La scandaleuse assimilation de l'anti-sionisme à de l'antisémitisme

L"assimilation récente d'un organisme juif affirmant que les actes antisionistes peuvent masquer de l'antisémitisme, radicalisée par Macron faisant de l'antisionisme "une des formes modernes de l'antisémitisme", est scandaleuse, surtout chez notre président. Elle relève d'une manipulation du langage comparable à l'accusation d'islamophobie et menace notre vivre-ensemble!

                         La scandaleuse assimilation de l’anti-sionisme à de l’antisémitisme

 

Nous voilà à nouveau en présence d’une insupportable déviation du sens des mots. Dans un contexte, pas seulement français d’ailleurs, où des manifestations diverses de racisme se  multiplient, voici qu’on se réfère à une déclaration officielle de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) pour attaquer ceux qui, fort légitimement et même courageusement, critiquent la politique de l’Etat d’Israël vis-à-vis de la Palestine et des palestiniens et, spécialement, l’occupation de la Cisjordanie, avec le traitement inhumain infligé à ses habitants. Or cette critique, si elle peut être, chez certains, la manifestation d’un racisme anti-juif ancien et masqué, n’est pas en elle-même une forme quelconque de racisme visant, au demeurant, une race imaginaire – et je peux en témoigner, si on me le permet, sur mon propre cas, étant un anti-raciste inconditionnel et soutenant des revendications de l’Etat palestinien. Le drame et même le scandale résident justement dans la déclaration en question qui affirme que « les actes antisionistes peuvent occulter des réalités antisémites » et, surtout, dans le prolongement radical et inadmissible qu’en a donné Macron (car la formulation précédente reste mesurée avec le verbe « peuvent ») en affirmant carrément, suite à un incident arrivé à Finkielkraut, que l’antisionisme  constitue « une des formes modernes de l’antisémitisme ».

Ce propos, par sa radicalité et son absence de nuances, est inadmissible tant intellectuellement que moralement. Il revient à assimiler sans raison la critique justifiée de la politique étrangère de l’Etat hébreu, dont la légitimité n’est en rien remise en question, à un racisme visant sa population. Or ce sont là deux choses tout à fait différentes, relevant de deux approches hétérogènes et l’une, la critique politique, ne contient pas nécessairement l’autre, la haine d’un peuple, et projeter celle-ci sur celle-là relève d’un mensonge (conscient ?) et d’une manipulation du langage qu’on ne saurait tolérer dans la bouche d’un président de la République, dont on a cru qu’il se réclamait autrefois des valeurs de la gauche, dont l’honnêteté intellectuelle dans les débats fait partie !

Mais je voudrais étendre mon propos, vu la conjoncture idéologique que nous connaissons. Cette accusation de racisme à propos d’une simple critique idéologique ou politique, me fait penser naturellement à ce qui s’est passé à propos de l’islam et de l’islamophobie : la critique de la religion islamique, parfaitement fondée selon moi – car cette religion est la plus réactionnaire qui soit à tous point de vue (j’ai étudié le Coran en détail)  – ne peut être assimilée en quoi que ce soit à un racisme anti-musulman ou, plutôt, car les musulmans ne constituent pas une race (ni les juifs), à un racisme anti-arabe. Sa critique est de droit dans une démocratie laïque comme l’est la critique des autres religions ou de l’incroyance et Henri  Pena-Ruiz a eu raison de le souligner… quitte à se faire traiter de raciste islamophobe, comme moi au demeurant, injure tout a fait invraisemblable et infamante. Or, de même, dans le rapport à la religion juive on a parfaitement le droit de dénoncer son contenu doctrinal ou ses pratiques cultuelles, (comme ceux de la religion catholique au vu de ce qu’elle a été) sans  pouvoir en rien être accusé de « racisme antijuif ». Cette assimilation, une fois de plus, d’un examen critique, théorique et pratique, à du racisme relève d’une fantasmagorie malsaine… dont il faudrait alors dénoncer la présence chez ce grand philosophe émancipateur que fut Spinoza, qui a en paya d’ailleurs le prix en son temps !

Concluons. Tout cela témoigne, hélas, d’une dégradation lamentable du débat démocratique, avec des glissements sémantiques d’où la réflexion rationnelle a disparu. Il est dommage que, au-delà des milieux croyants dont notre président se fait de plus en plus le porte-parole irresponsable, la gauche elle-même soit gagnée par ce virus, avec les dangers qu’il comporte pour le vivre-ensemble. N’oublions pas ce propos de Goya : « Le sommeil de la raison engendre des monstres » !

                                                              Yvon Quiniou

 

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