Non, la dépression ce n’est pas normal.

La dépression, considérée comme une déviance individuelle qui demande à être soignée par médicaments, ne serait-elle pas un indicateur tout à fait naturel et bénéfique de la déviance de notre société? Un signal d'alarme? Un appel au changement?

 

Lorsque nous avons chaud, nous ne prenons pas des médicaments pour avoir froid, nous essayons d’abaisser la température de notre milieu : d’améliorer notre environnement.

Dans les sociétés occidentales, nous concevons aujourd’hui le malêtre, le malheur, la dépression, la déprime, comme des maladies que nous combattons médiocrement avec des médicaments. Mais la dépression ne serait-elle pas en réalité un signal d’alerte de notre esprit qui nous préviens que nous ne sommes plus adaptés à notre milieu? Lorsque nous avons chaud, nous ne prenons pas des médicaments pour avoir froid, nous essayons d’abaisser la température de notre milieu : d’améliorer notre environnement. La dépression ce n’est pas une carence de Prozac. La dépression, le malêtre, le stress sont des signaux comme la soif et la faim, des signaux a écouter et qui servent à nous guider dans nos choix de vie, pour faire évoluer notre environnement et ils doivent être écoutés attentivement, et non inhibés et écartés comme des déviances.

Kazimierz Dąbrowski, psychologue polonais de l'après-guerre, pose les bases pour une vision positive du malêtre existentiel avec sa théorie de la Désintegration Positive. Selon lui, la dépression servirait à détruire les structures nocives de notre cerveau et à ré-évaluer notre relation avec le monde en vue de se forger une personnalité adaptée a notre vraie nature. Effectivement, si tout a un but en nature, quel est le but de la dépression?

Pourquoi la nature nous aurait-elle accablés d'une dépression sans but?

La théorie de l’évolution permets d’en apprendre beaucoup sur nous-mêmes. En effet, chaque caractéristique de l’être humain s’est développée durant des centaines de milliers d’années, sous la pression de la sélection naturelle et avec un but précis et positif. Pourquoi la nature nous aurait-elle accablées d’une dépression sans but, qui non écoutée, porte au suicide, alors que tous les attributs de l’être humain et de n’importe quelle autre espèce se sont développés durant des millions d’années pour en assurer la survie?

Le malêtre existentiel est le symptôme d’un problème environnemental qui devrait nous amener à réfléchir sur la société, comme la malaria nous a porté à bonifier les marécages.

La médiocrité de notre société et la futilité de notre agitation journalière pour des buts lointains et déconnectés est la vraie maladie, indiquée par un malêtre généralisée d'une population qui pourtant, est materiellement gâtée.

L'absence de bonheur n’est pas une déviance, une tumeur, de la psyché humaine. Si notre travail nous stresse, ce n’est pas du à une carence de Lexomil. Si nous n’arrivons pas a dormir, ce n’est pas du a une carence de somnifères. Ce sont la pression, le travail avec un but lointain et déconnecté, la croissance sans limite, la compétitivité et la course à la « réussite » et à la reconnaissance sociale qui sont les « bactéries » responsables de notre malêtre existentiel et qu'il faut combattre. Prendre des antidépresseurs et faire des séances de psychothérapie reviens à ne soigner que les symptômes! Car le malêtre est le symptôme d’un problème environnemental qui devrait nous amener à réfléchir sur la société, comme la malaria nous a porté à bonifier les marécages.

« Une personne meurt dans le monde suite à un suicide toutes les 40 secondes environ, soit plus que le nombre combiné des victimes de guerres et d’homicides [Avec une proprtion accablante dans les pays "développés"), ndlr]. » ... « Un constat qui semble encore une fois conforter l’hypothèse que le progrès économique et social a partie liée avec le suicide.  Le suicide fait plus de victimes que les guerres et les homicides réunis, RFI.

Ceci devrait pousser à une profonde remise en question de nos sociétés. En effet, tout le développement et la croissance ont pour but primaire d'augmenter le bonheur des populations. Un echec flagrant au vu de ces statistiques.

Le cliché des "pays heureux" - pays en développement - ne connaissant pas la déprime, où les gens vivent dehors, se parlent et rigolent ensemble dans la rue malgré la misère, n'est pas fruit d'un orientalisme utopique. C'est une réalité de laquelle nous devons tirer de grandes leçons d'humilté.

Il suffit de s’immerger dans d’autres cultures - souvent dans des pays pauvres ou la survie prime largement sur la réussite sociale dans la pyramide des besoins - pour se rendre compte que la dépression n’est pas une condition normale. Chez les populations qui sont en contact avec leurs corps, qui savent en déchiffrer les signaux, et qui réagissent naturellement et instinctivement aux sensations de malêtre en modifiant leur relation à l’environnement - sans besoin d’intellectualiser leur malêtre en construisant des châteaux de cartes Freudiens - la dépréssion est quasi-inexistante. Le cliché des "pays heureux" - pays en développment - ne connaissant pas la déprime, où les gens vivent dehors, se parlent et rigolent ensemble dans la rue malgré la misère, n'est pas fruit d'un orientalisme utopique. C'est une réalité de laquelle nous devons tirer de grandes leçons d'humilté.

