Pédophilie et homosexualité: les errements de l'Eglise

Le pape Benoît XVI, vient de se prononcer sur la pédophilie et l'homosexualité d'une manière scandaleuse, en accusant Mai 68 d'être responsable de leur développement au sein de l'Eglise. A quoi s'ajoute une dévalorisation de l'homosexualité, que le pape François avait déjà opérée sans aucune raison valable, révélant à quel point les religions peuvent faire du mal à l'homme.

                               Pédophilie et homosexualité : les errements de l’Eglise catholique 

L’Eglise catholique, par l’intermédiaire de son précédent pape Benoît XVI, valorisé, voire soutenu par le pape actuel pour sa « force », vient de se prononcer sur la pédophilie en son sein, dans des termes inadmissibles, sinon scandaleux. Son déferlement actuel (associé au surplus à l’homosexualité !) serait dû, en amont, à la révolution de Mai 68 porteuse d’un message athée : l’absence revendiquée de Dieu aurait entraîné l’idée d’un « monde privé de sens » et donc, ajoute-t-il, « sans notion de bien et de mal » (je cite). Faut-il le dire ? Cette causalité historique avancée par Benoît XVI est aberrante et son propos sur la morale rejoint les pires attaques que nous avons connues dans l’histoire contre le soi-disant amoralisme, sinon immoralisme, de l’athéisme et de « l’homme sans Dieu ». A l’inverse, et pour qui a un peu de culture philosophique, il faut savoir ou rappeler que les plus grands penseurs de la morale, au positif donc, et qui ont voulu simultanément que ses impératifs s’incarnent en politique, ont rarement fait appel explicitement au Dieu des religions pour la justifier et la fonder : c’est vrai pour Rousseau (malgré son déisme personnel), hostile aux chrétiens décrétés « mauvais citoyens,  et c’est encore plus vrai de Kant, malgré sa « foi rationnelle » opposée à la « foi d’Eglise ». Dans sa philosophie pratique, il a fondé la morale universelle sur une « raison humaine » elle-même universelle, qu’elle soit donc croyante ou pas. Et s’il retrouve philosophiquement l’idée de Dieu ce n’est pas pour justifier la morale ; c’est au contraire la morale, dans son absolue autonomie humaine, qui est censée, selon lui, mener à Dieu. On est à l’opposé total du propos du pape, censé connaître la philosophie, qui verse ici dans un préchi-précha d’une rare médiocrité intellectuelle et qui, au surplus, injurie moralement les athées ! Bien entendu, ce n’est pas sa condamnation de la  pédophilie qui est en cause ici, mais son argumentation accusatrice.

J’ajoute que, s’agissant des humains et donc de l’humanisme pratique que la morale préconise, c’est du côté des athées que l’on aura trouvé la meilleure défense de l’homme : Feuerbach a très bien dit que la religion est « misanthrope » et que dans le culte religieux, « l’homme sacrifie l’homme à Dieu » (dans L’essence du christianisme), ce qui fait que aimer Dieu, c’est moins aimer moralement l’homme : ce qu’on donne à celui-là, on l’enlève à celui-ci. Entre Dieu et l’homme, il faut peut-être choisir ! Et l’on retrouve la même position chez Marx, surtout dans un texte où il montrait magnifiquement que c’est en rejetant les illusions religieuses qu’on pouvait prendre parti pour l’émancipation de l’homme en société, laquelle était présentée comme une tâche morale. En tout cas, toute l’histoire nous prouve à quel point l’Eglise catholique (comme  les autres religions,) a  été le pire soutiens des pires régimes comme le fascisme, et que les progrès politiques et sociaux les plus importants sont venus des progressistes qui mettaient Dieu entre parenthèse. Dans quel camp se trouve la morale ici ?

A quoi s’ajoute chez Benoît XVI une autre polémique frontale avec Mai 68 et l’homosexualité. Deux points, ici : 1 Le pape François avait déjà attaqué l’homosexualité soit en la  mettant au compte de Satan,  soit au compte de l’époque contemporaine. Ici,  son « augmentation »  est plus précisément datée de 1968 et elle se serait caractérisée  par l’entrée de « cliques homosexuelles » (je cite à nouveau) dans l’Eglise. C’est-là une histoire bien fantaisiste. D’autant que, ayant participé vivement aux événements de l’époque,  je n’ai pas senti une présence particulière, ou particulièrement excessive, d’homosexuels (ce qui ne m’aurait d’ailleurs pas gêné) dans les cortèges des manifestants en révolte ! 2 Mais ce qui est plus grave, et c’est vrai pour nos deux papes, c’est le jugement de valeur dévalorisant, au minimum, qui est ici porté sur l’homosexualité, associée dans le même procès à la pédophilie, qui est une tout autre chose, éminemment condamnable, elle. Il est vrai que c’est une constante dans les textes fondateurs des trois monothéismes. Or ce jugement de valeur dépréciatif est un vrai scandale moral : il consiste à attaquer ce qu’on appelle désormais justement une différence ou une orientation sexuelle particulière (dont Freud a suggéré la présence partielle en tout être humain), sans la moindre justification théorique ou morale, plus : en culpabilisant ceux qui ont cette orientation-là, donc en leur faisant du mal. On retrouve ici le déni de la chair et de la sexualité caractéristique des religions, qui faisait dire à Nietzsche que ladite « morale » chrétienne était « contre-nature », qu’elle était « castratrice ». Et j’ajoute : carrément immorale. Qu’en plus, le pape en question signale la présence massive de ce qu’il croit être une déviation coupable dans l’Eglise, là même où l’idée de Dieu est omniprésente, montre bien que nous sommes en face d’une argumentation sans la moindre cohérence, qui nie son point de départ accusant au contraire l’absence de cette idée ! Décidément : pauvre Eglise !

                                            Yvon Quiniou, auteur de Critique de la religion. Une imposture morale, intellectuelle et politique ( La Ville brûle).

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