Macron et le Coronavirus; un remarquable coup de pub

Macron vient d'annoncer des mesures exceptionnelles pour contrer la pandémie à venir du coronavirus. Par-delà son talent d'orateur et de tacticien; il faut dénoncer le fait qu'il contredit, par son appel une politique se réclamant de l'Etat-providence, tout ce qu'il a fait depuis son élection: une politique néo-libérale, sacrifiant les services publics, dont celui de la santé.

                         Macron et le coronavirus : un remarquable coup de pub ! 

Le discours  de Macron, ce soir du 12 mars, à quelques jours  des élections municipales, est un coup de maître. D’une part il annonce des mesures qui sont, sur le fond,  souvent justes, si l’on prend  conscience du risque de pandémie qui nous menace, nous aussi. S’agissant de ces mesures à prendre dans l’ordre individuel, comme dans l’ordre institutionnel – ainsi la fermeture de  pendant au moins un mois des établissements d’enseignement  –, elles peuvent se comprendre si l’on écoute les professionnels de la santé, comme celles qu’il a décidées dans l’ordre de l’économie – je ne développe pas tout ce qu’il a non seulement proposé mais imposé dans la sphère  du fonctionnement de  l’économie et du travail.

Mais ce qui me choque et peut choquer tout citoyen de gauche, s’il est cohérent avec lui-même, c’est la manière, dont il a présenté sa politique d’urgence médicale à l’aune d’une politique de type « social-démocrate », s’appuyant sur le principe d’un Etat-providence rompant avec la politique d’un marché-roi. Cela a été naturellement le cas en ce qui concerne la fonction de l’hôpital public dont il a réclamé qu’il soit au premier plan dans cette situation, sous différentes formes, et qu’il fallait améliorer avec le soutien financier de l’Etat (je ne trahis rien de ce qu’il a dit et promis).

Or cela entre  en contradiction  totale avec sa politique dans ce domaine depuis qu’il est au pouvoir : une stratégie délibérée de sacrifice des services publics et, et spécialement, celui du service public hospitalier de la santé, au profit du privé, qui a provoqué une résistance massive de ses personnels depuis des mois, qui n’en pouvaient plus. Signaler leur insuffisance actuelle pour la réparer dans cette situation grave et inédite, c’est, sans le dire, condamner son incurie antérieure ou présente, animée par son orientation néo-libérale catastrophique dans ce domaine comme dans d’autres..

Malgré son brillant dans le la forme et sa justesse inédite sur le fond, Macron se révèle une nouvelle fois, surtout à l’approche des municipales qui devraient ou devaient être catastrophiques pour son parti, la LERM, un étonnant et cynique tacticien : sans conviction profonde, il change d’habit comme de chemise par seul goût du pouvoir, passant ici d’une orientation profondément de droite avérée depuis longtemps , à une orientation subitement de gauche et généreuse, apparemment, occasionnelle en l’occurrence, mais  avec talent il faut le dire. Et il entend en tirer un bénéfice aux municipales en tentant de redorer son blason auprès des classes populaires, dont il ne se soucie guère en temps normal. C’est bien à un Machiavel redoutable, porteur d’illusions, à qui nous avons affaire, et auquel il ne faut pas se laisser prendre !

                                                          Yvon Quiniou

 

 

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