite auprès de 1500 cabinets médicaux. 12 % des spécialistes refusent d’accorder un RV, à Paris 4 dentistes sur 10 refusent des patients en situation de précarité économique. Que fait la police ?

. Quand les cabinets médicaux discriminent les patients les plus précaires, Le Monde du 29 octobre.

 Amalgame

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Le raciste islamophobe de Bayonne est sans doute déséquilibré, mais c’est cocasse et significatif de voir la droite dure et l’extrême-droite se dédouaner en disant plus ou moins qu’il est fou (1). Les diatribes racistes et islamophobes d’un certain nombre de politiques, d’intellectuels, de journalistes, d’éditorialistes n’y seraient pour rien. Pourtant quand un fou musulman commet un acte meurtrier isolé (ce fut plusieurs fois le cas, comme à Nice ou à Marseille, à la gare Saint-Charles), ces propagandistes sont les premiers à monter au créneau pour affirmer que ces tueurs sont en service commandé, agissant au nom de l’Islam. Ils contestent alors qu’on puisse s’insurger contre l’amalgame qu’ils établissent entre terroristes et Musulmans. Pourtant il y a une différence, et de taille : le racisme et l’islamophobie dont s’inspire le tueur de Bayonne sont véhiculés par des individus qui ont pignon sur rue, dans notre beau pays qui devrait prêcher la fraternité, tandis que les massacreurs se prétendant agir au nom de l’Islam s’inspirent de la cruauté d’un prétendu État islamique, lointain, qui ne représente qu’une partie infinitésimale du monde musulman. 

(1) Il n’a pas été relevé le fait que Nicolas Bay, un ponte du RN, sur France Info, a déclaré : « nous condamnons ce genre de méthode ». 

Sur le foulard

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Chronique de Philippe Watrelot, professeur de sciences économiques et sociales dans un lycée de l’Essonne et enseignant à l’Espé  de Paris, spécialiste en pédagogie, fort pertinente sur le foulard et les sorties scolaires. Et fort utile en ces temps où la xénophobie, l’islamophobie, le racisme se déversent sans vergogne sur les plateaux de certaines télés et dans une certaine presse.

J'ajoute qu'en Allemagne où le foulard est largement plus toléré, on ne voit pas plus de femmes voilées dans la rue qu'en France (j'ai pu le constater, au moins à Berlin, ces jours-ci). On me dit par ailleurs que les jeunes filles avec voile ne sont pas plus nombreuses en Allemagne qu'en France alors que dans presque tous les Länders le voile n'est pas interdit à l'école.

. Le foulard qui rend fou…

Installation sur Tilla-Durieux Park, près de Postdamer Platz, à Berlin le 22 octobre [Photo YF] Installation sur Tilla-Durieux Park, près de Postdamer Platz, à Berlin le 22 octobre [Photo YF]

Combat de pauvres

Le 17 octobre était la journée mondiale de lutte contre la pauvreté, passée un peu inaperçue. La compagnie de théâtre belge Art&tça joue «Combat de pauvres». Extraits vidéo diffusés par "Regards".
En Belgique, 1 personne sur 5 est pauvre ou risque de le devenir, soit 20% de la population et 2,3 millions de personnes. En Wallonie, c’est 1 personne sur 4. A Bruxelles, 1 personne sur 3. Nos pays n’ont jamais été aussi riches, mais les écarts entre les plus riches et les plus pauvres n’en finit plus de se creuser.
«Combat de pauvres» nous invite à regarder la pauvreté en face et à la prendre pour ce qu’elle est : le résultat des politiques antisociales, des politiques d’austérité menées en Belgique et ailleurs depuis de trop nombreuses années. Car en réalité, il n’y a pas de pauvres: il n’y a que des femmes, des hommes, des enfants qui ont été appauvris par des choix politiques qu’il nous appartient de contester. Le Minimex est le RSA belge.
 

