Scandaleux Houellebecq en politique

Le succès de l'écrivain Houellebecq ne saurait faire oublier ses positions scandaleuses en politique, que son admiration, proférée publiquement pour Trump, manifeste d'une manière scandaleuse: apologie de son nationalisme, approbation de sa critique de la démocratie et et de la liberté d'expression qu'il refuse de répandre dans le monde. Comme quoi le talent ne protège pas de l'immoralité!

                                         Scandaleux Houellebecq sur le plan politique 

Je suis de ceux qui ont admiré l’écrivain Houellebecq dès le départ, alors qu’il était contesté. Je l’ai même défendu dans un article de L’Humanité pour ses Particules élémentaires alors que l’ouvrage y avait été critiqué. Cela m’a valu d’être un peu à la base d’une exposition lui rendant hommage à Turin, avec la participation d’une actrice française célèbre. Bref, j’aurais aimé pouvoir continuer  de l’admirer, comme de l’estimer définitivement, vu l' attention que ses ouvrages, en dehors de leurs qualités littéraires,  portent à l’être humain, appréhendé dans toutes ses contradictions et avec beaucoup d'empathie.

Or voilà que je dois déchanter terriblement, non à cause de son dernier livre que je n’ai pas eu encore le temps de lire, mais à cause de déclarations inadmissibles qu’il a faites dans un journal américain en décembre dernier, dont je viens de prendre connaissance (voir Le Figaro qui les rapporte présentement) et dont la presse, d’un conformisme affligeant il faut le dire, et volant au secours du succès, ne semble pas faire grand cas – la même presse qui le critiquait autrefois ! Il s’agit  en l'occurrence de son apologie scandaleuse moralement, mais aussi parfaitement idiote sur le plan intellectuel, de Donald Trump.

Je résume ou plutôt je le cite, mais tout le monde pourra en trouver une confirmation exacte sur Internet. 1 « Trump est un des meilleurs présidents américains que j’ai jamais vu ». Explication ( ?) : Il aurait « mis fin à l’impérialisme américain  dans le monde ». C’est là une nouvelle totalement inédite et, surtout, totalement fausse. Car cet impérialisme demeure pleinement sur le plan économique et, son repli proclamé à grande pompe sur les intérêts et les valeurs des USA, n’est rien d’autre que l’expression d’un nationalisme politique outrancier et fier de l’être, défendant les pires valeurs de sa nation, y compris religieuses, et qui n’a rien à voir avec un respect authentiquement internationaliste et non égoïste des autres nations : voir sa politique au Moyen-Orient ! Houellebecq fait preuve ici d’un aveuglement et, disons-le, d’une imbécillité qui m’effarent venant d’un homme dont j’admirais l’intelligence et la lucidité peu communes, jusqu’à présent. D’autant plus que cet éloge (même s’il est aussi nuancé par ailleurs) concerne un homme politique qui cumule des défauts rares auxquels il devrait être sensible, comme le racisme ou l’homophobie, l’indifférence à la pauvreté, etc., dont j’ai cru comprendre, en le lisant par ailleurs, qu’il les condamnait sans réserve !

2 Mais il y aussi grave, sinon pire. Je cite : il avoue admirer le refus du président américain de vouloir « répandre »  à l’étranger les valeurs de son pays,  selon lui contestables, que sont « la démocratie ou la liberté de la presse ». Alors là, je crois rêver, ou plutôt halluciner : ces valeurs seraient « contestables » et il ne faudrait pas les diffuser… alors que ce sont des valeurs indissolublement morales et politiques, morales en politique, incontestables ? S’agirait-il pour Trump, compris par Houellebecq, de ne pas se mêler de la vie des pires régimes politiques au monde, comme ceux où un islam totalitaire domine et oppresse les peuples, sous le prétexte (non dit) de ne pas rompre des liens économiques juteux avec eux ? J’ai beau lire et relire ces déclarations de notre écrivain national, c’est ce que je comprends à propos de Trump  dans ce qu’il dit de lui, qu'il approuve et que je condamne absolument. Et cela, alors que, trois ans avant, il avait déclaré le contraire en Allemagne, en 2015, à propos de la liberté de la presse, la défendant totalement. Houellebecq ajouterait-il l’hypocrisie et l’arrivisme mensonger à sa carrière purement littéraire ?

Voilà donc ce que paraît être devenu, hors de la littérature, celui qui demeure, jusqu’à preuve du contraire, un  auteur de grand talent : un esprit retors et amoral, sinon immoral en politique, s'abritant derrière son nihilisme philosophique. Il est vrai que l’on a  d’autres exemples où un grand écrivain peut être aussi un homme ou un citoyen totalement réactionnaire : ce fut le cas de Céline. Comme quoi le talent artistique ne protège pas de l’immoralité, au sens fort et noble de ce terme.

                                                                 Yvon Quiniou

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.