l'islam de france un autre regard,pour un islam reformé

-L’histoire entre l’Etat français et l’islam avec ses musulmans, est–elle aussi récente et aussi conflictuelle qu’on le dit de nos jours ? - L’islam est-il vraiment « insoluble » dans la République et incompatible avec la laïcité, particularité française qui nous est si chère ?

 

 

L’islam et la France : un autre regard

 

-L’histoire entre l’Etat français et l’islam avec ses musulmans, est–elle aussi récente et aussi conflictuelle qu’on le dit de nos jours ?

- L’islam est-il vraiment « insoluble » dans la République et incompatible avec la laïcité, particularité française qui nous est si chère ?

- Est-il ontologiquement un obstacle à l’intégration des minorités musulmanes et qu’en est-il de la question sociale en France ?

-L’islam est-il si étranger qu’on l’affirme à l’Europe ? Est-il si différent des autres monothéismes ?

- Enfin est-il pertinent d’opposer l’occident à l’islam, dans une guerre où le racisme biologique est remplacé par un racisme culturel, du genre leur culture, leurs valeurs (islamiques) et les nôtres (chrétiennes, maintenant dites « judéo chrétiennes ») sont inconciliables?

 

Essayons d’examiner tranquillement chacune de ces questions.

 

  • L’histoire entre l’Etat français et l’islam avec ses musulmans, est-elle aussi récente et aussi conflictuelle qu’on le dit de nos jours ?

 

a- L’islam et la Gaule  déjà !

 Beaucoup de Français seront surpris d’apprendre que l’islam s’est implanté en France depuis longtemps, depuis des siècles et que le véritable problème porte sur son occultation historique par déficit éducatif, car on ne regarde que sa visibilité récente (Bruno Etienne). Il y a eu une première vague migratoire musulmane en Gaule (qui n’était pas encore tout à fait la France) au VIIIe siècle et cette émigration a duré au moins jusqu’au XIVe siècle. Le sud de la France a été en partie musulman pendant plusieurs siècles et la date symbolique de la victoire de Charles Martel à Poitiers, fêtée par le FN comme un grand moment, montre bien le mécanisme d’occultation idéologique inculqué par l’enseignement de notre histoire nationale. Il semble que les descendants de Charles Martel, Pépin le bref et Charlemagne, ont combattu surtout les Saxons et les Lombards ; la grande mésentente des princes Wisigoths entre eux les occupait beaucoup plus que les musulmans.

Loin de cette image d’Epinal, des historiens sérieux affirment que le dit Charles Martel, prince franc, et grand père de Charlemagne, était préoccupé à batailler tous azimuts contre les Saxons, les Frisons, les Bourguignons, les Normands scandinaves ; d’ailleurs certains historiens pensent que la bataille n’a pas eu lieu à Poitiers mais sans doute à Tours. Le lieu comme la date de cette « bataille historique » sont flous. Comme les fantaisies de l’enfant petit qui se crée son roman familial en s’imaginant être un enfant adopté et que ses vrais parents sont des gens prestigieux, des rois par exemple, l’extrême droite s’est créé sa fantaisie sous la forme d’un mythe identitaire national, en manipulant l’histoire en vue d’une utilisation politique. Le dit Charles Martel prit beaucoup de biens à l’église qui, dépouillée par ses soins, prit ses distances avec lui. Certains historiens le disent mercenaire se servant de la lutte contre les sarrasins pour augmenter ses revenus et son pouvoir (François Ragon,1835 et Salah Ghemriche). Il fut traité par Voltaire de « champion de l’obscurantisme » et longtemps banni des sacristies.

Cette première vague migratoire musulmane fut si bien assimilée que la mémoire collective ne s’en souvient plus ; mais il reste des traces : ainsi en est-il de beaucoup de Toponymes ;  citons en quelques uns : Ramatuelle, la ville de Brigitte Bardot, c’est « Rahmatouallah », El manar, signifie le phare, près d’Hyères, La grotte Bettara c’est, beit el haram, la maison interdite, en Béarn etc. Beaucoup de patronymes du sud ouest sont d’origine arabes : les Morin, les Moro, Mouret, Cayatte, par exemple ; il y a des Nouris enterrés jusque dans les cimetières bretons ; ce furent les soldats berbères accompagnant les chefs arabes conquérants. Beaucoup de mots arabes se sont métissés à la langue française ; jupe vient de l’arabe, toubib, les noms d’épices, les médicaments, les sciences… La robe noire de nos avocats est héritée de celle des religieux, les « Moshahed », l’amour courtois des poèmes provençaux est un reliquat sarrasin, même les fables de La Fontaine que nous apprenons à nos enfants, bien que d’origines grecque et indienne, nous ont été transmises via la langue arabe.

