Lettre à mon cher Président

Lettre ouverte de Pierre-Baptiste Laforge au Président de la République...

Cher M. Macron, cher Président,

Quand un homme fait preuve de courage, il faut savoir l’en féliciter.

Je ne suis pas vraiment de votre bord politique mais je sais maintenant qu’il y a un combat que nous menons ensemble. Je tenais aujourd’hui à vous remercier pour le courage que vous et votre premier ministre avez montré pour le dernier remaniement ministériel.

Je ne vous parle pas du courage d’affirmer enfin une vraie politique de droite. Je ne peux que me réjouir de votre ouverture au Sarkhozisme car je crois fermement, comme vous, que le peuple a besoin d’autorité et de fermeté. Je ne vous reprocherai ni les mensonges nécessaires à la sécurité du pays (les masques ou autres broutilles) ni les passages en force de certaines de vos mesures, encore moins les répressions policières un peu musclées. Si on laissait le pays entre les mains du peuple, Dieu sait ce que cela donnerait !

Ce n’est pas de politique dont je veux vous parler mais de justice. Moi aussi, comme Gérald Darmanin, et comme de nombreux autres hommes, j’ai été persécuté et victime de lynchage. Dans d’autres proportions bien sûr puisque je ne suis qu’un simple cadre d’entreprise. Je n’avais pas de surcroît à supporter ni le poids des hautes responsabilités politiques ni l’exposition médiatique d’un ministre.

Il y a trois ans, une jeune collègue, est venue me voir car elle arrivait à bout de son contrat et souhaitait que je la recommande auprès du directeur. Je lui ai dit que je ne la connaissais pas suffisamment, car je savais que de toutes façons, la décision était déjà prise. Mais elle était sans doute désespérée, et elle a insisté. Elle m’a dit qu’elle ne pouvait pas perdre son travail et elle a décroisé les jambes en me regardant. J’ai tout de suite compris qu’elle me faisait des avances et je lui ai donc naturellement proposé de dîner au restaurant. Pour en parler plus tranquillement.

Au restaurant, comme je la voyais préoccupée, j’ai tenté de la rassurer. Je lui ai vaguement dit que je verrais ce que je pourrais faire. Elle s’est tranquillisée, et là, ses sourires faussement timides m’ont laissé penser que les affinités entre elle et moi pouvaient ne pas être seulement intéressées par une possible (mais peu probable vu le profil) reconduite de contrat. Voyez comme l’orgueil peut perdre un homme… En tout cas voilà mon erreur et à partir de là, tout s’est enchaîné jusqu’à ma perte.

Je l’ai raccompagnée chez elle. Elle n’a d’abord pas voulu que je monte, prétextant la fatigue. J’ai cherché à la mettre à l’aise. Bon, là, je vous passe les détails. En fait, nous avons été tous les deux victimes et coupables d’une situation pas très saine et un peu gênante. Elle, aveuglée par l’ambition et les facilités, incapable d’être claire dans ses intentions. Moi, perdu par mon orgueil d’homme flatté et par ma naïveté, et troublé dans mon jugement par son décolleté et sa mini-jupe. Oui, je ne dis pas que j’ai pas été maladroit, et, peut-être que j’ai mal analysé la situation, sans doute je voulais en profiter un peu, et, oui, c’est sûr, je n’aurais pas dû au final forcer sa volonté et, ok je le regrette un peu, j’ai sans doute manqué d’élégance. Mais franchement, des fois, je vous le dis entre nous, d’homme à homme, il faut être drôlement perspicace et prévenant pour ne pas se faire avoir.

Et pourtant… Si je vous racontais toutes les injures et toutes les menaces que j’ai reçues après cet épisode et après la plainte de Madame auprès de mes supérieurs. Malheureusement, je crois que c’est l’histoire de beaucoup d’hommes ! Comme je suis un peu de la vieille école (oui, je pense que faire un compliment à une jolie stagiaire, qui en plus vient au bureau sans soutien-gorge, c’est pas une faute professionnelle non plus), certains (ou plutôt certaines) en ont profité pour me faire passer pour un violeur en série ! Enfin, je dis certaines mais c’est sans compter Marlène, qui est pourtant très féministe, et qui m’a toujours soutenu. Elle comprenait bien que les circonstances étaient particulières. D’ailleurs Marlène, je l’ai prise depuis comme secrétaire, elle est parfaite, je l’adore.

