L'imposture de l'accusation d'islamophobie

Henri Pena-Ruiz, défenseur intransigeant de la laïcité, homme de gauche convaincu, vient d'être accusé de racisme pour avoir dénoncé le chantage à l'islamophobie et réclamé le droit à la critique des religions, dans le respect de la personne de ses pratiquants. Il faut le soutenir résolument, y compris à gauche, car "le sommeil de la raison engendre des monstres" (Goya).

                                          L’imposture de l’accusation d’islamophobie 

La question de l’islamophobie revient dans  l’actualité, hélas, avec cette accusation de « racisme » lancée contre H. Pena-Ruiz, défenseur intransigeant de cette laïcité que Macron tente en vain de mettre à mal, sous prétexte qu’il aurait utilisé  cette expression (mais sortie de son contexte) dans une conférence récente en défendant un « droit à l’homophobie . C’est pourquoi il faut faire le point sur cette formule qui pourrit le débat sur les religions.

L’idée de « phobie » renvoie à un processus obsessionnel et irrationnel, voire pathologique,  qui n’a pas sa place ici. Elle est employée par ceux qui veulent discréditer la critique de la religion islamique et ne veulent pas voir ce qu’on veut dire quand on en fait usage malgré tout, mais en étendant ce droit à la critique de toutes les religions et en y ajoutant celui du droit à critiquer l’athéisme comme option concurrente à l’option religieuse. Car ce qui est bien en jeu, c’est le droit qu’a  l’intelligence humaine, dans une République laïque, d’examiner crtitiquement, donc d’une façon rationnelle/raisonnable, le contenu d’une croyance religieuse et les pratiques qui l’accompagnent – ce qui constitue une tradition progressiste de la pensée la plus élevée depuis Spinoza. Contentons nous ici de  la critique de l’islam, que je connais bien pour avoir écrit sur lui. Il s’agit dans ce cas de récuser d’abord ses dogmes quand il contredisent les principes de cette même intelligence rationnelle, comme : la vérité vient de Dieu via Mahomet, elle s’oppose à la science quand elle s’occupe de la vie avec la théorie de l’évolution de Darwin, qui risquerait de mener au matérialisme, elle rejette les autres religions, dont le polythéisme, et voue à la mort ceux qui refusent de se convertir, ce qui vaut bien entendu pour les athées : on en a encore aujourd’hui de multiples exemples avec l’islamisme et sa barbarie propre. Mais il y a tout aussi grave, qui relève d’une critique raisonnable ou morale : la « Charia » qui enferme la vie sociale dans un carcan de règles intangibles dont les être humains ne peuvent être les auteurs comme en démocratie puisque c'est le Coran, parole de Dieu, qui les énonce ; des normes de vie au nom desquelles les hommes dominent les femmes, au point de leur imposer leurs vêtements pour que leur corps ne soit pas visible ; et, du coup, un rapport malsain à la sexualité et au corps, dont une condamnation honteuse de l’homosexualité, que l’on retrouve dans les deux autres monothéismes, avec des accents de dépréciation supplémentaires.

On voit bien que cette critique est de droit, elle est consubstantielle à la pensée philosophique, mais elle ne concerne que le contenu des religions. C’est pour quoi, et comme le dit Pena-Ruiz, il ne saurait y avoir de délit de blasphème… sauf à revenir au Moyen-Age et à oublier les Lumières, dont Marx, j’y insiste car on l’oublie, aura été un profond continuateur dans ce domaine. Par contre, cette exigence critique n’a rien à voir avec un quelconque rejet des personnes croyantes et pratiquantes : les religions, dont l’islam, même si on ne les aime pas, ont parfaitement le droit d’exister dans leur pluralité, dès lors que par ailleurs elles respectent les droits de l’homme en société et dans sa vie privée. C’est pourquoi, parler de « phobie » et même de « racisme » anti-musulman dans notre cas – mais on parle aussi d’antisémitisme quand on critique la politique d’Israël – est indigne, surtout quand on est convaincu que les « races » n’existent pas. Bref il faut réagir, car on ne fait pas sa part à la raison humaine et à ses valeurs désormais universelles. « Le sommeil de la raison engendre des monstres », disait déjà Goya !

                                                                   Yvon Quiniou.

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