De démocraties en dictatures ? On peut mieux faire.

Emmanuel Macron, alors que la mobilisation du mouvement social dure depuis plus de 50 jours, rappelle que la France est une démocratie. De multiples exemples historiques démontrent qu'entre démocratie et dictature il y a des tunnels réguliers qui rendent son argumentation obsolète.

Le Président pose la question de la démocratie comme si la France en était un modèle en soi. C'est oublier, en remontant le cours de l'histoire, trois moments importants qui remettent en cause sa pauvre argumentation. Faire de brillantes études n'est décidément pas la meilleure façon d'avoir du bon sens, voire de comprendre le mouvement de l'histoire. Cela ne veut pas dire non plus qu'il ne faut pas en faire, au risque de se faire taxer, à juste titre, d'ouvriérisme, à raison. Alors étudions ! Les exemples qui suivent ne sont pas "à l'identique" certes dans l'expérience et le contexte, mais ils sont édifiants dans le processus de destitution d'institutions dites démocratiques à partir d'un vote dit "démocratique".

1) Le 13 mai 1958, le général de Gaule met en place la 5e République en fomentant un coup d'Etat constitutionnel, avec l'appui de Guy Mollet, à l'occasion d'une grève générale organisée en Algérie par la résistance algérienne. A cette époque, la 4e République est rongée par l'instabilité et la tentation du "sauveur" est à son comble. Le général saisit l'opportunité et ne demandera l'avis du peuple qu'une fois le coup de force effectué. Il instaure le pouvoir personnel, conforté par un référendum. Nous y sommes encore.

2) Le 10 juillet 1940, l'Assemblée nationale, issue de ce qui reste du Front populaire, puisque les communistes en sont exclus de fait, vote les pleins pouvoirs à Pétain qui, par là même, met fin à la 3e République. Il entame la collaboration et l'appui à la barbarie nazie.

3) En Allemagne, en 1933, la loi des pleins pouvoirs est adoptée, le 23 mars, par le Reichtag, par 444 votes pour et 94 votes contre à l'occasion de la victoire électorale du parti nazi. Le 2 août 1934, Adolf Hitler est nommé chancelier/führer. La République de Weimar fait place au 3e Reich "démocratiquement".

Le rappel rapide de ces moments forts de l'histoire européenne dont rien ne prouve qu'ils ne peuvent pas se reproduire est bien utile quand on voit comment évolue la "vieille" Europe. 

En Amérique latine, la "démocratie" joue avec le feu, c'est le moins qu'on puisse dire, au Brésil, au Chili, au Vénézuéla, en Bolivie particulièrement, où la destitution d'Evo Morales s'est faite par un coup de force inspiré par les militaires, avec le soutien de la CIA. Je ne cite que ces États où les tentations totalitaires aboutissent à des pressions violentes, anti-sociales et antidémocratiques, accompagnées comme au Brésil d'une catastrophe environnementale volontariste au cœur d'un des poumons de l'humanité, l'Amazonie. Mais il y en a bien d'autres sur la planète.

Les vieux schémas issus du cadre d'une guerre froide défraîchie servant de prétexte à ne ne pas voir la nouvelle réalité du monde, les défenseurs du vieux capitalisme n'ont plus que cet argumentaire pour défendre leur cause. Ils sont encore appuyés par des forces sociales-démocrates devenues sociales-libérales qui sont toujours accrochées aux vieilles lunes de l'anticommunisme primaire et du "moindre mal" d'une démocratie autoritaire. Ils refusent, à dessein, de traiter les urgences sociales et environnementales qui mériteraient de remettre en cause le pouvoir des puissances financières qui imposent encore les règles de l'économie mondiale. 

C'est dans ce contexte que les gauches alternatives tracent leur chemin. Il est parfois un peu chaotique, mais il avance, sous des formes qui ne sont pas encore débarrassées des méfiances liées aux anciens contextes politiques. Les consciences n'avancent malheureusement jamais aussi vite que le rythme tant des révolutions technologiques que des problématiques environnementales qui posent la question incontournable d'un changement de mode de vie lié à une aspiration à pouvoir vivre mieux dans un monde plus juste. En cela, la question de la démocratie, non pas conçue comme un acquis hors du temps, mais comme une nécessité absolue pour se débarrasser de ce qui tue la vie, est une priorité.

Le mouvement social actuel, qui pousse les partis de gauche à s'unir sur une base minimale, prouve que c'est de lui que sortira quelque chose de nouveau en politique, et non pas la valse des intitulés de mouvements et de partis opportunistes qui foisonnent quand l'alternative se cherche.

Les communistes y jouent leur rôle d'aiguilleurs du ciel des partageux et il serait bon que les spécialistes de l'amnésie historique n'oublient pas qu'en France, ils sont à la fois français, internationalistes et libres d'une expression démocratique interne et transparente dont ils peuvent être fiers, à l'occasion du centenaire de la naissance du PCF.

 

 

 

 

 

 

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