Ces musulmans là se sont tellement bien adaptés à la terre et à la culture française de l’époque, que leurs descendants ne savent même plus quelles sont leurs origines. Se pourrait-il que la France ait absorbé sans le savoir ces sarrasins venus d’ailleurs, en grand nombre comparé à la population de l’époque, plusieurs centaines de milliers de musulmans, restés fatalement sur place, de l’Aquitaine jusqu’au massif des Maures ? Et si oui, l’islam est-il ontologiquement un obstacle à l’intégration ? Ajoutons au XVIe siècle les survivants de la Reconquista espagnole, juifs et musulmans confondus. On peut donc dire que la France, au cours de sa constitution en nation, a pu absorber sans trop de problèmes des quantités non négligeables de musulmans.

 

b- L’islam, les colonies et la laïcité : peut-on être musulman et républicain, musulman et laïc ?

 

En d’autres termes, l’islam est-il soluble dans la république et compatible avec la laïcité ? La France a eu à gérer la présence de plusieurs millions de musulmans dans son empire colonial sous la IIIe république. D’ailleurs rappelons aussi qu’au XIX siècle, les hommes politiques ne répugnaient pas à proclamer « la France grande puissance musulmane, grand empire musulman ».

Comment peut-on dire qu’elle ne s’est jamais frottée aux musulmans ou que le problème -si problème il y a- avec les musulmans est récent ? Comment peut on dire que l’islam est arrivé trop tard à propos de la loi de 1905, dite de séparation des Eglises et de l’état, considérée comme l’acte fondateur de la laïcité à la française ?

« C’est inexact, écrit Xavier Ternissien, car au début du XXe siècle la France se proclamait « puissance coloniale musulmane » avec ses 4, 5 millions de musulmans algériens régis par le statut personnel. Avec l’islam, l’Etat français qui a été colonisateur, n’a pas été loyal au regard de la loi de 1905.  Le principe de la loi de 1905 et de son application aux colonies fut adopté sans discussion à la Chambre des députés le 30 juin 1905 mais retardé puis modifié et la séparation ne fut jamais appliquée en Algérie malgré que le cheikh Ben Badis président de l’Association des Oulémas de Constantine et le cheikh Alaoui n’eurent de cesse de réclamer l’application de la laïcité au nom des principes républicains. Les raisons de la non extension de la loi 1905 aux colonies furent semble-t-il multiples : ne pas nuire aux colons, garder le contrôle du culte musulman, s’approprier les biens « habous » (mosquées et fondations pieuses) versées au domaine public à partir de 1830. C’est ainsi que beaucoup de mosquées deviendront des églises du culte catholique. » Enfin argument suprême, il fut dit et écrit ceci, je cite « les indigènes ne sont pas mûrs pour bénéficier des bienfaits de la laïcité » sic ! Et « les indigènes du Congo, Madagascar, Tonkin possèdent-ils un niveau intellectuel susceptible de comprendre ce progrès prétendu des idées modernes». Alors laïcité défendue bec et ongles d’un côté de la Méditerranée, refus de l’appliquer irréfutable de l’autre côté ?

Bien avant le cheikh Ben Badis et le cheikh Alaoui, chacun sait que l’émir Abdelkader, outre qu’il fut un grand combattant s’opposant à la colonisation française, était aussi un poète et un grand penseur. Il était dès le XIXe siècle un promoteur de la pensée laïque en se prononçant pour le pluralisme religieux ; il pensait que la religion était unique, les pratiques ne différant que par des règles de détail ; que les musulmans et les chrétiens étaient frères. C’est lui qui a sauvé du massacre les chrétiens de Syrie qui étaient à l’époque menacés ; opposé au fanatisme religieux, c’était un moderniste ouvert aux autres ; il faut lire les échanges qu’il eut avec un ecclésiastique qui venait le visiter pendant son indigne détention au château d’Amboise, les discussions qu’il eut avec le docteur Caret, pourtant athée notoire. L’émir était un bon musulman laïc qui a su se montrer attentif à tous, qu’ils soient croyants ou pas.

