Je suis inquiète

Après plusieurs années de lutte et de répression policière, je ne devrais pas m’émouvoir de cette scène que je viens de voir, filmée hier soir à Paris, avant l’heure du couvre-feu. Je suis habituée à ces méthodes de milice intimidant le quidam, aux abus de pouvoir, mais là, c’en est trop.

Paris, 24 octobre 2020 © Le Média Libre

Mais pour qui se prennent-ils ? Pour qui nous prennent-ils ? D’où viennent ces ordres ? Ça ne leur suffit pas de bâillonner, d’enfermer les gens, de les laisser crever de faim, tout en les obligeant à aller travailler, quoi qu’il en coûte ? Dans mon département, c’est plus simple, ils ont tout fermé. Bistrots, salles de sport, de jeux, piscines, patinoires, manèges équestres (quelle précision !), salons, expositions… Susceptibles de promouvoir l’idée qu’une vie en plein air serait encore possible, les magasins d’articles de sport sont également fermés toute la journée. La plupart des terrasses rennaises sont closes et les cow-boys de notre BAC locale n’auront donc pas le loisir d’imiter leurs petits camarades parisiens. Ouf !

Jusqu’ici, j’arrivais encore à rigoler des mesures prises ou des déclarations délirantes des exécuteurs des libertés, installés là en lieu et place d’un exécutif censé être compétent. Tout en m’énervant un peu plus chaque jour, j’osais tout de même espérer qu’on allait s’en sortir, mais aujourd’hui, je doute. Dix jours que le prof a été assassiné et la tension monte, l’ambassadeur de France en Turquie a été rappelé après qu’Erdogan ait conseillé à Macron de « se faire soigner ». Déjà, depuis quelques jours, le boycott des produits français se répand en Turquie, en Iran, au Koweït, en Jordanie, au Qatar, des vols en direction de la France sont annulés et des rencontres ou des expositions reportées.

Hier, j’étais préoccupée, mais en voyant cette vidéo où toute une brigade débarque aux abords d’une terrasse de bistrot pour faire se lever tous ceux qui, assis à une table, ne respectaient pas la fameuse distanciation sociale, je suis horrifiée. Tout se mélange : la guerre, l’état de guerre, le couvre-feu, la peur qui permet tout. À chaque fois, nous croyons avoir tout vu, tout entendu, et ils en remettent une couche ! Un assassinat et tous ceux qui posent des questions sont des islamo-gauchistes. Une pandémie et ils ne peuvent rien faire d’autre que nous enfermer, incapables qu’ils sont de penser et d’agir pour le bien. Nos gouvernants incarnent aussi le pire.

Vivement la Libération !

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