Un exemple frappant. A Madagascar, d’où j’écris ce billet, un ami Malgache a trouvé un poste de cuisinier très bien payé dans un restaurant tenu par des français. Payé 4 fois plus que la moyenne nationale, ce poste aurait-pu lui permettre de sortir de la misère et d’accéder à un statut social beaucoup plus élevé. Mais il a démissionné au bout de deux semaines à cause du rythmé effréné et de la course au profit des propriétaires occidentaux. Il commençait à ne plus se sentir bien, selon ses dires il devenait « Adal-Adal » (fou en malgache). Je pense qu’il essayait de décrire une déprime. Il à quitté le travail immédiatement. Quoi de plus important que le bonheur? Comment profiter d’un bon salaire si l’on est déprimés?

Le rôle de la déprime, instinctivement, beaucoup de cultures l’avaient compris

Le processus est douloureux, mais si on le voit comme un malêtre fin à lui même, sans but, sans raison d’être, on y reste emprisonné et on deviens fou, ou dépressif. Tout a une raison d’être, y compris les crises psychologiques, qui servent à détruire les structure nocives de notre cerveau, de notre vision du monde; instinctivement, beaucoup de cultures l’avaient compris. En chinois il y a un seul et même caractère pour « crise » et « opportunité ». Les chamans indiens écoutaient attentivement les gens avec des problèmes mentaux, qui étaient la source de « révélations divines », de renouveau pour la société.

« Ceux qui développent ce que l'on appelle « déviances mentales », sont des personnes sensibles. Dans la culture occidentale, on les considère comme « hyper-sensibles », trop sensibles. Les cultures indigènes ne voient pas les choses de la même manière, et ces personnes n'en souffrent donc pas. En occident, c'est « la surcharge qui les anéantis», observe le Dr. Somé. Le rythme de vie frénétique, le bombardement des sens et l'énergie violente qui caractérise la culture Occidentale peut détruire les gens sensibles. »  La vision d'un chaman sur les maladies mentales, The Spirit Science, en Anglais.

Imaginons un homme qui escalade une paroi très difficile, fixée sur un tapis roulant : plus il avance, plus la paroi recule. Il n’arrive jamais en haut, il s’abime les mains sans but sur les rochers, et la douleur est insupportable. Mais si en haut il y avait une vue magnifique, la douleur disparaitrait, car elle aurait un but! Les périodes de crise sont comme un travail, très dur, intéressant, douloureux, mais qui a un sens, celui de voir le monde d’une manière qui nous ressemble plus. Le malêtre existentiel nous pousse à faire un travail bénéfique sur notre vision du monde, et le décalage que cela provoque, la honte et la culpabilité envers la société et notre entourage, causent la dépression.

La déprime ce n’est pas bien ou mal, c’est un indicateur formidable pour remettre en cause la manière dont nous vivons

Plus de 10000 suicides par an en France. Etat des lieux du suicide en France, santé.gouv.fr.

La dépression nous indique que le chemin pris par la société ne réponds plus aux besoins de la nature humaine. Le malêtre existentiel est un indicateur de la médiocrité d’une société, et tenter de l’inhiber en prenant des cachets ou en se convainquant que l’on est la source du problème, reviens à boire de l’alcool car on a froid au lieu d’allumer le chauffage. La déprime ce n’est pas bien ou mal, c’est un indicateur formidable pour remettre en cause la manière dont nous vivons. Et le taux grimpant de suicides dans nos sociétés devrait être un signal d’alarme clair.

 

Cette lâcheté et cette acceptation du manque flagrant de bonheur dans nos sociétés est terrifiant, et devrait nous pousser à imaginer une modernité tout à fait différente de celle qui se dessine actuellement, invalidée par le taux monstrueux de suicides... Ce n’est pas normal d'être déprimés, ça doit nous pousser à agir, changer, lutter, pour un monde ou les gens ne se jettent pas par la fenêtre car ils sont - bien heureusement - inadaptés au visage inhumain et économiste de nos sociétés. 

Non, la depréssion n'est pas une fatalité. Le fait de réaliser que la richesse matérielle et la reconnaissance sociale par des critères douteux ne mêne pas au bonheur, devrait nous permettre d'entrevoir une nouvelle modernité. La depression est le cri de notre nature qui apelle au secours, le « bâton de sourcier » qui nous permettras de trouver cette nouvelle voie.

 

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