 

Le cheikh Ben Badis, n’a eu de cesse de débattre avec Ferhat Abbas ou Messali Hadj, des liens islam -République et ce, dès 1931 ! Trois jours de discussion sur ce sujet eurent lieu en 1936 au congrès musulman algérien. Le cheikh Alaoui, chef de la confrérie religieuse de même nom, dans le journal qu’il a créé dans les années 30 « Balad el djazaïri », acceptait le débat contradictoire, la laïcité et ce, malgré les nombreuses razzias de la France sur les zaouias pour contrer leurs actions, dans le but de s’assurer le contrôle de ses « sujets musulmans ». Ces intellectuels et responsables politiques ou religieux algériens voulaient une assimilation politique à la République mais ils ne souhaitaient pas une assimilation culturelle et religieuse ! Ils disaient que l’on pouvait être musulman et républicain (journal « le jeune algérien, » 1931, cité par Benjamin Stora). Ils demandaient en somme un mariage de raison avec la République, on leur a répondu par un refus méprisant : il faut s’assimiler culturellement totalement pour pouvoir devenir Français. Par leurs revendications, ces élites intellectuelles algériennes, voulaient démontrer que l’islam était soluble dans la république et compatible avec la laïcité. On n’entend jamais parler de ces personnalités de progrès et ouvertes qui avaient du poids du temps de la colonisation ; ici en France, on ne nous parle que du voile, du hallal et des barbus en khamis; ailleurs, en Allemagne par exemple, c’est la circoncision qui a été la vedette médiatique prise comme prétexte de rejet des musulmans ; c’est un peu comme si on nous parlait du catholicisme uniquement dans la version de Monseigneur Lefebvre ou du judaisme uniquement dans la version du rabin Kahane ! Un peu comme si on réduisait le catholicisme à la période de l’inquisition ! Chacun sait que la circoncision, de même que le port du voile, ou de la barbe, sont des traditions bien antérieures à l’islam et non des prescriptions religieuses ; de plus, elles ne concernent pas uniquement les musulmans.

Il faudra sans doute au niveau des élus cesser de gérer l’islam comme une religion de protectorat destinée à des coloniaux, inférieurs juridiques, et faire un travail au niveau de l’imaginaire français pour réfuter l’idée tenace que les musulmans sont, restent et resteront toujours des étrangers au pays et seront opposés à la laïcité ; leurs enfants et petits enfants nés ici, sont français de droit, tout comme les autres groupes sociaux, qu’ils soient issus de l’immigration ou pas.

Enfin contrairement à une idée reçue d’un islam rigide, inadaptable à la modernité, il faut faire savoir que la critique interne a existé même dans l’histoire lointaine de l’islam ; il y a eu à différentes époques des mouvements de confrontation et de remise en cause par la raison de la religion pour qu’elle s’adapte à la modernité : Mohamed Arkoun en France, cheikh Ben Badis pendant la période coloniale en Algérie, les moutazilites plus loin dans le passé au IXe siècle ou au 19e siècle, le mouvement Nahda avec Mohamed Abdouh, Afghani et d’autres. Ces derniers se sont affrontés à Ernest Renan à la Sorbonne en 1884 !(Benjamin Stora). Il y va de la responsabilité de nos médias et des historiens, cette sous information.

 

2-L’islam est-il si étranger à l’Europe ? S’agit-il d’un héritage oublié ?

 

L’existence d’une Europe musulmane qui a duré plusieurs siècles est aussi refoulée que celle de l’existence d’un islam colonial. La France a colonisé des millions de sujets musulmans, et pourtant tout se passe comme si rien ne s’était produit : on ferme les yeux sur ce passé colonial peu glorieux, on le refoule et on met en scène une amnésie totale de cette histoire partagée.

L’Europe fait pareil en occultant l’existence de l’islam chez elle, représenté d’une part par l’empire ottoman qui était un grand empire européen lequel a duré plusieurs siècles jusqu’à son démantèlement en 1918. Est occultée aussi l’histoire andalouse et l’empire de Grenade qui a duré également plusieurs siècles et dont la chute eut lieu en 1492. Dans l’imaginaire collectif, la dimension européenne d’un empire musulman n’existe pas ; l’Europe non plus ne veut pas voir son passé musulman, preuve en est la difficulté pour la Turquie d’entrer dans l’union européenne, c’est à dire d’être considérée comme un état européen. Pourtant la Turquie est un état laïc( le restera-t-elle ? C’est une autre histoire). Aurait-on peur d’intégrer 80 millions de turcs, supposés tous musulmans ? On préfèrera opposer l’islam-orient à l’Europe-occident, alors qu’il existe un entre-deux d’un islam européen non pris en compte. On ne peut aborder le problème de l’islam en France et en Europe sans interroger la mémoire collective de nos sociétés et la réhabiliter avant tout.

