Macron et le maréchal Pétain

En voulant équilibrer son jugement sur le maréchal Pétain, dans une campagne nationale d'auto-promotion visant à revaloriser son image terriblement abîmée ces temps-ci, Macron s'est une nouvelle fois trompé. Célébrer le rôle de Pétain dans la victoire de 1918, ne saurait annuler sa complicité avec le nazisme ensuite. Décidément, Macron oublie la morale en politique!

                                              Macron et le général Pétain

La manière dont Macron a célébré la victoire de 1918 est révélatrice de l’ambiguïté politicienne du personnage. Il s’est lancé dans une campagne glorifiant les vainqueurs officiels de la  première guerre mondiale, qui n’avait d’autre but que de restaurer tactiquement une image de lui, en tant que chef de l’Etat au dessus des partis, fortement abîmée ces temps-ci. Faute de pouvoir réussir dans les domaines économique et social, il entend se rattraper dans une campagne strictement publicitaire de héros du « roman national », qui masquerait ses échecs dans les deux autres domaines, lesquels affectent sa popularité à un niveau rare pour un président de la République, un an et demi à peine après son élection.

Le problème, pour lui, c’est qu’il est en train d’échouer à nouveau sur ce terrain, au nom d’un « en même temps », sa formule privilégiée pour équilibrer des contraires, qui n’a pas de sens ici. Car, s’il n’entend pas mettre sur le même plan que Pétain, bien évidemment, d’autres responsables militaires de la victoire en 1918 et qui ne sont pour rien dans ce qui a eu lieu ensuite lors du régime de Vichy, il veut nuancer le jugement que l’on doit, selon lui, formuler sur ce même maréchal Pétain en tenant compte de ce qu’il a été contradictoirement –  un complice évident et déclaré du nazisme en France lors de la seconde guerre mondiale, cautionnant le régime de Hitler et qui a même livré des milliers de juifs à la vindicte nazie, et ou mais aussi un chef de guerre victorieux auquel il faudrait rendre hommage. Il formule cette appréciation, qui se veut équilibrée, au nom du fait qu’une personnalité pourrait être contradictoire, comme tout être humain, et aurait donc droit à un jugement  pondéré, le négatif n’annulant pas le positif.

Le drame est que ce raisonnement ne tient pas et que son « en même temps » n’est pas justifié dans ce cas, sauf à faire abstraction de la morale, spécialement en politique, ce qui constitue un travers fort et constant chez lui. Car une réussite en matière militaire – qui oublie au demeurant tous les soldats qui l’ont permise et ceux qui en sont morts – ne saurai annuler une immense faute morale ensuite : on n’est pas sur le même registre. L’un, technique, d’une victoire militaire, qui est un fait et aussi excellente soit-elle sur son propre plan ; et l’autre, proprement normatif et moral, où il s’agit d’une atteinte aux valeurs universelles de l’humanité, à savoir le refus, spécialement, de la violence impérialiste et du racisme. Le « en même temps » n’a donc aucune place ici, sauf à vouloir plaire à deux électorats opposés : l’un de droite, voire d’extrême-droite, militariste et nationaliste; l’autre de gauche, pacifiste et anti-raciste. En réalité, la seconde position doit annuler la première et non tenter de la concilier avec elle par souci clairement électoraliste et cynique. Décidément, avec Macron, nous avons affaire une nouvelle fois, mais à un haut niveau institutionnel, à un amoralisme proprement désolant, caractéristique, il est vrai, de  la politique dominante à notre époque ! A quand le retour de la morale en politique ?

                                                              Yvon Quiniou

 

 

 

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