Les indignités successives de Ségolène Royal

La manière indigne dont Ségolène Royal a réagi à l'affaire Mila, n'est que la suite de ses comportement politiques depuis longtemps. Par goût du pouvoir elle aura soutenu la politique libérale d'Hollande, puis de Macron. et elle aura manifesté un dédain de la laïcité et de son droit de critique des religions. Elle répète cette dérive à propos de Mila, refusant de dénoncer ceux qui l'ont insultée.

                            Les indignités successives de Ségolène Royal

Décidément notre personnel politique va mal, très mal. Je ne prendrai ici que le cas de Ségolène Royal, en remontant d’abord au-delà de la seule affaire Mila, mais tout se tient, en un sens.

Revenons donc à la femme politique qu’elle a été dans les années 2000 et suivantes.

1 Candidate à la présidentielle en 2007 au nom du soi-disant Parti « socialiste », elle a largement contribué ensuite, directement ou indirectement, à la dérive non « social-démocrate », comme on le prétend, de ce parti sous la présidence Hollande, mais à sa dérive socia-libérale, ce qui est très différent. Cette régression par rapport aux valeurs de la gauche vraiment socialiste (et  initiée d’ailleurs bien avant par le tournant de  1983 de Mitterrand), engagée fortement par Macron, elle ne l’a jamais critiquée, et elle l’a même soutenue.

2 La preuve : quand ce même Macron l’a carrément accentuée dans une politique clairement libérale cette fois-ci,  en  succédant à Hollande, elle s’est engagée à son côté en acceptant un poste d’« ambassadrice des deux pôles » : récompense de ce qui est bien une forme de servilité motivée par le goût narcissique des honneurs politiques. Il est vrai que, tout récemment, elle s’en ait prise à la politique anti-sociale du gouvernement ce qui est bien, … sauf qu’elle savait parfaitement ce qu’elle était depuis le début. Mais la nouvelle élection présidentielle se rapproche et il s’agit donc de montrer un nouveau visage au cas où elle pourrait s’y présenter contre un Macron considérablement affaibli : démarche politicienne  à nouveau, qui ne rehausse pas l’image de la politique dans l’opinion publique… qui en aurait bien besoin pourtant !

3 J’en viens alors à la question de la laïcité liée au cas de Mila. Je rappelle d’abord, cependant, des propos qu’elle avait tenus en 2006, quand elle était candidate à la présidentielle, comme par hasard. Elle avait déclaré qu’elle trouvait « inadmissible qu’on insulte l’image sacrée du prophète musulman » : propos qui est incroyable dans un pays laïque et qui est, lui, inadmissible venant d’un personnage politique officiel, mais dont l’électoralisme, à l’époque, était évident. A quoi s’ajoute, à la même époque, cette affirmation faite à un ami catholique qui s’inquiétait de l’éducation de ses enfants et publiquement vérifiable et qui rejoint ses propos ultérieurs : « Je ne laisserai pas insulter Dieu » (rapporté dans un article du Monde de Juin 2006). Cette injonction, même simplement éducative, est, elle aussi, inacceptable : ce n’est pas parce que elle a eu une éducation catholique et qu’elle est peut-être croyante, qu’elle a le droit se positionner ainsi dans le domaine religieux, vu son statut politique, sauf à chercher, à nouveau, les faveurs des électeurs croyants : elle peut le penser à titre personnel et l’avouer dans le privé, elle n’a pas à le dire publiquement. C’est d’une intolérance rare à l’égard de la liberté d’expression des incroyants, des athées et des irréligieux. « Ni dieu ni maître ! » dit le chant de l’Internationale communiste au nom de la liberté des hommes que toutes les religions menacent.

4 On peut alors en venir à son positionnement dans l’affaire Mila, qu’elle a exprimé récemment sur FR 3 (on peut vérifier), sans la moindre retenue et avec une partialité rare. Selon elle, on ne peut débattre de la laïcité à partir des propos d’une « adolescente », qui n’étaient pourtant que la réponse vive d’une jeune fille agressée verbalement par un élève musulman, qui l’avait traitée de « pute » et lui reprochait son orientation sexuelle de lesbienne. Et sa critique de la religion musulmane, si on laisse de côté son vocabulaire excessif que la colère lui a dicté, est totalement justifiée sur le fond : pour avoir étudié le Coran sérieusement et avoir publié un petit livre sur lui dont personne n’a nié l’honnêteté et n’a pu en infirmer les brèves analyses, je dis comme Mira que la religion musulmane, en tant qu’on la lie à son texte fondateur (et comment faire autrement ?) est effectivement « une religion de haine », vouant les athées (ou les mécréants) explicitement à la mort, réservant l’amour aux liens interhumains au sein de l’Umma, la communauté des fidèles. Et quand, pour finir, elle invite au « respect des religions » pour mieux condamner l’attitude de Mila (toujours sur FR 3), elle confond le respect impératif des croyants, de leur personne donc, que Mila n’a pas enfreint, et celui  des  religions : celles-ci n’ont pas à être respectées en tant que telles, une conception authentique et rigoureuse de la laïcité telle que nous l’avons en France et qui constitue un modèle dans le monde, nous confère le droit absolu de les critiquer, de dénoncer leurs aberrations intellectuelles et morales, comme je l’ai déjà indiqué sur ce blog. A quoi j’ajouterai un autre scandale ou une autre indignité chez elle, sa partialité dans cette affaire : pas un mot sur l’attitude des musulmans à l’encontre de Mila, l’insultant à qui mieux mieux, la menaçant de viol et même de mort, c’est-à-dire manquant du moindre respect humain à l’égard d’une personne à cause de ses idées et dont les réactions pourraient tomber sous le coup de la loi. Alors Ségolène Royal, où sont vos valeurs de gauche ?

J’en termine : S. Royal a même osé dire que « il y a d’autres sujets importants dans le pays ». Ce propos final est inacceptable lui aussi : il est irresponsable et témoigne d’une inconscience politique rare. Elle oublie tout simplement le retour inédit du « religieux » sous ses pires formes dans notre monde actuel (ex-pays de l’Est, USA, Brésil, Hindouisme, etc.) et elle prouve, en parlant ainsi, qu’elle n’est pas digne de diriger un jour notre pays comme elle le souhaite apparemment. Mais ce qui est grave aussi, c’est l’attitude de bien d’autres partis qui se disent de gauche : on ne peut véritablement l’être – j’entends : sur tous les plans – en étant complaisant avec « le soupir de la créature opprimée » et avec « l’opium » religieux qui  entretient le peuple dans son oppression, comme disait le cher Karl Marx, dont on a tendance à oublier le message irréfutable dans ce domaine !

                                                                                                Yvon Quiniou

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