On peut se demander pourquoi la présence massive d’un autre, le musulman immigré, appartenant à une religion monothéiste issue du même tronc commun abrahamique, pose-telle problème, surtout si on considère que ce tronc commun est au fondement de notre culture et de notre civilisation ? Ne devient-il pas nécessaire d’accepter avec objectivité la place de droit qui revient à cet autre dans notre civilisation ? L’occident qui se dit de nos jours « judéo-chrétien » ( alors qu’avant guerre on disait plutôt civilisation gallo-romaine)fait-il semblant d’oublier l’apport immense de l’islam dans la transmission du savoir de l’antiquité et surtout des Grecs, via les philosophes de langue arabe du Moyen âge vivant en Andalousie ? Oublie-t-on que l’Andalousie, fut un « occident musulman » pendant 7 siècles ? Sait-on que dès 833, Al Kindi, sous l’impulsion du calife El Maamoun, créa « la maison de la sagesse », beit al hikm, laquelle avait pour but d’aller chercher la connaissance où qu’elle se trouvait, et qui a mené à la traduction de milliers d’ouvrages des philosophes grecs de l’antiquité. C’est par ce chemin que nous héritâmes d’Aristote, de Platon, d’Hippocrate, d’Esope et des autres. C’est par Averroès que nous avons eu accès aux écrits d’Aristote. Charlemagne, pendant ce temps, apprenait juste à écrire son nom et à combattre les princes Wisigoths. S’agit-il d’un héritage oublié ? Oui, et j’ajouterai que malheureusement cet oubli n’est pas l’apanage de l’Europe seule, même dans les pays musulmans, cet héritage n’est pas valorisé, ni explicité dans les différentes structures éducatives.

 

 

 

3-L’islam est-il si différent des autres monothéismes ?

 

Si on connaissait mieux l’autre, on se rendrait compte que l’islam n’est pas si différent des autres monothéismes ; on oublie trop souvent les proximités de leurs messages. Ils sont nés tous les trois au Moyen Orient et « comme les poupées russes l’un est sorti du ventre de l’autre » ; leurs textes religieux véhiculent les mêmes valeurs morales, la même idéologie patriarcale ; la même violence et en même temps la même humanité, la même générosité. Ils reconnaissent les mêmes dieux, seules les pratiques et les dogmes, changent un peu d’une religion à l’autre.

Pourtant on ne parle jamais des points communs entre le judaïsme, le christianisme et l’islam. Ce dernier, le plus récent, fut la dernière branche du tronc commun abrahamique. Si Ismaël n’est que le résultat des amours ancillaires d’Abraham avec sa jeune servante Agar, Dieu permit à Sarah l’épouse d’enfanter Isaac à l’âge de 80 ans ! Si on connaissait mieux l’islam, on verrait qu’il est vraiment enraciné dans les récits bibliques (Boualem Seddik). Quand on lit le coran, on croise aussi bien Moise (Moussa) que Marie (Mariam), Jésus (Aïssa), Joseph (Youcef), Jacob (Yakoub), Aaron(Haroun) sans parler de l’ange Gabriel (Gibril), médiateur, inspirateur du prophète Mohamed et qui n’a cessé de faire des va et vient entre le ciel et la terre des humains. Il y a plus de 15 pages sur la vierge Marie dans le coran et à peine une demie dans le nouveau testament !

On trouve à certains moments autant de violence dans le Coran que dans la Bible ou dans les autres livres sacrés[1]; cependant le Coran, tout comme les autres testaments religieux, fourmille aussi de générosité. Ces livres, sont constitués d’une compilation de textes conçus et écrits à des périodes différentes, c’est pourquoi on y trouve beaucoup d’affirmations contradictoires ; au début de la révélation, le prophète Mohamed réagit aux évènements qui menacent sa petite communauté naissante et fragile, il a beaucoup d’ennemis : sa propre famille Koraïchite puissante et polythéiste à Mekka, certaines tribus juives et chrétiennes alliées à sa famille (Maxime Rodinson). C’est pourquoi dans certaines sourates, il règle des comptes ; c’est une société du VIIe siècle qu’il règlemente et non une société du XXIe siècle. Il faut, pour pouvoir critiquer et comprendre le Coran, tenir compte du contexte qui a prévalu lors de la révélation, puis de son passage à l’écrit plus d’un siècle après, c’est à dire dans un autre contexte social et politique. A ceux qui critiquent les paroles de la marseillaise par exemple, ou à ceux qui critiquent Napoléon Bonaparte, on répond qu’il faut tenir compte du contexte et de l’époque où l’hymne national est né, où l’empereur a vécu. Pourquoi refuser de contextualiser le Coran et la Bible à leurs époques ?

