Comment parler honnêtement des ex-pays de l'Est?

Décidément l'anti-communisme n'est pas mort. "Le Monde" vient d'interviewer une championne de natation de l'ex-Allemagne de l'Est qui avait été dopée pour réussir: pas un mot sur ce qui se passe en Occident dans le sport! Par ailleurs, il fait parler A. Adller, qui se permet de souhaiter la disparition de l'idéal communiste, qu'il confond avec qui s'est fait à l'Est . Quelle tristesse!

                                  Comment parler honnêtement des ex-pays de l’Est ?

L’intérêt des vacances c’est qu’on peut lire des articles qu’on ne lirait pas autrement, quitte à avoir de mauvaises surprises. C’est ainsi que le journal « Le Monde » vient à nouveau de me décevoir par son anti-communisme discret mais retors et détestable. En deux temps.

D’abord une série d’articles donne la parole à d’anciens dissidents de l’ex-Allemagne de l’Est, dont une ancienne championne de natation. Que celle-ci, qui avait réussi à fuir son pays, dénonce la manière dont les sportifs y étaient dopés, est très bien en soi. Sauf qu’elle a accepté sans sourciller le dopage et qu'elle en a bénéficié socialement sans regret apparent, ce que le journal ne dit pas et qu’il aurait dû dire. Mais surtout, on est étonné de ne pas la voir s’indigner du même dopage lorsque il a lieu dans l’Occident capitaliste. Or tout le monde sait que c’est un fléau qui affecte tous les sports, y compris en France. Mais en plus, il y a des méthodes de « formatage » des sportifs, dont elle a été victime, qui se retrouvent totalement dans ce même Occident, comme l’exemple du cyclisme nous en fournit une preuve désolante avec l’équipe qui a remporté récemment le Tour de France : on fabrique ainsi des « machines à gagner » et non des sportifs.

Mais ce qui est tout aussi décevant dans ce reportage (ainsi que dans l’autre) c’est l’obsession à parler de l’ex-Allemagne de l’Est comme si c’était un pays communiste ! Or c’est n’avoir pas lu Marx ou ne pas l’avoir compris que de le qualifier ainsi, de même d’ailleurs que l’ensemble des pays de l’ex-bloc soviétique. Sans pouvoir développer ici, il suffit de rappeler que le communisme pour Marx, instauré à partir des conditions économiques et sociales d’un capitalisme développé, était intrinsèquement démocratique : c’était une démocratie élargie, le « mouvement de l’immense majorité dans l’intérêt de l’immense majorité » et centré sur un objectif d’épanouissement des êtres humains, dans la liberté. Que vient faire ici l’idée d’un « communisme » en Allemagne de l’Est qui serait responsable de l’aberration dénoncée plus haut ?

Ensuite, il y une interview, elle aussi ahurissante, en tout cas sur ce plan, d’A. Adler à propos du « mélange des cultures et des civilisations ». Je passe sur ses connaissances d’historien, incontestables, et sur les idées, inégales, qu’il défend. Le plus grave c’est, au passage et venant d’un ex-communiste que j’ai fréquenté avec sympathie autrefois à ce titre, cette affirmation brutale et non argumentée : « Nous observons la caducité d’une pertinence révolutionnaire qui a duré deux siècles. Cela passe par la dissolution du communisme. » Phrase incroyable, sans justification donc, et qui ne trahit pas vraiment un fait qui serait définitif, puisque on assiste à une remontée partielle  de l’idéal socialiste dans certains pays occidentaux comme l’Angleterre ou les Etats Unis, ou d’autres, qu’il y a aussi la Chine, le Vietnam et Cuba (malgré leurs défauts éventuels) et que, de toute façon, l’histoire n’est pas close et peut nous réserver des surprises. Ce soi-disant constat érudit n’est rien d’autre que l’expression déguisée d’un souhait (voir la 2ème partie du propos). Et en plus il fait fi de la remontée en puissance des idées de Marx dans le monde intellectuel et universitaire, qu’il ne paraît plus connaître et que le journal où il parle a déjà largement indiqué. Par contre, ce qui est sûr c’est qu’il est le témoignage vivant, et paradoxal, vu ce que je viens de signaler, des nouvelles bouffées d’anti-communisme (ou d’anti-socialisme, peu importe le terme ici) qui agitent nombre d’intellectuels qui ont viré à droite, par souci de leur carrière médiatique ou de leur carrière tout court, la plupart du temps. Et cela alors que le  monde actuel, qu’on l’appelle « culture » ou « civilisation », nous montre le spectacle désastreux et grandissant d’un capitalisme largement mondialisé. C’est de cela que « Le Monde » (et d’autres journaux aussi) devrait avoir la probité de se faire l’écho et, entre autres, en parlant de ce qui se publie dans le camp des intellectuels qui n’ont pas renoncé, comme A. Adler, à changer notre société pour abolir son inhumanité croissante. L’exigence morale en politique existe, non ?

                                   Yvon Quiniou, auteur de « Retour à Marx », Buchet-Chastel.

NB : Une dernière remarque : alors que les quatre composantes de la gauche (Verts, Socialistes, Insoumis, Parti communiste) tentent de se regrouper et de s’entendre, « Le Monde » interviewe des représentants des trois premières composantes, mais oublie curieusement ( ?)  de faire parler un responsable communiste !

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