Pourquoi demain je ne voterais pas utile.

Au deuxième tour des élections régionales 2015 je ne participerais pas au front Républicain dans l'Est. Voici pourquoi.

Au soir du premier tour des élections régionales 2015 j'ai comme tout un chacun serré les dents au moment des résultats dans ma région, l'Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes.

"Dispensé" de vote pour cause d'hospitalisation inopinée j'ai vu la liste FN de Florian Philippot arriver largement en tête, devant la droite dites des "Républicains" et très largement devant le PS de Jean-Pierre Masseret. Les résultats au niveau régional étant une chose, en me penchant sur les résultats dans ma localité j'ai pu constater qu'ici aussi, dans le Grand Longwy, le FN atteignait des scores jusque là inégalés. Pourtant ici la tradition ouvrière est vivace, héritage des luttes pour l'emploi des années 80 et d'une forte représentation du Parti Communiste et plus généralement des partis de gauche. Lors des récentes élections municipales et départementale les listes d'union de la gauche ont toujours devancé les listes de droite et d'extrême droite dans ce que les Lorrains appellent "le Pays Haut", aux frontières de la Belgique et du Luxembourg.

La surprise affichée par les experts et politiques en tout genres sur les plateaux télévisés, la mine sonnée de Nicolas Sarkozy et Jean-Christophe Cambadelis lors de leurs interventions, la torpeur des journalistes... Tout cela m'a rappelé le "choc" des présidentielles de 2002. Pourtant depuis 2002 et le blanc-seing accordé à la droite française au prix d'un front républicain -déjà- les occasions ont été nombreuses d'infléchir les causes avérées de la montée de l'extrémisme en France; Pourtant ni la droite de Nicolas Sarkozy ni la gauche de François Hollande n'ont su capter et comprendre les raisons de la colère des français qui se tournent aujourd'hui vers le FN.

En l'occurrence il ne s'agit pas que de chômage ou d'insécurité, mais surtout des idées -des idéaux- défendus par les appareils politiques en place. Les citoyens veulent que l'ont parle d'eux. Ils veulent entendre leurs représentants élus parler la même langue qu'eux, se mêler à eux, faire preuve d'empathie et agir pour le bien commun. De l'empathie à la démagogie malheureusement il n'y a qu'un pas que le FN a allégrement franchi, aidé par une droite suiviste, et sans opposition autre que de façade a gauche. Une gauche élue en 2012 avec la possibilité de renverser la vapeur, d'engager une reflexion sur ses valeurs et de tenir ses engagements de campagne.

Aujourd'hui cette gauche nous enjoint de voter à droite pour faire échouer le FN dans sa tentative de prendre la région. Cette même gauche qui appelait à voter pour Jacques Chirac en 2002, cette gauche qui nous préparait au système Sarkozy au quinquennat suivant, cette Gauche qui la main sur le coeur se revendique Démocrate et Républicaine mais qui n'a toujours pas compris que l'appareil du PS pèse sur son avenir en faisant de la politique élitiste et déconnectée de sa base. Ce parti et ceux qui appellent au Front Républicain ne comprennent pas que l'électeur de gauche tout comme celui du FN souhaite que sa voix soit entendue et représentée. En écartant ses candidats au profit des candidats de droite, cette gauche exclut de fait des centaines de milliers de citoyens et piétine leurs convictions, leurs idéaux, leurs espoirs.

Pour que ma voix soit entendue, que mes convictions puissent s'opposer à celles défendues par la droite et l'extrème droite, voilà pourquoi demain je voterais à gauche. Et mon vote ne sera pas vain puisque mes convictions seront défendues en conseil régional. Je ne laisserais pas un appareil politique faire disparaitre pour les six années à venir mon droit à la parole.

 

 

 

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