Les religions et la question de l'homophobie

Une scandaleuse manifestation d'homophobie s'est déroulée récemment à La Roche-sur-Yon, visant des associations qui défendent la liberté sexuelle de chacun. Elle a été condamnée unanimement par le personnel politique local, y compris Bruno Retailleau. Mais avec un paradoxe: celui-ci défend ostensiblement une religion qui condamne l'homosexualité. Hypocrisie politicienne?

                                               Les religions et la question de l’homophobie 

Les lecteurs de Médiapart de ne savent peut-être pas  (bien que France Inter en ait parlé récemment) : la ville de La Roche-sur-Yon a été le théâtre, samedi dernier, d’une scandaleuse manifestation de nature homophobe visant des associations réunies pour défendre disons le droit à la différence sexuelle des homosexuels, des lesbiennes, des bisexuels et des transgenre. Cela s’est traduit par des bousculades physiques, en présence d’enfants, et par l’expression de slogans insupportables comme « Homopholie, ça suffit. » Ces agresseurs haineux étaient des militants d’extrême-droite se réclamant  en partie du mouvement la « Manif pour tous » et, en même temps, des étudiants de l’ICES (Institut catholique d’enseignement supérieur) créé autrefois par Ph. de Villiers et au sein duquel il semblerait qu’ils mènent un combat sectaire, guère combattu par sa direction dit-on.

Le journal Ouest-France (proche d’un christianisme social) a largement rendu compte de ces  incidents et s’est très bien fait l’écho des réactions unanimes de personnalités locales de tous bords ou d’associations progressistes, dont je résumerai l’esprit à ma manière et pour mon propre compte : l’orientation sexuelle de tout un chacun n’a pas à être jugée et condamnée moralement dès lors qu’elle ne porte pas atteinte à la dignité d’autrui et implique son consentement dans la relation. Conséquence de ces faits et de ces réactions : l’intervention de la justice, avec des condamnations juridiques à venir pour les agresseurs, et une réaction de défense de l’ICES (qui recrute, au demeurant, dans la bourgeoisie locale vu le montant de ses frais d’inscription), dont on a pu souligner la complaisance envers ces étudiants militant en son sein,  mais qui va être amenée, du coup, à les sanctionner… au moins pour la sauvegarde de sa réputation !

On pourrait s’arrêter là, sauf qu’il faut souligner un paradoxe de taille dans un département qui est le plus à droite de France (avec l’Alsace) et sans soute aussi le plus religieux : parmi les personnalités qui ont réagi ainsi, et à juste titre, il y a Bruno Retailleau ou des dirigeants locaux de la même mouvance idéologique que lui. Leur indignation est saine, mais quelque peu (sinon très) hypocrite. Car ils professent et militent publiquement pour la religion catholique, la mettant en avant comme lorsqu’ils installent une crèche de Noël dans l’hôtel du Département ou la soutenant financièrement de diverses manières, y compris quand il s’agit de l’ICES dont l’enseignement s’apparente pourtant à un endoctrinement religieux et non à un lieu de libre formation de la pensée. Or, et c’est là le paradoxe, cette religion condamne expressément, dans des termes extrêmement violents, l’homosexualité, considérée comme « contre-nature » et, plus largement, la sexualité et ses plaisirs charnels. Tout cela sur fond d’un mépris affiché du corps, source de  tentations, sinon de péchés, qui nous éloignent de l’esprit humain et de sa vocation divine. L’Eglise catholique n’est d’ailleurs pas seule en cause : les deux autres religions monothéistes font de même, avec une sévérité particulière de la condamnation dans l’Islam. La conséquence s’ensuit : une répression de la sexualité qui est compensée curieusement mais logiquement (c’est le « retour du refoulé »), voire scandaleusement (quand il s’agit de pédophilie), au sein même de cette Eglise chez ses membres, qui pratiquent entre eux cette homosexualité qu’ils dénoncent chez les autres et dont la réalité vient d’éclater au grand jour. Ce qui est grave, ici, ce n’est pas cette pratique, bien entendu, mais sa condamnation et sa dénégation officielles – bref l’énorme hypocrisie dont elle s’accompagne, avec ses effets pervers en interne et en externe.

Il serait donc bon que tous ces hommes politiques croyants, souvent proches eux aussi de la « Manif pour tous », fassent un pas intellectuel en avant et se décident à interroger d’une manière critique leur propre religion à la lumière de la raison, cessent d’accepter ceux de ses impératifs de vie qui sont insupportables humainement (car il y en a d’autres qu’on peut accepter), arrêtent de brandir la Croyance en une transcendance comme un étendard politique, sinon politicien (voir Macron), et prennent clairement parti pour une laïcité intransigeante qui respecte les personnes, quelles qu’elles soient, et récuse ce qui, dans les diverses confessions tend à meurtrir le corps et à rendre l’être humain malheureux.

                                                                  Yvon Quiniou

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