#balancetonporc : Et si on réfléchissait sur la notion de virilité ?

Derrière chacun de ces énergumènes il ne faut pas oublier que se cache un immense complexe d’élevage et de conditionnement toujours en activité, et qui s’appelle le patriarcat.

Le tsunami créé par l’affaire Weinstein au travers des hashtags #balancetonporc et #metoo révèle à mes yeux plusieurs choses :

  1. On ne parle pas d’anecdotes mais bien de traumatismes qui restent gravés à jamais dans la mémoire de chaque victime. Sans compter qu’une seule femme croisera la route de multiples harceleurs au cours de sa vie.
  2. On ne parle pas non plus de séduction mais bien prédation, de domination. Cela peut se traduire dans les faits par du harcèlement à dose homéopathique mais répétitif, du chantage à peine dissimulé, des ultimatums, voire de véritables agressions physiques et/ou psychologiques.
  3. les harceleurs n’ont pas de profil type mais un même but : assouvir une pulsion sexuelle et/ou asseoir leur domination. Ils se fondent partout quelles que soient leurs origines, leurs croyances, du plus jeune au plus vieux, du plus pauvre au plus riche, du plus inculte au plus érudit, du plus anonyme au plus célèbre, du célibataire au père de famille.
  4. Le fait qu’aujourd’hui les langues se délient autant sur les réseaux sociaux montre à quel point notre société et nos institutions sont encore incapables d’entendre et de protéger les femmes. Et ça malheureusement, les harceleurs ne le savent que trop bien.

 

Mais ça c’était avant. Du moins je l'espère.

 

N’en déplaise à beaucoup, c’est une bonne chose que toutes ces femmes nous jettent à la figure l’ampleur du phénomène car il faut crever l'abcès. Et même si quelques rares cas de diffamation avérée peuvent venir ternir le tableau, lesquels doivent être condamnés, il ne fait aucun doute que la honte doit changer de camp.

Le fléau du harcèlement doit être dénoncé et combattu partout où il s’exprime. Nos institutions ont un rôle majeur à jouer (coucou Monsieur le Président) mais il faut aussi changer les mentalités, et donc notre société.

Qu’est-ce qui fait que certains hommes se comportent mal et d’autres pas ? Et qu’est-ce qui amène les harceleurs à agir sans même culpabiliser ou craindre quoi que ce soit ?

Pour ce qui est du pourquoi du comment, du cheminement qui amène à ce genre de dérives, je laisse le soin aux féministes de décortiquer pour nous les multiples rouages du patriarcat. Les lire, du moins pour certaines, n’est jamais inintéressant car elles nous ouvrent les yeux sur beaucoup de choses.

Mais pour ce qui est de changer les mentalités, je pense qu’il faut se pencher et agir avant tout sur ce qui est au cœur de l’identité des hommes, de la perception qu’ils ont d’eux-mêmes, je veux parler de la virilité, notamment en tant que construction culturelle des attributions du masculin.

Là encore je n’ai ni le temps, et surtout, ni les compétences pour disserter sur le sujet, aussi je ne fais que proposer une piste de réflexion qui, je l'espère, trouvera un écho.

Lorsqu’on évoque la notion de virilité, un des premiers mots qui se retrouve associé est le mot courage. Pourtant, tous ces comportements qui sont dénoncés sont tout sauf du courage, tout comme nous savons que les femmes peuvent se montrer bien plus courageuses que les hommes.

 

Alors la question que je pose aujourd’hui est la suivante : Qu’est-ce que la virilité en 2017 ? Ce mot a-t-il encore un sens ?

 

Je crois vraiment que la réponse au harcèlement ne doit pas passer par une sorte de castration culturelle des hommes, mais par la redéfinition de la virilité au sein de notre société, et par l’éducation des garçons dès le plus jeune âge.

Je pose donc ça sur la table, en vrac :

  • La virilité doit-elle se mesurer au niveau d’agressivité ou de violence d’un homme ?
  • La virilité doit-elle se mesurer à la capacité d’un homme à s’en prendre à plus faible que lui ? À profiter de sa supériorité physique, de sa position hiérarchique, ou d’une situation avantageuse pour imposer sa volonté ?
  • Un homme, un vrai, doit-il nécessairement être un bad boy ? ou du moins faire style qu’il en est un ?
  • Est-ce qu’un homme, un vrai, a besoin de rabaisser les femmes pour se sentir viril, et pour être reconnu comme tel au sein d’un groupe ?

Pour ma part je ne le pense pas, et on voit bien qu’il y a quelque chose qui cloche, que tout cela n’est pas cohérent.

C’est donc sous cet angle qu’à mon sens il faut s’attaquer au problème. Déconstruire des comportements qui se veulent virils alors qu’en fait ils démontrent à chaque fois une grande lâcheté, une injustice, une véritable bassesse de l’esprit.

Un homme, un vrai, ça ne doit plus être comme ceux qui sont décrits aujourd’hui à travers les témoignages de femmes harcelées, car nous sommes bien d’accord, ceux-là ne sont que des porcs, au sens figuré du terme.

 

 

 

 

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