En tout cas, heureusement qu’il existe des hommes courageux et droits comme vous et comme mon patron de l’époque qui ne cèdent pas à la facilité en destituant des personnes talentueuses et productives pour l’entreprise ou pour le pays, sous la pression de la menace et du qu’en dira-t-on ! Quoique mon patron, il a pas eu les c*******, pardonnez-moi l’expression mais elle est fort à propos, comme vous de me promouvoir à ce moment là. Il préférait attendre “que ça se tasse un peu”, comme il disait, “pour l’image de l’entreprise” (vous, au moins, vous ne vous arrêtez pas à ce genre de détails et je vous admire pour cela). Et la séparation entre vie privée et vie professionnelle ? On en fait quoi ? Et le droit à l’erreur, tout simplement ? Le droit de passer à autre chose, le droit à l’oubli ? Personne n’est parfait, non ? Oui j’ai fait une erreur, ça arrive à tout le monde, mais ça y est j’ai payé ! L’erreur est humaine, surtout dans certaines circonstances… Et les hommes changent, évoluent. Les femmes aussi d’ailleurs. Parfois…

Comme l’enquête interne n’avait rien donné, la demoiselle n’en est pas restée là, elle a voulu se venger jusqu’au bout. Pourtant, c’est elle qui n’avait pas été claire, au départ. Bref, elle a déposé plainte au Tribunal, pour “viol”. C’est la première fois que ça m’arrivait. Bon je suis ressorti libre, Dieu merci, parce que la fille n’avait aucune preuve (enfin, en tout cas pas assez). Mais quelle épreuve, quand j’y repense ! Quelle honte pour moi, devant ma famille, mes clients, mes collègues, d’étaler comme ça ma vie intime ! Même si cela ne m’a pas empêché d’avoir une belle carrière, cette histoire me pèse toujours aujourd’hui. Alors que, en fait elle savait qui avait le pouvoir et c’est pour ça qu’elle est venue me voir. Donc voilà, j’ai été doublement acquitté, par mon patron puis par le juge, et je dois continuer de payer ? Et de porter une pancarte violeur au-dessus de ma tête ? N’y a-t-il plus de Justice ?

Heureusement qu’il y en a encore des défenseurs de la Justice ! Comme vous ! Comme M. Castex ! Ou comme M. Dupond-Moretti, un homme qui n’hésite pas à dire ce qu’il pense, même quand c’est politiquement incorrect et pas dans l’air du temps ! Ça n’existe pas la liberté d’expression ? Et qui n’hésite pas non plus à défendre des hommes qui, comme moi, comme Darmanin, comme tant d’autres, certes ont pu commettre, dans des circonstances particulières, des erreurs. Mais des erreurs souvent partagées et dont ils ont été finalement les premières victimes.

En tout cas merci, Monsieur Macron, vraiment. En ces temps confus, radicaux, troublés politiquement, nous avons besoin de repères, de direction claire et d’autorité. Nous avons besoin de savoir de quel côté vous êtes, qui vous défendez et là, le moins que l’on puisse dire, c’est que le message est clair.

Vous êtes de notre côté Monsieur le Président et je m’en réjouis.

Vive la justice ! Vive la police !

Et vive l’amour ! Vive la liberté ! Vive la séduction ! En deux mots, vive la culture française !

Pierre-Baptiste Laforge.

PS :

J’espère que vous m’en voudrez pas, j’ai voté Fillon en 2017, et d’ailleurs, je continue de penser qu’avec lui, on n’en serait pas où on en est aujourd’hui. Tout ça à cause d’une autre histoire de lynchage et de droit à l’innocence bafoué. Mais ça y est ! La France reprend le bon chemin. Celui où on ne se pose pas de question, celui où on ne perd pas tout notre temps en politesse et en diplomatie, en commissions et en discussions sans fin, où on n’est pas en permanence bloqués par des manifestations et opinions diverses et où les associations ne font pas la loi ! Bordel, c’est vous qui faites la loi, non ? Alors il est où le problème ? Si on n’a pas confiance en notre Président quand il affirme qu’un homme est innocent (disons pas suffisamment coupable), où va-t-on ? Monsieur, bravo et merci encore. En 2022, c’est décidé, cette fois, je vote pour vous, et pour le changement que vous incarnez.

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Note : Pierre-Baptiste Laforge est un personnage fictif. Cette lettre a été écrite dans l’intention de mettre en évidence les contradictions des discours de justification, de banalisation ou de déni des violences faites aux femmes (abus de pouvoir, harcèlement, agressions sexuelles, etc.), mais aussi de dénoncer la violence et la dangerosité du message envoyé par le récent remaniement.

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