Laïcité: quand Blanquer, cette fois, a raison

Notre ministre de de l'Education nationale, Blanquer, vient de critiquer la FCPE pour avoir produit une affiche qui montre une musulmane voilée incitant à participer aux sorties scolaires, et ce à l'approche des élections des associations de parents d'élèves. Il y a là une forme de prosélytisme intolérable dans l'Ecole de la république, qui doit défendre une laïcité intransigeante.

                                       Laïcité : quand Blanquer, cette fois, a raison

Notre ministre de l’Education nationale, Blanquer, vient d’intervenir dans notre débat laïque d’une manière que j’approuve, dans ce cas, totalement, à l’encontre d’une gauche, tous partis confondus, qui est en train de renoncer aux principes qui ont fait sa dignité dans le passé.

Je rappelle la situation en cause. La FCPE (Fédération des parents d’élèves de l’école publique), dont il faut savoir qu’elle a été et est influencée par le PS ou l’ancien PS, dans le cadre des futures élections des représentants des parents d’élèves (ce qui n’est pas anodin) a produit une affiche (parmi d’autres, il est vrai) présentant un femme voilée, donc musulmane déclarée, se proposant d’accompagner son enfant, ainsi habillée, dans une sortie scolaire officielle. Or cette affiche est scandaleuse : elle permet à une croyante (et pas n’importe laquelle dans notre conjoncture actuelle) de montrer ostensiblement sa croyance dans le cadre d’une activité qui relève de l’Ecole publique, voire d’en faire la propagande. Or cela est inadmissible dans le contexte scolaire républicain qui est le nôtre et qui devrait constituer un modèle pour le monde entier – ce qui n’est pas le cas, hélas. Car, il faut s’en souvenir, l’Ecole républicaine, depuis la loi de 1905, ne saurait admettre un quelconque prosélytisme en faveur de telle ou telle confession, en son sein : c’est l’éducation à la raison qui, seule doit la régenter, ce qui exclut toute affirmation religieuse partisane et tout signe qui la manifesterait. Sans quoi on ouvre la porte, comme l’indique justement notre ministre Blanquer, au communautarisme, à l’affirmation intolérante, sinon agressive, des différences religieuses, dont on sait, en plus, qu’elles sont et ont toujours été en guerre entre elles pour la prééminence. Ce qui ne veut pas dire, en passant,  que l’Ecole républicaine doive de déclarer athée : elle doit  seulement être agnostique, ne pas se prononcer dans le domaine spirituel et laisser chacun faire son choix, éclairé toujours par la raison universelle, présente en chacun, jusqu’à preuve du contraire !

Derrière tout cela, il y a de la part de la FCPE, une stratégie électoraliste en direction des parents d’élèves musulmans, à l’approche d’élections qui vont décider de son importance représentative et donc de son pouvoir auprès du gouvernement. Pourquoi, tant qu’à faire, ne pas présenter des parents d’élèves affichant leur foi catholique ou juive… voire leur athéisme (qui est ma conviction personnelle) ? Cette motivation, essentielle bien entendu, révèle à quel point la moralité sociale fond comme neige au soleil dans la champ public, y compris (mais je n’insiste pas) dans les partis de gauche, tous confondus selon moi, hélas, qui eux aussi  essayent de séduire un électorat croyant, sans s’apercevoir qu’ils courent après un électorat qui à la fois se réduit et vire à droite. Bref, cela relève d’une stratégie politique qui est lamentable sur le fond, faisant fi des valeurs inhérentes au progressisme, dont la laïcité intransigeante est un élément constitutif. Il est curieux, et même attristant pour moi, de voir que c’est un ministre de droite, avec lequel je ne suis pas d’accord par ailleurs, qui défend ici mon idéal résolument de gauche.

                                                                        Yvon Quiniou

NB : Une pétition de psychanalystes parue dans Le Monde, dénonce justement la dérive vers la valorisation et l’essentialisation des différences, y compris de race (c’est le « racialisme »), qui engendre le communautarisme et une forme subtile de racisme, contraire à l’humanisme universaliste. Ce combat, totalement justifié, rejoint la (ma) défense d’une laïcité intransigeante.

 

 

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