L’hypothèse répandue d’un islam ontologiquement violent ne tient pas la route, car ceux qui critiquent l’islam ne sont pas islamologues, ni chercheurs, ils ne s’autorisent que d’eux même sans légitimité scientifique ; or à mon sens, la connaissance doit précéder la critique. Je pense aux discours autorisés des intellectuels « faussaires » dont parle Pascal Boniface, lesquels saturent l’espace des médias et qui se sont comme donné le mot pour taper sur l’islam, rien que sur l’islam, et par ricochet bien entendu c’est la communauté musulmane dans son ensemble qui est visée :« je hais l’islam »(Patrick Declercq qui se dit psychanalyste), « la religion la plus con » (Michel Houellebecq), «  le Coran est violent » (Michel Onfray) ; on parle de « Frankistan » (Dantec), « d’Arabistan, « d’Eurabia , c’est à dire un continent de dhimmitude volontaire »(Bat Ye Ox, essayiste), de « faschislamisme, de fascisme vert », après le brun et le rouge (la liste des utilisateurs de ce terme est trop longue à énumérer, elle va de nos responsables politiques comme Manuel Valls à nos intellectuels de médias comme BHL, le plus emblématique de tous),on parle de « menace globale de type totalitaire » (Caroline Fourest qui amène à la télévision son gentil petit imam de service bien consensuel) ….j’y reviendrai à propos d’islamophobie.

 

Enfin il faut savoir que le Coran reconnaît les religions du Livre : « à vous votre religion, à moi la mienne », ou « n’insultez pas ceux qui prient en dehors d’Allah ». Par l’emploi dans le Coran de l’expression « Ahl al Kitab », gens du livre, remarquons que le mot « Ahl » signifie gens proches, gens de la famille. Les textes religieux des trois monothéismes sont tellement polysémiques, qu’on peut passer des millénaires en interprétation et qu’on peut selon les circonstances leur faire dire ce qu’on veut, les manipuler. Le Coran est reconnu par un milliard et demi d’humains plus ou moins croyants ; il ne se réduit pas, tout comme la Bible, à un contenu ; les gens croient à un type de narration, un discours épique, en vers et récitable pour le Coran. Il faut arrêter de charger les textes en les comprenant à la lettre (Ali Benmakhlouf, philosophe).

 

Cependant, il serait temps pour les musulmans croyants, de se demander s’il n’y a pas un moyen d’adapter au XXIe siècle et à la modernité des textes écrits dans un autre contexte politique et social. Car ces monothéismes, et pas seulement l’islam, édictent des règles qui se sont construites à une époque reculée de l’histoire humaine. Chaque porteur de religion, selon son époque, va interpréter ses textes religieux à sa façon. Il faut aussi, empêcher que la religion soit en situation dominante de pouvoir car nous savons que les politiques mobilisent la religion pour conserver le pouvoir : c’est le cas hélas dans beaucoup de pays.

Le génie de la révolution française est d’avoir réussi à séparer les pouvoirs, le religieux du politique et après une bagarre longue et dure, à imposer aux ecclésiastiques, plus tard, la généreuse laïcité au sein de laquelle nous pouvons vivre ensemble en respectant les croyances de chacun. C’est une conquête qu’il reste à obtenir dans les pays musulmans, où la religion est une religion d’Etat inscrite dans la constitution, mis à part la Turquie et l’Indonésie, pays qui ont chacun opté pour une forme de laïcité propre, et encore, ces pays semblent vivre un certain recul de nos jours.

 

 

4-L’islam de France : un islam longtemps de caves, de hangars et de rues.

 

L’islam est une religion minoritaire, qui ne s’est développée sur le sol français qu’après la loi de 1905 ; elle s’est retrouvée de ce fait, séparée de l’état par cette loi, sans avoir reçu les moyens d’exister, comme ce fut le cas pour les autres cultes.