COMBAT DE PAUVRES © Emission REGARDS

Nouvelles du Trésor
Deux députés LREM et LR publient un rapport sur les conséquences des révélations Swiss Leaks (HSBC en cause), Offshore Leaks (UBS en cause), Panama Papers et Paradise Papers : sur plusieurs années, cela représente 371,9 millions d’euros (sur 6 milliards redressés). Ceci sans compter les sanctions judiciaires. Le rapport, long, documenté (sans doute en partie établi par les services fiscaux eux-mêmes) dresse un certain nombre de recommandations (dont la première consiste à ne pas réduire les moyens du contrôle fiscal). Mais on reste loin du compte. Les évaluations, bien sûr forcément approximatives, situent la fraude et l’évasion fiscale à des sommes bien supérieures (100 fois, estime le spécialiste Antoine Peillon, journaliste à La Croix, soit 600 Mds qui taxés devraient rapporter 60 à 80 Mds au budget de l’État). 

. Le rapport d’information sur le bilan de la lutte contre les montages transfrontaliers.

Bivouac interdit… la nuit
La mendicité ou le bivouac en pleine ville n’est certainement pas ce qu’il y a de mieux, mais leur interdiction (ici à Toulouse) me fait penser à l’humoriste Ferdinand Lop qui proposait non seulement la suppression des wagons de queue du métro et le versement d’une pension à la femme du soldat inconnu, mais aussi « l’extinction du paupérisme après 10 heures du soir ». 

. La Dépêche : ici.

La méthode Duflo

Dans la première partie de l’émission On n’arrête pas l’éco sur France Inter samedi 19 octobre, Christian Chavagneux, qui est une référence (Alternatives économiques), a contesté la méthode de recherche d’Esther Duflo qui vient de se voir attribuer, avec deux autres, le prix de la banque de Suède (dit prix Nobel d’économie). Selon lui, cette méthode expérimentale, utilisée en biologie mais aussi en économie dès les années 20, a été abandonnée par les économistes. L’équipe de Duflo l’a reprise, mais selon Chavagneux ça ne marche pas. Les conclusions ne sont pas vérifiées par d’autres expérimentations. Le coût de ces études est parfois supérieur au programme qu’il faudrait mettre en place ! L’Agence française de développement y avait cru, elle y a beaucoup investi mais cela s’est avéré non efficace et l’Agence a arrêté de financer. L’autre économiste (libéral) de l’émission, Emmanuel Lechypre, défend la démarche de la deuxième femme primée en 50 ans, qui va faire, selon lui, des émules dans les jeunes générations. 

On lira par ailleurs avec intérêt l’article remarquable de Romaric Godin sur l’attribution de ce prix : Le « Nobel de l’économie » s’intéresse à la question sociale

Payez moins d'impôts pour les pauvres

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Challenges, canard de la droite économique, propriété de l’ex-patron du Nouvel Obs, se permet une telle Une, ce qui est un aveu, avant lecture, sur le fait qu’ils se foutent du tiers comme du quart de ce que peut bien dire Esther Duflo. 

 

 

 

Billet n° 502

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr ; Lien avec ma page Facebook ; Tweeter : @YvesFaucoup

   [Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans le billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question. Par ailleurs, les 200 premiers articles sont recensés, avec sommaires, dans le billet n°200. Le billet n°300 explique l'esprit qui anime la tenue de ce blog, les commentaires qu'il suscite et les règles que je me suis fixées. Le billet n°400, correspondant aux 10 ans de Mediapart et de mon abonnement, fait le point sur ma démarche d'écriture, en tant que chroniqueur social indépendant, c'est-à-dire en me fondant sur une expérience, des connaissances et en prenant position. Enfin, dans le billet n°500, je m’explique sur ma conception de la confusion des genres, ni chroniqueur, ni militant, mais chroniqueur militant, et dans le billet n°501 je développe une réflexion, à partir de mon parcours, sur l’engagement, ou le lien entre militantisme et professionnalisme]

 

 

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