L'islam égale les Lumières, la démocratie, la liberté?

Dans un livre d'échanges, déjà ancien et de qualité, entre Houellebecq et B.-H. Lévy, celui-ci défend l'islam d'une manière ahurissante et scandaleuse, intellectuellement et moralement: il considère qu'il "n'est nullement, en tant que tel, étranger à l'esprit des Lumières,de la démocratie, des libertés". Il s'agit ici de démontrer que c'est l'inverse qui est vrai, si l'on fait appel à la raison.

                                   L’islam égale les Lumières, la démocratie, la liberté ?

Je lis, avec retard hélas, un excellent livre d’échanges entre Houellebecq et B.-H. Lévy – je dis bien excellent, malgré mes forts désaccords politiques avec eux, Ennemis publics (J’ai lu, 2008).  Houellebecq y fait la preuve de sa grande intelligence et Lévy, malgré ses faiblesses philosophiques, de sa capacité d’écoute et de sa qualité d’écriture. Pourtant, j’ai été non seulement choqué mais indigné, tant politiquement que intellectuellement, par un passage de ce dernier sur l’islam, distingué par lui de l’islamisme (p. 235), que je cite textuellement : « Je pense, sincèrement, que l’islam n’est nullement, en tant que tel, étranger à l’esprit des Lumières, de la démocratie, des libertés »..Dans ce cas, la question n’est pas de savoir s’il est sincère en disant cela, mais s’il dit vrai : or cette affirmation est totalement fausse Je sais qu’il lit la Bible régulièrement, mais je ne suis pas du tout sûr qu’il ait lu le Coran, base de l’islam, comme je l’ai fait, pour en avoir le cœur net, ce qui a donné Pour une approche critique de l’Islam (H§O). J’insiste : ce propos est inacceptable venant d’un intellectuel philosophe, qui se réclame des textes (voir ce qu’il dit avoir appris de Derrida), et je lui opposerai d’abord ce  jugement minimal de Marcel Conche : « Texte ennuyeux. Il n’y a rien à en tirer » et surtout ma démonstration qui va suivre, avec laquelle seraient d’accord bien des intellectuels progressistes d’origine musulmane comme Adonis, Meddeb, etc.

1 Le Coran est un texte terriblement dogmatique, pour lequel la vérité sur le monde et l’homme ne vient pas de celui-ci, mais de Dieu (Allah) via Mohamed, son prophète. Et s’il a pu s’ouvrir aux sciences mathématiques et physiques un temps (à la fin du Moyen-âge), il s’est bloqué devant la biologie scientifique quand elle apparu puisqu'elle touchait à l’homme et il a refusé et continue de refuser Darwin ! Où est l’esprit des Lumières ici, que Kant résumait par « Ose penser par toi-même !» ? C’est au contraire à une aliénation de l’intelligence que nous avons affaire devant la parole supposée divine..

2 Ce dogmatisme se traduit dans le champ religieux par un totalitarisme féroce, que ceux qui ignorent le Coran, doivent connaître, même si quelques rares versets de ce livre y apportent des nuances. Il n’y a qu’une seule religion vraie, la musulmane, et si un pays voisin ne la pratique pas et paraît constituer une menace, au moins symbolique, il faut l’envahir et faire disparaître ses propres croyances, y compris aux prix du crime pour ses adeptes. Le polythéisme est aussi visé, mais il bénéficie d’un délai de trois mois pour se convertir : passé ce délai, on l’envahit de la même manière, avec la même conséquence pour sa religion et ses pratiquants. Enfin, l’athée est considéré comme un mécréant, un infâme et il doit se convertir, sinon il est tué – je dis bien : tué. Je pourrais donner un témoignage personnel de ce point face à une femme musulmane rencontrée en Italie, qui m’a fait froid dans le dos et qui  m’a confirmé ce point, en toute sérénité, mais ce serait trop long ; il suffit de voir ce qu’il advient des athées « déclarés » dans les pays musulmans, qui se cachent ou fuient à l’étranger pour éviter ce verdict. Où est la liberté, ici ?

3 Dans le champ de l’organisation politique et sociale, il y a la « charia » qui stipule que la loi ou les règles régissant non seulement la vie religieuse, mais la vie politique, sociale et individuelle (dans le domaine des mœurs  en particulier) vient de dieu et est inscrite dans le livre sacré. Où est la démocratie ici, qui suppose que le peuple soit souverain dans on organisation civile et en décide par le vote ? Principe politique évident désormais, que les Lumières aussi ont défendu en tant que tel, à travers Rousseau d’abord. On ne peut pas dénoncer le stalinisme et accepter cette nouvelle tyrannie idéologique, religieuse en plus.

4 S’agissant des mœurs, ici aussi c’est une catastrophe. L’inégalité homme/femme prévaut absolument, y compris dans des détails concrets comme l’héritage, la polygamie autorisée aux hommes ou les violences imposées aux femmes en cas de soupçon d’adultère, la tenue vestimentaire, etc. Enfin, et tout autant, le rapport à la sexualité témoigne d’un mépris du corps, d’un rabaissement de la sexualité féminine (avec la tenue vestimentaire, à nouveau, destinée à masquer leur corps) et, enfin, une condamnation officielle de l’homosexualité qu’aucune autre religion n’a  à ce point dévalorisée… jusqu’à être plus sévère à l’égard de la sexualité "active"qu’à l’égard de la sexualité "passive" ! Et je passe sur les souffrances infligées dans l’enfer aux homosexuels. A quoi j’ajouterai l’immense hypocrisie qui consiste, comme dans l’Eglise catholique, à condamner publiquement ce qu’on pratique !

Je conclus, par deux remarques. Tout ce que je dis là, le lecteur en trouvera la confirmation précise dans mon livre que j’ai cité, références incluses. Et il est vrai que ces immenses défauts, les autres religions les ont connus aussi, mais elles les ont, plus ou moins, dépassés et la religion juive, que Lévy admire au point de s’en réclamer, n’y échappe guère, ce me semble, laquelle est au surplus une « orthopraxie », une religion qui surestime la pratique cultuelle. En tout cas, le Coran, donc l’islam, comporte une « barbarie » propre et intrinsèque qui est rigoureusement à l’opposé de ce que Lévy en affirme. Comment peut-on à ce point errer : manque d’intelligence, de lucidité, parti pris idéologique, aveuglement ? C’est difficilement compréhensible venant d’un homme qui semble, par ailleurs et en dehors de sa formation intellectuelle, posséder une forme d’humanisme moral qui transparaît dans ces échanges, même s’il se trompe politiquement sur sa traduction véritable en politique, qui l’obligerait à aller voir du côté de Marx, qu’il récuse. Quant à la distinction partout répandue de l’islam et de l’islamisme qu’il reprend à son compte, elle  est tout aussi infondée : comme l’a fait remarquer justement un jour J.-F. Kahn, dans « islamisme » il y a « islam » et il faut être bête (Kahn employait un mot plus fort) pour ne pas s’en apercevoir. Et qu’on ne voit pas dans tout ce commentaire une quelconque « islamophobie », terme qui sert à déconsidérer  ceux qui critiquent l’islam : cette critique n’a rien d’une phobie (processus irrationnel, délirant et pathologique), elle repose seulement sur l’usage de la raison laïque que nous avons tous à notre disposition  et qui paraît défaillir chez notre auteur !

                                                                                                  Yvon Quiniou

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.