Alors qu’il est là et que vit en France une communauté de 4 à 5 millions de personnes de culture ou de religion musulmanes, que c’est la deuxième religion de France par le nombre de ses fidèles, on ne veut pas voir l’islam ou bien on ne veut pas accepter le fait accompli de sa présence, en le trouvant « trop visible », ce qui est du pareil au même. L’exercice du culte est resté longtemps dans une quasi clandestinité : ce fut, et reste encore par endroits, un islam de l’ombre, exercé dans les caves, les hangars et les garages, sans représentants officiels légitimes, ce qui ouvre la voie au charlatanisme et peut accentuer la peur des citoyens français non musulmans : on craint ce qu’on ne connaît pas. Le vendredi on prie sur les trottoirs, dans la rue faute de lieux de cultes suffisamment grands pour accueillir les fidèles. Ces prières, pourtant autorisées par la préfecture, n’empêchent pas le FN d’en faire ses choux gras, sans proposer de solution humaine, à part leur expulsion hors du territoire de France, alors qu’ils sont des citoyens français. Et quand il s’agit de construire un lieu de culte musulman, c’est souvent suivi d’une manifestation de rue avec distribution de tracts hostiles : « encore une mosquée ! » ; le groupe génération identitaire, qui fête la victoire de Charles Martel s’est opposé en son nom à la construction d’une mosquée à Poitiers en 2012. On entend « l’islam est une religion violente, il y a des versets qui appellent au meurtre» ou bien « les jeunes musulmans sont violents » comme l’a généralisé récemment le président du CRIF, pas du tout gêné par la coloration raciste de son propos, lui qui trouve Marine Lepen « irréprochable » ! Une Marine qui danse avec les nazis autrichiens, qui parle du peuple alors qu’elle vit dans un château hérité de façon douteuse par son père, une Marine farouchement anti Europe mais qui vit confortablement, entre autres revenus, d’une rémunération de députée européenne. Les tags racistes se multiplient autour des mosquées ou dans les rues. Il n’est pas rare de lire sur les murs : « les Arabes aux cochons » et ils ne sont pas que le fait de personnages idiots. Une fémen se filme à brûler et piétiner le Coran! Pourquoi blesser gratuitement le sacré de l’autre, son voisin, même si on est athée ? Un maire FN se met à faire des statistiques d’enfants musulmans dans les écoles, au vu de leur patronyme pour conclure qu’il y en a trop. Il affiche en gros: «  ils arrivent ! »

Nicolas Sarkozy parmi d’autres, en invoquant«les racines chrétiennes de l’Europe », lui dont le grand père est un nommé Mellah (= salé en arabe, nom de quartier où vivaient les juifs sépharades), signifie-t-il que l’islam n’y a pas sa place ? Notre ancien président n’est pas à une contradiction près : il a d’abord dans le passé opté en faveur d’une discrimination positive à l’origine de la création du CFCM, censé organisme représentatif des musulmans, s’est déclaré contre la double peine et surtout a nommé une commission chargée de réexaminer la loi de 1905 avec l’idée de tenir compte du rattrapage demandé par les musulmans par rapport cette la loi. Etait ce des convictions sincères ou simplement une opération de séduction lancée vers un électorat potentiel musulman ? Le voilà maintenant qui fustige le hallal -sans bien entendu toucher au casher- dans les cantines municipales pour braconner sur les terres du FN. Sait-il seulement que les règles du hallal puisent dans le Lévitique de la Bible, réinterprétées par le Coran ? Bref dès qu’on parle de l’islam, existe une forte dimension d’hostilité à priori, de haine même. L’islamophobie est devenue une forme de racisme accepté, chez les intellectuels comme dans les couches sociales défavorisée alors que par comparaison, l’antisémitisme reste fortement  tabou et surtout puni par la loi. C’est sans doute pourquoi personne n’osera parler de la nourriture casher dans les cantines, de la perruque que portent les femmes juives pratiquantes, des horaires de piscine non mixtes qui leur sont spécialement réservés dans certains arrondissements de Paris ; et que penser des conseils municipaux aménagés pour éviter qu’ils aient lieu le jour du shabbat, des aménagements de certaines universités pour qu’il n’y ait pas d’examens le samedi ou lors de certaines fêtes religieuses ? Les laïcs antireligieux, purs et durs, restent muets sur ces sujets, pourquoi ? Tout cela ne signifie-il pas qu’on ne veut pas voir l’islam, et uniquement lui, et bien entendu les citoyens français de religion ou de culture musulmane, exister dans l’espace public ? Ou bien tout simplement qu’on a besoin de se forger un bouc émissaire pour contenir sa peur face à une mondialisation galopante.

On peut avoir une foi religieuse forte et un comportement tolérant comme l’écrit Latifa Ibn Ziaten, mère du militaire tué par Mohamed Mérah en 2012. Le meurtrier pour elle est un assassin qui n’a rien à voir avec l’islam qu’elle pratique. Elle pense qu’il faut parler aux jeunes de banlieue qui l’ont, pour un moment, pris pour un héro ; elle croit à l’éducation et à l’information. Et c’est le travail sur lequel elle s’est engagée en allant parler aux jeunes de banlieue à banlieue.

