Le cynisme de l'associatif.

Eloge de l'exploitation de l'homme par l'homme.

Petit, j'ai lu "La ferme des animaux". Ce livre m'a fait une impression assez forte car j'y ai tiré un ou deux enseignements qui me servent encore de boussole morale aujourd'hui: gare à ne pas transformer une bonne intention en trahison, gare à ne pas tirer profit de la bonne volonté des autres.

Cela fait dix ans que je travaille dans l'associatif dans une structure qui est subventionnée largement par les deniers publics. Y compris par moi car je suis cotisant, habitant la commune concernée par l'activité de ladite structure.

Les intentions culturelles et sociales de cette association sont louables, il y est question d'émancipation et de partage. Très bien. Je ne peux être que d'accord.

Hélas, c'est dans la mise en oeuvre que cela devient tout autre chose.

J'ai assisté hier à une énième présentation de bilan et d'objectifs et ai été profondément choqué par ce que j'y ai pu voir et entendre.

Dans le secteur associatif, le socle est constitué par les bénévoles. Ce sont normalement des gens qui, de leur propre volonté, donnent de leur temps et de leur énergie pour servir l'autre en toute liberté. Cela peut être louable dans le cas de l'humanitaire et du social, quand il s'agit de distribuer de la nourriture à des pauvres morts de froid ou bien de vacciner des gens démunis dans des zones tropicales.

Seulement, cette bonne volonté est utilisée aujourd'hui massivement dans le secteur associatif français culturel et sportif d'une manière extrêmement glauque et cynique. Dans un but affiché d'économie budgétaire, totalement assumé par des conseils d'administration pourtant constitués eux-mêmes de bénévoles.

Hier donc, j'ai pu être le témoin d'une scène qui m'a parut ahurissante mais qui n'a pas fait réagir un des mes collègues permanents. Le responsable de notre structure a présenté dans le budget de l'association le total des heures effectuées par les bénévoles, chiffré en euros de salaire économisé, comme rentrant dans la case "profits" du volet budgétaire!

C'est la légitimation de l'exploitation de l'homme par l'homme! On comprend dans ces conditions que Gattaz veuille faire "rentrer le bénévolat dans l'entreprise".

De plus, l'utilisation des contrats de "services civiques" est courant. Là aussi, le cynisme est à son comble: sous couvert "d'aider les jeunes" on paye 500 euros par mois des travailleurs déguisés, repeints en "bénévoles". Alors même qu'ils ont tous les attributs du salarié: contrat, horaires, missions. Seulement ils disparaissent des chiffres du chômage, pratique. Bon pour le gouvernement, bon pour les associations. Mauvais pour le jeune.

Dans ces conditions, il convient selon moi de dénoncer ces pratiques partout où elles ont cours. Il est inacceptable que NOTRE argent public subventionne de telles pratiques. D'autant plus que les politiques sont parfaitement au courant de ces pratiques, quand elles ne les encouragent pas.

Résistons à l'exploitation rampante, à la décomposition morale qui ronge les bonnes volonté et qui transforme nos jeunes en créatures désabusées puis cyniques à leur tour.

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