Non au voile dans les activités périscolaires

Il faut approuver vivement le projet du ministre J.-M. Blanquer d'interdire le port du voile dans les activités périscolaires, surtout quand on est progressiste. Celui-ci est déjà interdit à l'école, il est discriminant et peut attiser les tensions, enfin il est le signe fort de l'aliénation de la femme musulmane. On ne peut pas "avoir le cœur à gauche" et "penser à droite"!

                                 Non au voile dans les activités périscolaires

Pour une fois et alors que je suis pas du tout dans la mouvance politique de Macron, j’approuve le projet de son ministre J.-M. Blanquer d’interdire le port du voile dans les activités périscolaires. Je vais dire pourquoi, sachant qu’en défendant cette position je vais susciter les mêmes polémiques indignes que j’ai subies ici même, quand j’ai écrit un livre critique sur la religion et un autre sur l’islam – indignes car venant d’amis qui étaient soit-disant dans mon camp intellectuel  et politique qui est celui, au minimum, du progrès humain. Dans l’ordre donc.

1 Le voile est un signe religieux ostentatoire qui est déjà interdit au sein de l’Ecole républicaine et qui doit l’être aussi dans les activités périscolaires, qui relèvent précisément de l’école, même si elles n’ont pas lieu dans celle-ci.

2 Ce signe religieux, comme tout autre signe, mais celui-là particulièrement, a pour effet de distinguer, via la présence de la mère voilée, les enfants musulmans des autres enfants, donc de produire un séparation, sinon un antagonisme, là où l’école a au contraire pour fonction d’unir les élèves dans la perspective d’une culture commune et d’apaiser les tensions idéologiques possibles.

3 Le voile n’est pas un « vêtement indifférent » pour reprendre une formule d’Amar Bellal, directeur de la revue communiste Progressistes à propos du Burkini et qu’on lui avait reproché violemment (il s’était même fait traité de raciste sur un site… comme moi) et injustement car il n’était en rien question, pour lui, de l’interdire. D’une part sa présence visible peut être considérée comme du prosélytisme, interdit lui aussi à l’école, et surtout il a précisément une signification particulière qu’aucun homme de gauche ne peut accepter : il renvoie à l’aliénation de la femme musulmane, soumise aux diktats d’une religion intrinsèquement et fondamentalement réactionnaire et, ici, machiste, dans laquelle l’homme ne supporte pas que le corps de sa femme soit trop visible. Et qu’on ne me dise pas que cette aliénation est libre, résulte d’un choix : cette formule est un oxymore puisqu’une aliénation n’est jamais choisie, par définition, encore moins sur la base de la raison, comme j’ai pu le lire un jour dans une tribune du Monde écrite par une prétendue féministe au discours délirant. Non, pareille aliénation tient à une contrainte ou à une imposition, ou encore à un conditionnement intellectuel précoce qui fait que l’être aliéné adhère involontairement à son aliénation et se la masque. D’ailleurs, il suffit de demander leur avis à la grande majorité des femmes musulmanes dans leurs différents pays : elles commencent à ne plus supporter ce voile et, quand elles se révoltent ouvertement (cela a eu lieu), elle déchirent leur voile dans un geste symbolique très fort. Au surplus, et dans le cas qui nous occupe, on a typiquement l’exemple d’un endoctrinement de l’enfant (comme dans la plupart des religions) qui porte atteinte à sa liberté de conscience et qui va à l’encontre de ce que préconisait Rousseau avec son superbe souci de la liberté individuelle : « Ne parler de Dieu à un enfant qu’à la fin de l’adolescence, quand il est en mesure de se positionner d’une manière raisonnable et autonome dans ce domaine » (voir l’Emile).

4 Enfin, j’ajoute à destination de ceux qui ne voient pas la laïcité ainsi, que celle-ci comporte aussi le droit de critiquer les croyances religieuses dans leur contenu et leurs manifestations, tout en respectant le droit à leur existence et à leur expression dès lors que celles-ci ne portent pas atteinte aux valeurs universelles et raisonnables d’une société républicaine. Et ce droit de critique publique (au sens de l’examen critique) à laquelle « tout doit se soumettre » (la formule est de Kant) peut, dans certains cas-limites, aller jusqu’à l’interdiction comme ici ou, autre exemple, quand une religion incite à des comportements racistes ou homophobes (entres autres). J’ajoute seulement, car j’y tiens : il est proprement scandaleux d’assimiler la critique de l’islam, qui est de droit (toujours au sens de l’examen critique qui fait le tri entre ce qui vaut et ce qui ne vaut pas) à une fantasmatique islamophobie… comme l’a fait récemment le sociologue Eric Fassin sur ce même site. La critique de l’islam ne relève d’une « phobie » maladive ou, pire, d’un quelconque racisme anti-arabe, mais, je le répète, d’un examen rationnel à la lumière de normes morales universelles (eh oui : ça existe !), celui-là même dont se réclament E. Badinter, C. Fourest ou encore Adonis… et bien d’autres. J’ai peur, pour faire allusion à une formule d’un personnage de Guédiguian dans son dernier film, que Fassin et tous ceux qui sont sur cette position totalement irrationnelle et déraisonnable, ceux qu’on appelle les « islamo-gauchistes », « aient le cœur à gauche mais pensent à droite ». Oui, décidément, car je le dis souvent sur ce blog, nous vivons une époque de régression idéologique, morale et intellectuelle, à laquelle une grande partie de la gauche succombe. C’est ce que Julien Benda aurait appelé une nouvelle « trahison des clercs » !

                                                                                         Yvon Quiniou

 

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