Il est vrai que l’islam de France, postérieur à 1905, trouve en s’y installant un état déjà séparé de la religion. Les musulmans au début du siècle dernier étaient peu nombreux : à peine quelques milliers ; c’était souvent une immigration d’hommes seuls qui venaient travailler et accessoirement servir de chair à canon pour les guerres de la France (Les morts de Verdun, ceux de Monté Cassino et d’autres encore). « Poussez les soldats musulmans au nom d’Allah Akbar » recommandait l’officier français pendant la grande guerre. Allah était alors jugé utile. Il me vient à l’esprit que les premiers Corans qui pleuvaient sur l’Afghanistan étaient offerts par les USA au moment de la guerre froide pour contrer l’URSS. La mosquée de Paris fut construite au début du 20e siècle sous l’impulsion du courant dit « islamophile » (Bernard Godart) et en reconnaissance des morts musulmans pour la patrie lors de la première guerre mondiale. Venue trop tard en France, la religion musulmane a subi de ce fait les conséquences de la séparation des pouvoirs, sans en avoir les avantages : pour qu’une religion même séparée de l’état puisse continuer à exister et à vivre, il lui faut des moyens et la loi de 1905 a accordé aux cultes déjà présents sur le territoire, des avantages fiscaux en nature, comme la jouissance des biens de l’Etat, l’aumônerie, etc. L’islam n’a pas les moyens d’avoir ici une existence sociale digne dans l’espace laïc français car elle se réveille religion minoritaire et déjà séparée de l’Etat. Alors que dans les pays d’origine, l’islam religion majoritaire a une habitude pluri centenaire d’être soutenu par l’Etat (salaires des imams, construction de mosquées). En France l’islam vit une situation difficile à laquelle il lui faut s’adapter. En attendant il reste confiné dans une marginalité affligeante et humiliante. Il n’y a pas assez de lieux de culte eu égard à la population.

L’islam a le droit de s’exercer librement et dignement dans l’espace laïc comme les autres religions, sans être ostracisé. Comment ? Il faudra bien un jour accepter la visibilité des lieux de cultes et donner des aides publiques pour compenser le problème juridique qui n’a pu se poser en 1905. La France n’aurait-elle pas une dette historique à régler, si on se souvient qu’en Algérie, du temps de la colonisation, les biens religieux « habous » furent confisqués au profit du culte catholique et de l’Etat français ?

 

 On répond souvent que l’état ne s’occupe pas de religion. Henri Pena Ruiz, cite pourtant deux exemples récents d’entorses au principe de laïcité : personne n’a rien dit « quand Jack Lang a accepté de financer sur des fonds publics la cathédrale d’Evry (Essonne) sous prétexte d’en faire un musée chrétien ; en fait il y a deux salles avec trois objets qui se battent en duel. L’argent public d’un ministère socialiste servit à construire un lieu de culte. Bertrand Delanoë, autre socialiste, a aussi financé une partie des travaux dans le temple de la rue Madame du VIe arrondissement de Paris violant ouvertement la loi de 1905 ». Toujours selon Henri Pena Ruiz, les dons à l’église restent toujours défiscalisés, alors que la défiscalisation n’a de sens que pour les œuvres d’intérêt général. Bref, quand il s’agit de constructions de mosquées, il y a toujours controverses et contestations.

 

5-Pour un islam réformé de France.

 

Il faudrait que les musulmans aient le désir de réformer leur religion pour essayer d’introduire une position d’ouverture dans la théologie. Ibn Khaldoun disait :« Chaque période est un nouveau monde ». N’appliquons pas au nouveau monde des préceptes, fussent-ils religieux, qui concernent une société vieille de 15 siècles. Mohamed Arkoun demandait « le droit d’examen des écritures » et trouvait que « l’islam était théologiquement protestant et politiquement catholique ». A l’université musulmane El Azhar au Caire le président a demandé aussi une réforme. D’ailleurs dans les premiers siècles de l’islam il y avait beaucoup d’écoles d’interprétation et beaucoup de discussions autour des textes coraniques. Que les musulmans de France retroussent leurs manches pour réformer et moderniser l’islam par la riche tradition d’« ijtihad » (effort de réflexion, exégèse), c’est de l’ordre du possible et du souhaitable pour qu’ils adaptent leur religion au XXIe siècle, acceptent la séparation des pouvoirs religieux et politique, afin qu’ils ne restent pas les éternels étrangers de l’Europe.

 

Au VIIIe siècle les moutazilites étaient des musulmans qui prônaient l’interprétation de la religion avec la raison, car dans tout texte religieux monothéiste, il y a ce qui est clair et il y a ce qui doit être interprété et interprétable. Il y a l’adhésion libre à une religion et il y a un héritage culturel. L’islam ne doit pas rester une religion du VIIe siècle, alors que les autres religions monothéistes se sont réformées et ont trouvé un équilibre entre le temporel et le spirituel. » Depuis la Réforme, les protestants ont renoncé à l’interprétation littérale des textes, depuis Vatican II l’église essaie de s’adapter à la modernité. Il est essentiel pour l’islam de France d’entreprendre cette réforme car pour la majorité des musulmans pratiquants, qui n’ont que très peu de culture savante religieuse, leur foi est un prisme à travers lequel ils voient le monde. Le droit musulman fait il y a 15 siècles doit être adapté à l’époque moderne. Si le coran est descendu dans un contexte historique précis, quand le contexte change, la lecture et l’interprétation doivent faire de même. « Il nous faut notre Vatican II » écrit Slim Laghmani.

