Journalistes menacés en Bretagne

Des journalistes enquêtant sur le lobby agro-alimentaire en Bretagne, ont été physiquement menacés la semaine dernière. Les agro-industriels, la FNSEA et des élus sont complices pour mettre le couvercle sur leurs méthodes et leurs dérapages. Citoyens et paysans doivent serrer les rangs autour de la liberté de la presse et pour la transparence sur la filière agro-industrielle.

Morgan Large, journaliste de la radio associative bilingue franco-bretonne Radio Kreiz Breizh, et enquêtant depuis plusieurs années sur le lobby agro-industriel breton, a vu son véhicule personnel saboté au risque de provoquer un accident grave. Cette même semaine, dans la même localité de résidence de Morgan, « une journaliste allemande a été agressée par un agriculteur jusque dans le gîte où elle résidait », selon le journaliste Sylvain Ernault, membre du comité éditorial du média d’investigation breton Splann !, deux événements graves rapportés par le site Reporterre. Deux agressions qui suivent beaucoup d’autres intimidations, pressions et procès « baillons » contre rédactions, journalistes et associations un peu trop curieux (Voir aussi ici). Des mouvements de grève sont déclenchés dans plusieurs rédactions et un rassemblement était prévu ce mardi midi sur la place du marché de Rostrenen (Côtes-d’Armor).

Depuis des années, les journalistes doivent faire face en Bretagne à de multiples attaques contre la liberté de la presse et d’informer le public sur les méthodes peu ragoûtantes des filières industrielles de la production agro-alimentaire bretonne. Ces enquêteurs tentent en effet, et c’est leur métier, de briser le mur d’opacité derrière lequel œuvre le lobby de l’agro-industrie bretonne et ses stakhanovistes de la production de bidoche industrielle, polluante et concentrationnaire.

Les menaces sont telles que ces journalistes menacés ont dû se réunir en collectif indépendant et solidaire, Kelaouiñ ou spécialisé dans l’investigation comme Splann . En mai 2020, une lettre ouverte de plus de 320 journalistes a été adressée à la présidence du Conseil régional de Bretagne, suivie d’une pétition, à ce jour signée par plus de 45 000 personnes et toujours ouverte. Sans grands résultats comme on peut le constater. Plus que jamais, citoyens et vrais paysans doivent être solidaires contre ce lobby oligarchique, du syndicat patronal de la FNSEA aux groupes industriels en passant par leurs réseaux politiques au pouvoir.

Car les menaces sur cette liberté d’informer est aussi gouvernementale à travers la création de sa cellule militaire de gendarmerie Demeter, en association (une première) avec le syndicat hégémonique de la FNSEA, cellule de censure qui a pour charge d'étouffer préventivement toute velléités de critique, toute forme d’organisation contestataire, même légales.

Quant aux soutiens, ils ne viendront pas des médias professionnels, largement arrosés de pubs par ces mêmes industriels et de pubs-subventions par diverses institutions (État, Conseils régional et départementaux, communes). C’est d’autant plus vrai pour les médias associatifs, qui ne survivent que grâce à des subventions publiques pouvant leur être retirées à tout moment par des élus partisans ouverts du lobby agro-industriels ou pris en tenaille entre contestation citoyenne (nuisances, algues vertes), chantage à l’emploi des industriels et pressions politiques. Car l’industrie agro-alimentaire bretonne est un poids lourd capitaliste et exportateur. Elle est la première de France avec ses usines à porcs et volailles et représente vingt milliards de chiffre d’affaires et 41 % des emplois industriels en Bretagne. De quoi avoir des arguments sonnants et trébuchants et de persuasion sur élus et médias et mettre au pas les curieux qui viennent mettre leur nez dans leur très opaque business. En Bretagne, le secret des affaires n’est pas un vain mot, même si je ne connais pas la traduction en breton.

Le lobby agro-industriel breton serait-il un état dans l’État ?

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