Ne pas psychologiser l'islamisme

Ramener la dérive meurtrière des islamistes à un facteur psychologique est insuffisant.Car celui-ci a lui-même un enracinement social et il y a la causalité socio-politique d'ensemble de l'impérialisme occidental que l'on occulte cyniquement. Mais tout autant, il y a la responsabilité de la doctrine islamique qui offre une justification à cette violence. Je le rappelle une dernière fois.

Ne pas psychologiser l’islamisme

 

Une tendance désolante se fait jour à gauche, tous partis confondus, face à la barbarie islamiste qui vient encore de frapper : ramener les actes terroristes à un déséquilibre psychologique personnel de ses agents qui auraient " la rage », comme il a pu être dit dans un journal du soir, ou qui seraient en proie à la haine ou à la pulsion de mort. C’est oublier plusieurs choses que je me sens en devoir de rappeler.

D’abord, cette dimension psychologique est elle-même à situer, dans beaucoup de cas (pas dans tous), dans un contexte social, familial ou éducatif délabré. Tout le monde n’a pas la rage et celle-ci survient lorsque les conditions de vie sont désastreuses (chômage, exclusion, quartiers défavorisés), marquées aussi par des déficits éducatifs énormes qui poussent à la violence, dont le djihad est alors un exutoire facile aujourd’hui. C’est dire que la psychologie du djihadiste est socialement enracinée et il ne faudrait pas que, isolée du reste, elle serve à innocenter la société de ses méfaits sur les individus.

D’autant plus que, au-delà de ce lien au social, il y a une causalité socio-politique directe et autonome qui est à l’œuvre dans la montée de l’islamisme depuis plusieurs années, que la plupart des politologues admettent mais que les hommes politiques occidentaux dénient cyniquement parce qu’ils en sont, à leur manière, responsables. C’est l’impérialisme économique  que tous les pays du Moyen-Orient subissent de la part de l’Occident, y compris lorsque des oligarchies locales en profitent au détriment de leurs peuples. Celui-ci se développe à travers des stratégies géopolitiques ou carrément des interventions guerrières qui déstabilisent des régimes en place et ouvrent alors la porte à l’influence de l’islamisme radical. Et je n’ose même pas rappeler les trafics d’armes qui nous rendent complices des pires Etats comme celui de l’Arabie saoudite ou du Qatar. L’islamisme a donc aussi et malheureusement une signification directement politique : il peut être vu comme une réaction à cette situation d’oppression, légitime non dans ses moyens, qui sont horribles, mais dans sa motivation globale. Et  l’on se souviendra, contre M. Valls, qu’expliquer, ce n’est pas excuser !

Enfin, j’en viens à ce qui me paraît le plus scandaleux et qui s’apparente à une véritable démission intellectuelle : le refus de voir que l’islamisme trouve une justification intellectuelle dans sa doctrine originelle, le Coran lui-même. Quand on l’a lu d’un peu près, on est stupéfait par la violence meurtrière dont il est porteur explicitement à l’égard des infidèles et surtout, des incrédules ou des athées qui sont régulièrement voués à la mort. Sans compter d’autres aspects insupportables du Coran qui sont en jeu ici, comme l’invitation faite de se soumettre inconditionnellement aux préceptes divins, le refus de l’autonomie de l’homme dans l’édiction de ses règles de vie, celui corrélatif du moindre questionnement qui en fait la matrice d’une religion  obscurantiste, dogmatique, intolérante, donc potentiellement violente, et, dans le domaine des mœurs, un mépris de la sexualité libre, avec une homophobie virulente, qui alimente idéologiquement cette fois-ci, la haine du monde occidental comme on l’a vu aux Etats-Unis. Car c’est bien une forme de liberté vitale qui y a été rejetée ! Dans ce cas (comme dans d’autres) ni le recours à la seule psychologie, ni l’argument du déficit éducatif ou culturel, ne sont opératoires puisque la violence émane d’individus   incontestablement cultivés.

Non, ce qui est en cause c’est donc bien aussi (pas seulement) une doctrine religieuse qui est une forme de fascisme idéologique et que quelques intellectuels d’envergure et de culture musulmane, comme le regretté Medebb ou le poète Adonis, ont eu le courage de dénoncer avec autant de rigueur que de vigueur. Certes, l’islam n’est pas la seule religion violente ou présentant des défauts analogues : le christianisme d’Eglise a lui aussi été barbare au Moyen-Age et son rapport à la sexualité n’est pas clair. Mais, contraint et forcé, il a su évoluer en partie et s’apaiser. Ce n’est pas le cas de l’islam, qui en est resté à son Moyen-Age et fournit les « germes » de l’islamisme. Aucun calcul politicien (il y a un électorat musulman) ne saurait justifier que la raison s’incline devant lui. On doit se souvenir avec Goya que « le sommeil de la raison engendre des monstres ».

               Yvon Quiniou, philosophe. Auteur de Pour une approche critique de l’islam, H§O.

 

 

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