 

On confond souvent par ignorance le culte religieux et le droit ancien musulman. Il faut expliquer qu’il s’agit de deux corpus différents. On ne peut comparer le coran et les hadiths car ils naquirent à deux périodes différentes. Le Coran lui même est un corpus révélé à deux périodes différents : il y a le Coran de Mekka et celui de Médine. Le premier Coran fut oral, il ne fut écrit que deux siècles plus tard, c’est à dire à une autre époque, « dans un autre monde ». Le sunnisme en est une élaboration encore plus tardive (IXe-Xe siècle). Il faudrait faire une lecture historique du Coran et reconnaître que ce texte s’adressait à des gens qui ont vécu avant nous, expliquer comment est né le discours coranique, comment il a émigré au IIIe siècle de l’hégire, comment il s’est déployé en fonction des cultures multiples qu’il a rencontrées. Il faut expliquer que lors de son expansion, l’islam a su s’acculturer dans un grand nombre de pays aux traditions culturelles différentes de l’Asie à l’Afrique et à l’Amérique ; partout il a su colorer les cultures locales et s’adapter, chaque culture traduisant à sa façon sa manière de croire et de pratiquer. Pourquoi n’y aurait-il pas un islam qui serait coloré, imprégné par la culture française ? Pourquoi ne songerions-nous pas à former des imams français ? Il n’y a pas de fatalité intégriste en islam, car l’islam a su s’adapter dans un grand nombre de pays et de cultures. Citons l’exemple de l’Indonésie qui est le plus grand pays musulman, et qui vit un islam tempéré cohabitant avec d’autres religions.

 

Hélas, à travers les positions des Frères Musulmans, on voit bien le conflit qui se dresse entre l’histoire et le sacré puisqu’à leurs yeux, le Coran est la meilleure des constitutions et le meilleur traité d’économie politique, il peut remplacer le Capital de Karl Marx et la déclaration des Droits de l’Homme. Les musulmans de France (et les autres aussi) doivent réinterpréter l’islam en fonction du contexte actuel et de ne pas céder aux interprétations littérales comme cela se passe en Arabie Saoudite, pays riche mais où les droits de l’homme, l’égalité homme-femme, les valeurs de la démocratie sont les plus bafoués. Ils en font une lecture patriarcale et moyenâgeuse et interprètent la parole de dieu afin que celle ci colle avec leurs visées politiques. Mais ces musulmans là ne sont pas les seuls à défendre de telles positions sur notre planète : il y a actuellement dans le monde entier résurgence de mouvements qui parlent de préférence nationale et de religion, qui utilisent la religion à des fins politiques (le sionisme, l’islamisme, l’hindouisme et bien d’autres mouvements en Europe et ailleurs). L’Algérie a compté ses victimes par centaines de milliers dans l’indifférence générale de la communauté internationale dans les années 90. Car l’islamisme se veut aussi islam, comme la sainte inquisition se voulait aussi chrétienne, même si dans les deux cas, il s’agit comme l’écrit Abdelwahab Meddeb, « d’une interprétation maladive de la religion »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1]S’il faut donner des exemples  citons le Coran et la Bible ; le Coran : la sourate 9 du Coran  où il est dit « tuez » ; nous verrons qu’elle n’a rien à envier  à la violence inouïe des passages bibliques d’Isaïe par exemple où il est dit « égorgez » : voici deux exemples de textes violents « Coran sourate 9 : 5. Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salat et acquittent la Zakat, alors laissez-leur la voie libre, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux. 14. Combattez-les. Allah, par vos mains, les châtiera, les couvrira d'ignominie, vous donnera la victoire sur eux et guérira les poitrines d'un peuple croyant.Et la Bible :Esaïe Ésaïe 34:5,6Mon épée s'est enivrée dans les cieux; Voici, elle va descendre sur Edom, Sur le peuple que j'ai voué à l'extermination, pour le châtier.…Ésaïe 66:16 C'est par le feu que l'Eternel exerce ses jugements, C'est par son glaive qu'il châtie toute chair; Et ceux que tuera l'Eternel seront en grand nombre.Ésaïe 65:12 Je vous destine au glaive, Et vous fléchirez tous le genou pour être égorgés; Car j'ai appelé, et vous n'avez point répondu, J'ai parlé, et vous n'avez point écouté; Mais vous avez fait ce qui est mal à mes yeux, Et vous avez choisi ce qui me déplaît.

 

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